Que se passe-t-il avec Céline Amaudruz en Suisse alémanique? Rarement le Röstigraben n'avait paru aussi béant. Alors qu'en Suisse romande, la vice-présidente de l'UDC, candidate confirmée au Conseil fédéral, jouit d'une légitimité naturelle, il en va tout autrement de l'autre côté de la Sarine, où son nom ne serait quasiment plus mentionné.
Un patron de la Weltwoche hostile
La presse se fait l'écho des attaques qui se sont multipliées en Suisse alémanique, mais aussi l'indifférence manifestée à l'égard de la candidature de l'UDC genevoise au Conseil fédéral. Comme souvent, la polémique a débordé sur les réseaux sociaux. D'abord, il y a eu les critiques de Roger Köppel dans la «Weltwoche», relayées par «Le Temps». Dans un podcast du 12 octobre, le patron et rédacteur en chef du média conservateur et ancien conseiller national UDC la décrit comme un «poids plume absolu» (absolute Leichtgewicht), trop malléable, politiquement superficielle, et se préoccupant trop de son apparence.
Roger Köppel avait déjà abordé la succession de Parmelin dans un podcast du 8 octobre, en préconisant des «personnalités fortes» comme Magdalena Martullo-Blocher, Pascal Schmid et Thomas Aeschi
Sur Facebook, Patrick Saegesser du comité UDC du District de Sierre (VS), vient en soutien de Roger Köppel: «Une critique dérangeante, mais est-elle vraiment infondée?», interroge-t-il. Tout en reconnaissant que le Zurichois «défend l'aile zurichoise, voire alémanique de l'UDC», il estime que cela n'invalide pas sa critique. «L'ancienneté ne suffit pas, argumente-t-il. Le prochain conseiller fédéral devra être fort, compétent et convaincant. Qui saura défendre ses convictions, tenir ses engagements, et résister aux pressions?»
Sexisme dénoncé par Peter Rothenbühler
Ce matin du 15 octobre, toujours dans la Weltwoche, c'est Peter Rothenbühler qui écrit une chronique en défense de Céline Amaudruz: l'ancien rédacteur en chef du «SonntagsBlick», de la «Schweizer Illustrierte», puis du «Matin» et du «Matin Dimanche» qualifie de «pur scandale» l'absence de soutien à Céline Amaudruz chez les UDC en particulier alémaniques.
Il reproche aux Alémaniques leur sexisme évident: «Si elle était un homme, avec autant d'expérience et de réseaux, on ne pourrait simplement pas l'ignorer. A tout le moins, elle aurait une place sur le ticket des candidats.» Il déplore ensuite que le principal argument cité au sujet de sa candidature soit le fait qu'elle soit mère de deux enfants en bas âge. «C’est la question que pose le 'SonntagsBlick', et c’est aussi le commentaire diffusé sur Radio DRS, note-t-il. 'Deux enfants en bas âge! Cela rend très douteux qu’elle soit disposée à se porter candidate', prophétise la radio», cite-t-il.
Peter Rothenbühler affirme aussi dans sa chronique, relayée par l'UDC Jean-Luc Addor sur Facebook, que la couverture médiatique de la presse zurichoise consacrée au carrousel des candidatures ne mentionne même plus Céline Amaudruz. «La situation est encore pire parmi les UDC, ajoute-t-il: «Dans son émission Blocher-TV, le patriarche du parti évoque plusieurs candidates, mais il semble n’avoir jamais entendu parler de Céline Amaudruz, ou alors il n’éprouve à son égard que du mépris».
Excès de progressisme sanctionné?
Peter Rothenbühler voit dans cette feinte indifférence un règlement de compte suite au soutien qu'avait témoigné Céline Amaudruz au mariage pour tous, ce qui rend son profil trop progressiste au goût de l'aile agrarienne la plus conservatrice. Soutenant aussi le don d’ovocytes et la loi pour l'égalité salariale, elle déclarait à Blick en 2023: «Je suis une femme libre et donc je ne suis pas toujours la ligne de mon parti, très conservatrice sur certains thèmes sociétaux.»
Sur Facebook, le PLR genevois Bryan Lo Giudice vient au secours de Céline Amaudruz. Au sein des Jeunes PLR, il s'était battu pour le mariage pour tous, que Céline Amaudruz avait soutenu au sein de l'UDC. Il est aussi, comme elle, un professionnel du secteur financier. Il prend longuement sa défense et critique Roger Köppel: «Il est toujours fascinant d’observer avec quelle assurance Roger Köppel distribue ses bons et mauvais points à la classe politique suisse», commence-t-il.
Réplique de la droite progressiste
Il poursuit: «Il restera pourtant dans les annales parlementaires comme l’un des champions incontestés de l’absentéisme à Berne. Durant la législature 2019–2023, il a enregistré un taux de 31,53% d’absences non excusées lors des votes, se plaçant en tête du classement des parlementaires les plus absents.»
Il enchaîne ensuite sur le CV brillant de la candidate: «Voilà une femme engagée en politique fédérale depuis 2011, titulaire d’un master en droit de l’Université de Genève, ayant suivi une formation de haut niveau à l’IMD Business School. Chercher à la dénigrer personnellement plutôt que de discuter de ses compétences révèle davantage les limites de celui qui attaque que celles de la personne visée.»