Le commentaire de Claude Ansermoz
Céline Amaudruz au Conseil fédéral: l’arrogance de l’UDC ne suffit pas à masquer un bilan trop léger

Le mépris de Roger Köppel ne fait pas un programme: pour Claude Ansermoz, Céline Amaudruz ne peut pas transformer la solidarité romande et féminine en brevet d’aptitude au Conseil fédéral.
Pour Claude Ansermoz, Céline Amaudruz ne saurait transformer la solidarité romande en brevet pour le gouvernement.
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Claude Ansermoz
Claude AnsermozRédacteur en chef en charge des contenus

L'arrogance avec laquelle l'orthodoxie zurichoise de l'UDC accueille la candidature de Céline Amaudruz au Conseil fédéral est une mécanique bien rodée. Samuel Schmid et Eveline Widmer-Schlumpf sont bien placés pour le savoir. Chez Christoph Blocher et Roger Köppel, le mépris des équilibres fédéraux n'est pas nouveau. Mâtinée de mépris pour la Suisse romande et de misogynie, cette attitude pourrait provoquer une levée de boucliers des Latins, des femmes et même de la gauche en faveur de la candidate genevoise. Ce serait une erreur.

On peut trouver les attaques de Roger Köppel indignes sans considérer pour autant que Céline Amaudruz ferait une bonne conseillère fédérale. Le sexisme de ses adversaires n'est pas un programme politique. Leur arrogance ne constitue pas un bilan.

Un bilan, quel bilan?

Car c'est bien là que le bât blesse. Après quinze ans sous la Coupole fédérale et dix ans à la vice-présidence du premier parti du pays, difficile d'identifier les grandes batailles politiques auxquelles Céline Amaudruz aurait personnellement imprimé sa marque. Sur quels dossiers structurants a-t-elle véritablement pesé? Quelles majorités a-t-elle su construire?

La Genevoise a certes montré qu'elle savait s'affranchir de la ligne de son parti sur certaines questions sociétales, notamment les violences faites aux femmes. C'est tout à son honneur, et ce n'est pas rien dans une formation aussi conservatrice que l'UDC. Mais cela ne suffit pas à constituer un bilan politique. Sur les retraites comme sur les primes d'assurance-maladie, elle a tenté de faire avancer ses propositions sans parvenir à les imposer. Et lorsqu'elle doit incarner une cause devant les électeurs, ses prestations en campagne peinent à convaincre. Son discours manque souvent de clarté: elle assène plus qu'elle ne convainc.

Le (mauvais) réflexe territorial

«Poids plume», tranche Roger Köppel. La formule est méprisante. Elle pourrait pourtant s'appliquer à une bonne partie du Parlement fédéral, sans que cela soit une insulte. Tous les élus n'ont pas vocation à devenir conseillers fédéraux. Et la longévité à Berne ne vaut pas brevet d'aptitude gouvernementale.

Reste le réflexe territorial. Faut-il absolument remplacer Guy Parmelin par une personnalité francophone? La formule de quatre Alémaniques, deux Romands et un Tessinois peut sembler souhaitable. Mais elle n'est pas gravée dans le marbre. Et les Romands qui revendiquent si volontiers leur deuxième siège ne manifestent pas toujours le même empressement lorsqu'il s'agit de défendre la représentation de la Suisse italienne.

Une femme alémanique

La Suisse romande n'a aucun intérêt à transformer une répartition souhaitable en droit acquis, encore moins à défendre une candidature par simple fierté linguistique. Si elle doit patienter pour retrouver un deuxième siège, ce n'est pas une catastrophe institutionnelle. D'autres personnalités romandes pourront prétendre à une place au gouvernement, dans d'autres partis et à d'autres échéances. La Suisse romande ne perdra pas sa place dans la Confédération pour avoir refusé une candidature de circonstance.

L'UDC, premier parti du pays, doit aussi prendre ses responsabilités. Elle ne peut pas éternellement réserver ses ambitions gouvernementales aux hommes. Elle n'a encore jamais réussi à faire élire au Conseil fédéral une femme qu'elle avait elle-même choisie et soutenue. Pourquoi ne pas rompre franchement avec cette tradition en proposant un ticket exclusivement féminin? Les personnalités expérimentées ne manquent pas en Suisse alémanique. Encore faut-il que l'UDC accepte de leur faire une place.

Au fond, le problème n'est pas que Céline Amaudruz soit romande, ni qu'elle soit une femme, ni même qu'elle déplaise à Herrliberg. Le problème est de savoir ce que son parcours politique dit de sa capacité à gouverner. Et cette question mérite mieux que les provocations de Roger Köppel ou les réflexes de solidarité romande.

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