Le cas de Céline Amaudruz fait débat
Gouverner avec un enfant en bas âge? Les cantons ont une longueur d'avance

Pourquoi ce qui est devenu courant dans les gouvernements cantonaux reste-t-il si difficile à envisager au Conseil fédéral ? La possible candidature de Céline Amaudruz relance le débat sur la conciliation entre responsabilités politiques au plus haut niveau et vie de famille.
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Céline Amaudruz se portera-t-elle candidate au Conseil fédéral malgré ses jeunes enfants?
Photo: keystone-sda.ch

En bref

  • Potentielle candidate pour succéder à Guy Parmelin, Céline Amaudruz fait débat à cause de sa maternité
  • Les cantons ont une longueur d'avance sur le Conseil fédéral. Ce sont souvent les partenaires qui prennent en charge la garde des enfants.
  • La compétence des mères fait débat, tandis que les pères sont à peine questionnés.
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Joschka Schaffner

Remettre en cause la capacité d'une conseillère fédérale avec de jeunes enfants ne devrait plus faire débat en 2026. Pourtant, la Berne fédérale s'agite à ce sujet car la situation pourrait se produire dans le cas où Céline Amaudruz venait à succéder à Guy Parmelin.

La Genevoise est loin d’être la première femme politique dont les compétences sont remises en question avant même qu’une candidature au Conseil fédéral soit officiellement confirmée. Un type de débat qui épargne les hommes. Dans le même temps, les jeunes mères sont nombreuses à siéger au sein des gouvernements cantonaux. Pourquoi une telle différence?

Le mari prend le relais

Elisabeth Baume-Schneider a vécu la maternité à deux niveaux, fédéral comme cantonal. En effet, la ministre socialiste de l'Intérieur a siégé au gouvernement jurassien de 2003 à 2025. Son fils cadet avait tout juste trois ans lorsqu'elle a pris ses fonctions.

Lorsqu'elle a commencé son mandat politique, son mari Pierre-André Baume a réduit son taux d'occupation pour s'occuper du foyer et des enfants. Une décision inhabituelle pour l'époque. «J'étais presque toujours le seul père parmi toutes ces mères», racontait cette année la conseillère fédérale dans la «Schweizer Illustrierte».

Dans le camp de la gauche, Elisabeth Baume-Schneider ne fait pas figure d'exception. En 2005, sa camarade de parti, Eva Herzog, est entrée au gouvernement de Bâle-Ville, alors qu'elle avait de jeunes enfants.

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On me pose sans cesse la question: comment fais-tu avec ton enfant? Et maintenant, tu en attends un deuxième
Martina Bircher, conseillère d'Etat UDC d'Argovie
»

Un an plus tard, Manuela Weichelt, élue écologiste au Conseil d’Etat zougois, avait une fille, Rezia Andrina, âgée de tout juste trois ans. Et en 2008, alors qu’elle était toujours en fonction, elle a donné naissance à son deuxième enfant. La Zougoise a néanmoins continué à travailler à 100% et emmenait même son bébé aux séances. A l'instar d'Elisabeth Baume-Schneider, c'est son mari qui prenait en charge les enfants. Même situation pour la socialiste Laura Bucher, lorsqu'elle a été élue au gouvernement saint-gallois en 2020.

En 2022, Elisabeth Baume-Schneider et Eva Herzog figuraient toutes deux sur le ticket socialiste pour succéder à Simonetta Sommaruga au Conseil fédéral. Auparavant, une autre socialiste ayant de jeunes enfants, la conseillère d'Etat bernoise Evi Allemann, figurait également parmi les candidates. Comme aujourd’hui avec Céline Amaudruz, la même question s’était posée: en est-elle vraiment capable?

Des critiques de toutes parts

Cette question de compatibilité entre maternité et politique serait «sexiste», estime la conseillère d'Etat vaudoise, Nuria Gorrite, dans le «Tages-Anzeiger». Selon la socialiste, les femmes politiques qui ont des enfants doivent régulièrement justifier leur capacité à concilier les deux, contrairement aux hommes. Pourtant, plusieurs élus sont eux aussi devenus pères pendant leur mandat, à l’image de Conradin Cramer, chef du Département bâlois de l’instruction publique.

Les critiques ne viennent pas uniquement de la gauche. Martina Bircher, conseillère d'Etat UDC argovienne, juge cette problématique «extrêmement agaçante», comme elle l'a déclaré à Blick. En juin, elle a annoncé attendre son deuxième enfant pour décembre. Peu après, en janvier, Laura Dittli, conseillère d’État zougoise du Centre fraîchement réélue, devrait à son tour devenir mère pour la première fois.

Toutes deux prendront un congé maternité, durant lequel leurs collègues du gouvernement assureront leurs fonctions. «On me pose sans cesse la question: comment fais-tu avec ton enfant? Et maintenant, tu en attends un deuxième», déplore Martina Bircher.

Un conseiller fédéral en congé parental? Impensable

Les stéréotypes de genre semblent profondément ancrés. Dans le canton d’Argovie, par exemple, le congé maternité de Martina Bircher a été présenté par les médias locaux comme une première. Ce serait également inédit au Conseil fédéral. Imaginer une conseillère fédérale s’absenter pendant trois mois reste aujourd’hui difficilement concevable.

Quant au congé paternité pour un membre du gouvernement, il semble encore plus improbable. En comparaison avec les exécutifs cantonaux, le Conseil fédéral doit gérer davantage de dossiers et exige une disponibilité particulièrement importante.

Pourtant, les exemples cantonaux montrent qu’exercer des responsabilités politiques tout en élevant de jeunes enfants est possible. Mais cela ne se fait pas sans sacrifices, indépendamment du genre du parent. Laura Bucher, conseillère d’Etat socialiste, le soulignait déjà dans le «Tages-Anzeiger» avant l’élection destinée à succéder à Simonetta Sommaruga. Réduire cette équation à une simple question d’organisation entre vie professionnelle et vie familiale serait, selon elle, «présomptueux et tout simplement malhonnête».

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