La gauche et les syndicats s'insurgent
«Le débat autour du salaire minimum vaudois est parasité par des mensonges»

Ce 14 juin, la population vaudoise se prononcera sur la question d'un salaire minimum cantonal de 23 francs de l'heure. Mais pour les syndicats et la gauche, les tenants du contre-projet accumulent les «mensonges et les tromperies».
Selon le comité d'initiative du salaire minimum vaudois, les partisans du contre-projet «accumulent les mensonges».
Photo: Keystone
Ellen De Meester - Journaliste Blick
Ellen De MeesterJournaliste Blick

Le comité d'initiative pour un salaire minimum vaudois est monté au créneau, ce jeudi 28 mai. Alors que les citoyennes et citoyens du canton pourront bientôt régler cette complexe question dans les urnes, la gauche et les syndicats les ont exhortés, lors d'un point presse donné à Lausanne, de «se forger une opinion sur les faits et non sur les fausses informations distillées continuellement par les tenants du contre-projet». 

Pour rappel, la population vaudoise devra se prononcer sur trois objets différents, le 14 juin: les deux premiers, l'initiative populaire constitutionnelle et l'initiative populaire législative, visent à inscrire le salaire minimum de 23 fr. par heure dans la Constitution vaudoise. Le troisième, un contre-projet élaboré par le Grand Conseil et le Conseil d'Etat, soutient le même principe, à la différence que le Conseil d'Etat pourrait quand même adapter le montant du salaire minimum au gré des variations économiques. Le seuil resterait donc flexible. Par ailleurs, si le contre-projet devait l'emporter, les conventions collectives (CCT) déjà en place resteraient prioritaires avant tout. Et c'est précisément là que réside la principale subtilité. 

«Le débat autour du salaire minimum est aujourd’hui parasité par une accumulation de mensonges, tromperies et d’arguments qui relèvent davantage de la posture idéologique que d’une discussion sérieuse sur les conditions de vie des salariés dans ce canton», estime Gabriella Lima, co-présidente du comité, dans un communiqué. 

La primauté des CCT serait «discriminatoire»

Pour le comité d'initiative, la primauté des CCT constitue un dispositif discriminatoire, en causant des «inégalités insoutenables» entre des entreprises d’une même branche. «A titre d’exemple, dans la vente à Lausanne, dans la sécurité privée ou dans les blanchisseries vaudoises, les grandes entreprises soumises à des CCT pourront payer des salaires plus bas que les petits commerces non-soumis, qui devront payer le salaire minimum», ajoute le député socialiste Arnaud Bouverat, co-président du comité unitaire. 

Les partisans de l'initiative déplorent également que le contre-projet relève d'une inégalité entre femmes et hommes, dans la mesure où de nombreux métiers jugés comme étant «féminisés», tels que les soins, la coiffure ou la vente, sont déjà régulés par des CCT ou des contrats-types de travail (CTT). Cela les exclurait donc de l'octroi salaire minimum, si le contre-projet devait être accepté. 

Isabelle Moret, aurait tenu des «propos mensongers»

Alors que l'initiative populaire fixe le montant du salaire minimum à 23 fr. par heure, le comité d'initiative affirme que la ministre PLR Isabelle Moret a tenu des «propos mensongers» auprès du quotidien «24 Heures». Dans une chronique publiée le 26 mai, la Conseillère d'Etat déclarait que l'initiative et le contre-projet se basent sur un «montant de départ identique». Or, le syndicat Unia souligne une différence de 100 fr. par mois entre les deux objets: 

«Cent francs de plus ou de moins pour des travailleurs pauvres, ce n’est pas anodin, déplore Nicole Vassalli, responsable de secteur à Unia Vaud, toujours dans un communiqué. Quel mépris social de la part d’une élue au Conseil d’Etat de considérer que 100 francs ne valent rien!». 

Pas de comparaison possible avec le Smic?

La droite patronale estime, de son côté, que l'initiative populaire rappelle le Smic français, ce qui risquerait de fragiliser les petites entreprises, ainsi que certains secteurs, comme le commerce de détail et l'hôtellerie. Le contre-projet apparaît donc, aux yeux de ses défenseurs, comme une différenciation importante avec le salaire minimum français. Or, selon Arnaud Bouverat, cette comparaison semble trompeuse: «Si la droite vaudoise a raison de dénoncer ce système qui aligne trop de salariés sur le Smic, rien ne rappelle ce mécanisme ni dans nos initiatives, ni dans les systèmes en vigueur en Suisse, et même ailleurs en Europe», argumente-t-il, désignant les exemples positifs du salaire minimum en Grande-Bretagne et en Allemagne. 

A noter que le principe des salaires minimum est déjà appliqué dans plusieurs autres cantons, dont Neuchâtel (21,35 chf), Genève (24,50 chf), le Jura (21,49 chf) et le Tessin (20,50 chf).

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