La maternité est le plus beau des cadeaux pour celles qui l’attendent avec impatience, mais, dans l’adorable paquet si joliment emballé, se cachent des bouleversements physiques, de la fatigue, du stress et un billet gratuit pour des montagnes russes émotionnelles! Si la naissance d’un premier enfant est un chamboulement avec tout l’apprentissage qu’il implique, la gestion au quotidien d’un nouveau-né additionnée à celle d’une fratrie survoltée peut se révéler tout aussi épuisante pour une maman. Le congé maternité, c’est loin d’être des vacances!
C’est là que les «bichonnages» proposés par l’association romande SuperMamans entrent en jeu. Les bénévoles offrent un petit coup de pouce aux jeunes mères débordées en préparant pour elles un repas maison réconfortant et en le leur livrant à domicile. Ce jour-là, zéro stress, il suffit de réchauffer le plat puis de le déguster en famille car les portions sont prévues pour toute la maisonnée.
Cette initiative bienveillante a été mise en place par Elisa Kerrache, une sage-femme indépendante qui a puisé dans son propre vécu. «Lorsque j’ai donné naissance à mon premier enfant, ma mère et ma belle-mère se sont relayées pour me soutenir en faisant du ménage, des lessives et de bons petits plats. Cette aide a été précieuse. Puis des amies ont débarqué pour voir mon bébé et m’ont apporté des repas congelés à réchauffer selon mes besoins. Ça m’a fait un bien fou car faire des courses et cuisiner tenait de la mission impossible pour moi. En fait, j’ai eu droit à un «bichonnage» sans le savoir.»
Le déclic final survient en 2015 lorsqu’elle découvre, dans l’émission de télévision Les maternelles, un reportage sur des mamans françaises qui se sont regroupées pour apporter des repas à leurs voisines venant d’accoucher. Mesurant sa chance d’avoir été si bien entourée par ses proches, elle se dit qu’il serait formidable d’offrir cette même bouffée d’oxygène à d’autres femmes ayant récemment mis au monde un enfant.
Enthousiasme romand
Elisa Kerrache lance un appel sur les réseaux sociaux pour sonder l’intérêt et les réponses positives pleuvent. Elle tente alors de contacter le groupe ayant lancé le concept, afin de demander l’autorisation de créer une version romande, mais sans succès car, entre-temps, le projet français est tombé à l’eau. Qu’importe! Elle se lance en solo, crée un groupe «SuperMamans» sur Facebook, bientôt rejointe par de nombreuses «MamansCadeau», comme elle décide d’appeler les volontaires. «Trois jours après naissait le premier bébé dont la mère allait être bichonnée», se souvient-elle.
Depuis, le succès ne s’est jamais démenti, mais l’organisation s’est perfectionnée. Fini de jongler avec des post-it sur un agenda. «Il a fallu mettre en place une logistique plus efficace car il y avait de plus en plus de naissances, jusqu’à 70 par mois.» Des «Mamans-Contact» prennent alors le relais pour faire le lien entre les personnes ayant besoin d’un coup de pouce et les bénévoles. SuperMamans franchit un cap décisif en décembre 2016 en devenant officiellement une association, aujourd’hui reconnue d’utilité publique.
Cuisiner en famille
Yasmina Guye a découvert l’association il y a neuf ans, par le biais d’une amie, alors qu’elle était enceinte. Séduite par le concept mais persuadée de ne pas en avoir besoin pour elle-même, elle a commencé à apporter des repas à d’autres mamans. Finalement, la réalité du post-partum l’a rattrapée, et elle s’est laissé «bichonner» à cinq reprises. Depuis, lorsque son emploi du temps le lui permet, elle poursuit cet élan de solidarité.
Enseignante de français langue seconde dans une école primaire, elle est surtout active pendant les vacances scolaires, assistée par sa fille Chiara, qui a désormais 8 ans. Toutes deux nous ont chaleureusement reçues chez elles, à Vevey, pour papoter tout en cuisinant. Au menu: hachis parmentier aux patates douces. Une recette réalisée à de nombreuses reprises, ce qui se révèle moins stressant pour Yasmina qui, en général, laisse plutôt son compagnon œuvrer aux fourneaux. L’astuce? Doubler les quantités! D’une pierre deux coups, elle prépare le souper de sa petite tribu tout en confectionnant le plat qu’elle ira livrer dans l’après-midi à une jeune mère.
Chiara pèle puis coupe les carottes avec application tandis que Yasmina s’occupe des patates douces. Et raconte quelquesunes de ses aventures en tant que «MamanCadeau», évoquant comment, enceinte de huit mois, elle a dû monter jusqu’au cinquième étage, sans ascenseur, pour un «bichonnage»: «Je suis arrivée épuisée et en nage!»
