Drame à Granges-près-Marnand (VD)
Sa mère meurt, fauchée par un ado en fuite: «Je crains une justice trop clémente»

Sa mère a été tuée dans une course-poursuite impliquant un adolescent en fuite lors du drame de Granges-près-Marnand. Aujourd’hui, cette Vaudoise craint une justice trop clémente envers les mineurs.
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Virginie Ganière a perdu sa maman, Gisèle, alors que des jeunes de 16 ans tentaient de fuir la police dans une voiture recherchée.
Photo: Virginie Ganière
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Solène MonneyJournaliste Blick

«Il faut qu’on s’attende à ce que la justice ne soit pas juste.» La phrase claque d'emblée. Celle qui la prononce souhaite témoigner d'un drame, qui l'a frappée de plein fouet. En effet, la vie de Virginie Ganière, Vaudoise de 47 ans, a totalement basculé le 8 mars dernier.

Sa mère de 74 ans, Gisèle, est décédée dans un accident à Granges-près-Marnand (VD), provoqué par un adolescent de 16 ans, au volant d’une voiture aux plaques volées. En fuite face à la police, il a perdu le contrôle et a percuté un véhicule arrivant en sens inverse. A ses côtés, un autre mineur. Le choc est fatal pour la mère de Virginie Ganière, qui décède sur place. Le conducteur du second véhicule, l'ami de la victime, est grièvement blessé.

Depuis, la quadragénaire vit avec une angoisse supplémentaire: celle de voir les responsables s’en tirer à bon compte. Une enquête a été ouverte par le tribunal des mineurs. Mais pour elle, le doute est déjà là. «J’ai l’impression que lorsque ce sont des mineurs, la justice est trop clémente», confie-t-elle à Blick.

Alors plutôt que de céder à la colère, elle décide d’agir. «Je veux transformer ça en quelque chose de constructif.» Sur les réseaux sociaux, elle lance un appel. Elle cherche des témoins de la course-poursuite pour «monter un petit dossier». «Il faut que les jeunes comprennent qu’on ne peut pas faire n’importe quoi. Les actes ont des conséquences», lance-t-elle dans une vidéo publiée le 1er avril sur Facebook.

«Tirer les oreilles» ne suffit pas

Car ce 8 mars ne se résume pas à un accident. L'onde de choc s’est propagée bien au-delà du drame. «J’ai reçu énormément de témoignages de gens qui ont eu la peur de leur vie.» Une mère lui a raconté avoir échappé de justesse au pire avec son nouveau-né: «Ils sont passés à 10 centimètres de moi. Je me suis vue mourir», a confié cette jeune maman à Virginie Ganière.

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Ce n’est pas en convoquant ces jeunes au tribunal des mineurs et en leur tirant les oreilles que ça va changer.
Virginie Ganière, fille de la victime
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Pour cette Vaudoise, il faut arrêter de minimiser. «Ce n’est pas en convoquant ces jeunes au tribunal des mineurs et en leur tirant les oreilles que ça va changer.» Elle insiste: avoir moins de 18 ans ne doit pas être une excuse. «On doit vraiment montrer à ces ados qu'ils ont beau être mineurs, il y a des sanctions, des actes et des conséquences à ce qu'ils font.»

Elle connaît même les jeunes impliqués. «Ils habitent dans la région. Ils n'en sont pas à leur coup d'essai.» Une réalité qui renforce son incompréhension. Et sa détermination. Alors plutôt que de broyer du noir, Virginie Ganière, préfère, en l'honneur de sa maman, mettre son énergie pour que les lignes changent et que les jeunes «prennent leur responsabilité».

Rencontre avec le passager

Alors en compilant les témoignages, cette mère de deux ados de 17 et 19 ans espère pousser les témoins à porter plainte. Dans sa démarche, elle refuse pourtant toute logique de vengeance: «Mon objectif ce n'est pas de juger qui que ce soit ou de chercher qui est le coupable. C'est juste de dire quand on fait des conneries, on les assume.»

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Le jeune m’a parlé sans émotion. Il m’a dit: 'c’est moi qui aurais dû mourir.'
Virginie Ganière, fille de la victime
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Virginie Ganière a rencontré le passager de la voiture en fuite, un jeune du même village. «J’ai appelé son père pour savoir si je pouvais venir avec ma fille. Elle voulait lui parler.» Mais la rencontre laisse un goût amer. «Le jeune m’a parlé sans émotion. Il m’a dit: 'c’est moi qui aurais dû mourir.'» Une phrase lâchée sans empathie, estime la mère de famille, qui a été profondément marquée par cet échange. «En réalité, il dit ce qu’on attend de lui», tranche-t-elle.

L'éducation pointée

Si Virginie Ganière ne veut pas lancer la pierre aux parents, elle souhaite tout de même faire passer un message: «Je suis aussi maman. Je sais que ce n'est pas toujours facile, mais on ne peut pas abandonner notre rôle face aux difficultés.» Pour la Vaudoise, c'est lorsqu'il y a une rupture avec son enfant qu'il «fait des conneries pour se sentir important de manière différente».

Alors pour elle, tout se joue dans le lien. «Quand il tient, même si les jeunes font des bêtises, ils se font recadrer. Et ils restent en lien avec leurs parents, même si ce n’est pas agréable.» Virginie Ganière pointe une dérive éducative. «Selon moi, avant, la parentalité était trop 'autoritaire' et l'enfant obéissait par peur. Maintenant, avec la parentalité positive, les parents culpabilisent de crier sur leur enfant et il devient difficile de mettre des limites, ce qui n'est pas rassurant pour l'enfant.» Pour elle, certains parents finissent par baisser les bras. «Face aux débordements émotionnels, certains parents peuvent être tentés d'abandonner leur rôle.»

L'ami de sa maman à l'hôpital

Dans la voiture avec la mère de Virginie, ce 8 mars dernier, se trouvait son ami de 76 ans. Lui est toujours hospitalisé. Il vient tout juste de sortir des soins intensifs. En moins de trois semaines, il a déjà subi cinq lourdes opérations. «A 76 ans, comment va-t-il récupérer?», s’inquiète Virginie Ganière.

Dans la famille, le choc est immense. Ses deux sœurs sont «anéanties» par la disparition brutale de leur maman. Une absence qui laisse un vide impossible à combler. Aujourd'hui, Virginie Ganière ne dévie pas de sa ligne. Pour elle, les victimes ayant croisé la route des jeunes chauffards doivent prendre la parole et oser porter plainte. Pour cette mère de famille, son combat est aussi simple qu'essentiel: «Quand on fait des conneries, on les assume.»

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