Une sexagénaire lausannoise secouée
Une Vaudoise écope de 250 francs d’amende… à cause d’une borne TL en panne

Impossible pour une sexagénaire de valider sa carte prépayée dans un bus des TL à cause d’une machine défectueuse. Pourtant, cette Lausannoise a écopé d’une amende de 250 francs. Les TL estiment que l'usagère n'a pas suffisamment collaboré.
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A la base du conflit, une borne des TL en panne n'ayant pas permis à Joëlle* de composter son ticket.
Photo: Transports lausannois

En bref

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  • Joëlle, une Lausannoise sexagénaire, a reçu une amende de 250 CHF le 10 mai dans un bus des Transports lausannois (TL) après l'échec de la validation de sa carte prépayée sur une borne défectueuse.
  • Malgré ses explications aux contrôleurs, la situation a dégénéré avec l’intervention de la police.
  • Les TL confirment que la borne était hors service mais reprochent à Joëlle un manque de collaboration et un refus de trouver des alternatives comme un e-ticket ou SMS.
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Solène MonneyJournaliste Blick

Joëlle*, une Lausannoise d’une soixantaine d’années, peine encore à digérer ce qu’elle décrit comme une profonde injustice. Le 10 mai dernier, à bord d’un bus des Transports lausannois (TL), elle a reçu une amende de 250 francs dans des circonstances qui la choque. «Rien que de vous raconter cette histoire, j’en tremble encore», souffle-t-elle à Blick, la voix nouée.

Ce jour-là, elle se rend au CHUV pour passer la fête des mères auprès de sa maman malade. Mais son trajet vire au cauchemar. Malgré plusieurs tentatives, impossible de faire fonctionner la borne pour valider sa carte prépayée. Résultat: une amende salée. «C’est 10% de mon salaire… alors que je n’ai rien fait de faux», lâche-t-elle, encore bouleversée.

Les TL reconnaissent une situation «regrettable», mais livrent une tout autre version. Selon eux, l’amende aurait pu être évitée si la voyageuse avait davantage collaboré.

Un avertissement injuste?

Tout commence vers 13h30, à l’arrêt Cap, sur la ligne 4. Carte prépayée en main, Joëlle monte dans le bus et se dirige vers la borne jaune pour composter son trajet. Mais l’appareil refuse de fonctionner malgré plusieurs essais. La sexagénaire décide alors d’en informer le conducteur. «J’ai avancé doucement, car le bus bouge beaucoup et j’ai des problèmes de dos», explique-t-elle. Selon elle, le chauffeur ne réagit pratiquement pas. Elle s’installe alors sur les sièges avant, près de lui. Au prochain arrêt, trois contrôleurs montent à bord.

A ce moment-là, Joëlle pense avoir eu «la bonne attitude». «Quand j’ai vu les contrôleurs, je me suis dit: 'Heureusement que j’ai averti le conducteur.'» Elle affirme s’être immédiatement approchée d’eux pour expliquer que la borne ne fonctionnait pas et qu’elle n’avait donc pas pu valider son billet. Les agents lui auraient alors demandé de retourner s’asseoir.

Puis la situation bascule. «Un contrôleur m’a redemandé mon billet. Je lui ai répété que je n’en avais pas parce que la machine ne marchait pas. Là, il a sorti son carnet et m’a demandé ma carte d’identité.» Pour Joëlle, l’incompréhension est totale. Pourquoi devoir décliner son identité alors qu’elle estime être en règle? «D’emblée et avant même de vérifier le distributeur, ils m’ont demandé mes papiers, sans raison.»

Après plusieurs tentatives d’un autre contrôleur pour faire fonctionner la borne, rien n’y fait, elle ne fonctionne pas. «Ils continuaient à me demander mes papiers pour me mettre un avertissement. Mais pourquoi?», s’indigne-t-elle encore. Même si elle n’avait rien dû débourser, c’est le principe qui la révolte: c’est leur machine qui ne fonctionne pas, mais c’est elle qui est épinglée. «Ils se sont acharnés sur moi.»

La police intervient

La situation monte encore d’un cran lorsque Joëlle refuse de décliner son identité aux contrôleurs. Ceux-ci la préviennent qu’ils vont appeler la police. «J’ai dit oui. J’étais prête à donner mon identité aux autorités», raconte-t-elle. Dans son esprit, les policiers allaient jouer les médiateurs et faire primer le bon sens. Mais la suite la sidère: les agents se contentent de relever son identité pour la transmettre aux contrôleurs.

«
Ils m’ont fait payer parce que je n’étais pas d’accord. Cela veut dire que si on contredit les contrôleurs, on risque gros
Joëlle, usagère des TL
»

Et cette fois, il n’est plus question d’un simple avertissement. L’addition devient salée: 100 francs pour voyage sans titre de transport valable, 100 francs supplémentaires pour abus pour soustraction au contrôle, 25 francs pour la recherche d’identité et encore 25 francs de frais administratifs. Total: 250 francs.