Elle se souvient aussi du jour où son mari a fait les courses pour le hachis parmentier et rapporté un mélange de bœuf et de porc qui était en promotion, car elle avait oublié de lui préciser que la famille ne mangeait pas de porc. Oups, trop tard pour rectifier le tir! Elle a dû décaler sa visite. Elle avoue même, en riant, que la veille, en préparant les biscuits à la noix de coco pour le dessert, elle a fait une bourde en plaçant le reste de pâte dans un joli moule en silicone qui s’est avéré être... un moule à glaçons. Bien évidemment, une fois dans le four, les petits cœurs ont lamentablement fondu.
Cependant, ce qu’elle retient surtout de son expérience au sein de l’association, c’est le partage, l’impression d’être utile, d’aider concrètement. Une femme épuisée qui ouvre la porte et lui met son bébé dans les mains en disant: «Moi, je vais me doucher.» Un rendez-vous qui dure deux heures parce que la jeune mère a besoin de parler. «Je pense que ça lui a fait autant de bien que le repas», confie Yasmina en souriant. Sans oublier un touchant souvenir: «Pour me remercier, une maman m’a offert une bague qu’elle avait faite elle-même et qui représentait la sororité.»
Astuces et expériences à partager
Une fois prêts le hachis et le dessert – que Chiara a presque entièrement réalisé, notamment en concassant et en goûtant à plusieurs reprises le chocolat –, départ pour les livrer, en prenant le train qui monte en direction de Saint-Légier. Ambre Abate et son bébé accueillent Yasmina avec un grand sourire. Après avoir déballé et rangé le repas, toutes deux s’assoient pour bavarder. Tandis qu’Athéna gazouille joyeusement sur ses genoux, sa maman explique qu’ils vont partir en vacances pour la première fois avec elle, en avion.
«J’ai commencé à faire du bénévolat trois mois après mon arrivée, parce que je me suis dit que c’était une bonne façon de rencontrer des gens, explique la Canadienne Annabelle Franche, venue s’installer en Suisse avec son mari et ses deux jeunes enfants fin 2016. J’ai fait une recherche sur internet en tapant simplement «aide» et «maman». C’est le site de SuperMamans qui est sorti en premier. J’ai trouvé ça intéressant et pas compliqué; il me suffisait de préparer une portion plus grande de mon repas de famille, puis de l’apporter le lendemain.» Après avoir commencé comme «MamanCadeau» et s’être investie toujours plus, elle est désormais présidente de cette association active en Suisse romande.
Est-ce qu’il faut forcément être une reine des fourneaux?
Non. L’objectif est d’apporter un plat réconfortant, pour toute la famille, afin de soulager une maman et de faire une rencontre. Certaines préparent des repas complets, sophistiqués, mais ce n’est pas la majorité. Moi, par exemple, je fais une quiche aux légumes ou un chili et des cupcakes.
Sur combien de «MamansCadeau» s’appuie l’association et est-ce suffisant?
Actuellement, nous en avons 2042, qui sont d’ailleurs aussi des grands-mamans et parfois même des papas. En moyenne, nous aidons quelque 700 familles par an, en organisant deux à cinq passages chez chacune. Comme c’est un système très flexible puisque chaque bénévole peut accepter ou pas une demande en fonction de ses disponibilités, nous avons besoin d’un maximum de volontaires pour pouvoir répondre à la demande. Actuellement, nous cherchons aussi trois «MamansContact» (régions de Nyon, de Lausanne et de la Riviera-Chablais), des bénévoles qui organiseront la mise en relation entre les familles demandeuses et les personnes qui vont effectuer les «bichonnages».
Vous proposez plusieurs sortes de «bichonnages»...
Le concept est toujours le même: on apporte un repas, on peut rester un petit moment, selon les besoins, pour discuter ou donner un coup de main, par exemple en promenant le chien ou en pliant du linge. Le «pré-bichonnage» a été pensé pour les mamans en arrêt car elles risquent d’accoucher prématurément. Le «bichonnage classique» est prévu dans les six premiers mois pour les familles qui viennent d’accueillir un bébé tout neuf, après un accouchement ou une adoption. Le «bichonnage de soutien» peut prolonger cette aide dans le temps, notamment dans le cas d’une dépression post-partum ou d’un burn-out parental. Quant au «bichonnage proche aidant», il s’adresse aux familles avec des enfants mineurs ayant un parent hospitalisé ou souffrant d’une pathologie grave, mais aussi dans le cas où un enfant doit faire de longs séjours à l’hôpital nécessitant la présence d’un parent sur place.