«Ils m’ont fait payer parce que je n’étais pas d’accord. Cela veut dire que si on contredit les contrôleurs, on risque gros», lâche Joëlle. Déjà en retard pour rejoindre sa mère au CHUV, elle découvre réellement l’ampleur de l’amende un peu plus tard. «Quand je suis arrivée à l’hôpital, j’ai appelé mon compagnon et j’ai pleuré. Aujourd’hui encore, c’est difficile d’en parler. On ne se rend pas compte de l’effet que ça fait.»

Les TL ne plient pas

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Persuadée d’avoir été sanctionnée injustement, la Lausannoise remplit un formulaire de contestation auprès des TL. Sans succès. Les transports lausannois maintiennent leur position: «Comme le stipule la politique de contrôle des TL, l’accès à nos véhicules n’est autorisé qu’aux voyageurs munis d’un titre de transport valable. A défaut, nos agents de contrôle établissent un constat.»

Selon les TL, la situation aurait même pu tourner davantage en défaveur de la sexagénaire. Les transports publics estiment qu’en refusant de s’identifier auprès des contrôleurs, elle s’exposait potentiellement à une dénonciation pénale pour désobéissance et refus d’obtempérer. Par contre, ils confirment à Blick que la borne était bel et bien hors-service dans le bus pris par Joëlle le 10 mai dernier.

Des versions qui divergent

Les versions divergent aussi sur le déroulé précis des faits. Les TL reprochent à Joëlle de ne s’être adressée au conducteur qu’au moment où elle aurait aperçu les contrôleurs. Si elle l’avait fait, le chauffeur lui aurait proposé d’autres solutions pour acheter un titre de transport, comme un SMS, un e-ticket ou un achat au prochain arrêt, précisent-ils.

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Lorsque la personne qui voyage ne peut pas présenter un titre de transport valable lors d’un contrôle, un constat est établi, quelles que soient les raisons qui ont conduit à cette situation
Martial Messeiller, porte-parole des TL
»

Joëlle, elle, persiste: elle affirme avoir averti le conducteur dès qu’elle a pu avancer dans le bus. Quant aux alternatives numériques proposées, elles ne lui conviennent pas. «Je n’utilise pas internet pour acheter mes billets et je n’en ai pas envie. C’est justement pour ça que j’ai pris une carte prépayée. Je trouve cette solution super!» Selon elle, si les contrôleurs lui avaient simplement proposé de payer son ticket, elle l’aurait fait immédiatement.

Les TL livrent enfin une version bien plus sévère de l’incident. Ils assurent que «la cliente s’est opposée catégoriquement à toute tentative de régularisation», qu’elle a refusé de présenter sa carte SwissPass ainsi que son identité, et qu’elle aurait adopté «un comportement agressif» envers les agents de contrôle alors qu’ils tentaient «d’instaurer un dialogue constructif».

Les TL vraiment inflexibles?

Reste une question qui interroge: pourquoi ne pas faire preuve de souplesse lorsqu’une borne défectueuse est en cause? Les TL, par l’entremise de son porte-parole Martial Messailler, assurent pourtant à Blick qu’«une marge d’appréciation et de flexibilité existe dans ce type de situation». Selon eux, c’est le refus de collaborer qui aurait fait dégénérer le contrôle et nécessité l’intervention de la police.

Et pourquoi dresser un avertissement alors que le problème technique ne relève pas des utilisateurs? «L’avertissement constitue un rappel des obligations applicables en matière de transport public. En effet, même lorsqu’un appareil ne fonctionne pas, le voyageur demeure tenu de disposer d’un titre de transport valable avant le contrôle ou, à défaut, de signaler immédiatement la situation au conducteur […]», indiquent-ils à Blick.

En clair, même lorsque le problème vient d’une machine défectueuse, la responsabilité reste du côté de l’usager. A lui de réagir immédiatement et de trouver une alternative pour éviter de se retrouver, comme Joëlle, avec une amende de 250 francs pour un trajet qui n’a jamais pu être validé.

«C’est une épreuve pour moi»

Pour Joëlle, la pilule peine toujours à passer. Presque deux semaines après les faits, l’émotion reste intacte. «Je me suis sentie abandonnée. Dans ce genre de situation, on se sent fragile. En arriver là, c’est une vraie épreuve pour moi», confie-t-elle encore émue.

La Lausannoise assure aussi avoir perdu une partie de sa confiance envers les transports publics. «Aujourd’hui, je ne me sens plus sereine dans les TL… Peut-être que ça passera avec le temps.»

En attendant, l’amende de 250 francs reste bel et bien maintenue. Une somme loin d’être anodine pour la sexagénaire. «Je n’ai pas cet argent à dépenser.» Elle a jusqu’au 9 juin pour régler la facture, mais ne compte pas abandonner les discussions avec les TL.

Au-delà de son cas personnel, Joëlle dit vouloir dénoncer une situation qu’elle juge profondément injuste. «Si je continue à contester, c’est parce que je pense que je ne suis pas la seule. Ce n’est ni juste, ni correct. Il y a des personnes qui n’osent pas parler, alors il faut bien que quelqu’un le fasse», conclut-elle, résignée.

*Nom connu de la rédaction 

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