Et tout est gratuit pour les bénéficiaires?
Oui. Chaque «MamanCadeau» paie elle-même ses ingrédients, cuisine et transporte son repas sans rien facturer. C’est du bénévolat pur.
Votre site supermamans.ch est disponible en huit langues, notamment l’ukrainien, l’espagnol, le portugais...
Nous l’avons fait traduire car nous aimerions que les familles immigrées qui ne parlent pas français puissent aussi avoir accès à nos prestations. J’en profite pour ajouter que les papas peuvent aussi être «bichonnés»!
«J’ai commencé à faire du bénévolat trois mois après mon arrivée, parce que je me suis dit que c’était une bonne façon de rencontrer des gens, explique la Canadienne Annabelle Franche, venue s’installer en Suisse avec son mari et ses deux jeunes enfants fin 2016. J’ai fait une recherche sur internet en tapant simplement «aide» et «maman». C’est le site de SuperMamans qui est sorti en premier. J’ai trouvé ça intéressant et pas compliqué; il me suffisait de préparer une portion plus grande de mon repas de famille, puis de l’apporter le lendemain.» Après avoir commencé comme «MamanCadeau» et s’être investie toujours plus, elle est désormais présidente de cette association active en Suisse romande.
Est-ce qu’il faut forcément être une reine des fourneaux?
Non. L’objectif est d’apporter un plat réconfortant, pour toute la famille, afin de soulager une maman et de faire une rencontre. Certaines préparent des repas complets, sophistiqués, mais ce n’est pas la majorité. Moi, par exemple, je fais une quiche aux légumes ou un chili et des cupcakes.
Sur combien de «MamansCadeau» s’appuie l’association et est-ce suffisant?
Actuellement, nous en avons 2042, qui sont d’ailleurs aussi des grands-mamans et parfois même des papas. En moyenne, nous aidons quelque 700 familles par an, en organisant deux à cinq passages chez chacune. Comme c’est un système très flexible puisque chaque bénévole peut accepter ou pas une demande en fonction de ses disponibilités, nous avons besoin d’un maximum de volontaires pour pouvoir répondre à la demande. Actuellement, nous cherchons aussi trois «MamansContact» (régions de Nyon, de Lausanne et de la Riviera-Chablais), des bénévoles qui organiseront la mise en relation entre les familles demandeuses et les personnes qui vont effectuer les «bichonnages».
Vous proposez plusieurs sortes de «bichonnages»...
Le concept est toujours le même: on apporte un repas, on peut rester un petit moment, selon les besoins, pour discuter ou donner un coup de main, par exemple en promenant le chien ou en pliant du linge. Le «pré-bichonnage» a été pensé pour les mamans en arrêt car elles risquent d’accoucher prématurément. Le «bichonnage classique» est prévu dans les six premiers mois pour les familles qui viennent d’accueillir un bébé tout neuf, après un accouchement ou une adoption. Le «bichonnage de soutien» peut prolonger cette aide dans le temps, notamment dans le cas d’une dépression post-partum ou d’un burn-out parental. Quant au «bichonnage proche aidant», il s’adresse aux familles avec des enfants mineurs ayant un parent hospitalisé ou souffrant d’une pathologie grave, mais aussi dans le cas où un enfant doit faire de longs séjours à l’hôpital nécessitant la présence d’un parent sur place.
Et tout est gratuit pour les bénéficiaires?
Oui. Chaque «MamanCadeau» paie elle-même ses ingrédients, cuisine et transporte son repas sans rien facturer. C’est du bénévolat pur.
Votre site supermamans.ch est disponible en huit langues, notamment l’ukrainien, l’espagnol, le portugais...
Nous l’avons fait traduire car nous aimerions que les familles immigrées qui ne parlent pas français puissent aussi avoir accès à nos prestations. J’en profite pour ajouter que les papas peuvent aussi être «bichonnés»!
Yasmina en profite pour lui confier la technique qu’elle et son compagnon employaient dans les transports publics lorsque Chiara était bébé pour calmer les velléités des grincheux. La première visite chez le coiffeur avec bébé, le stress au début quand on le confie à quelqu’un, la meilleure méthode pour couper ses ongles minuscules (par exemple pendant qu’il dort), la reprise du travail après le congé maternité: les sujets s’enchaînent avec une belle complicité.
Ambre raconte à quel point elle apprécie les «bichonnages», elle qui, parfois, surtout au début, n’avait pas l’énergie de se faire à manger et croquait simplement quelque chose qui traînait dans le frigo. «En plus, le fait de prendre un café ensemble, de pouvoir parler avec quelqu’un, de retrouver un lien social, ça fait du bien car c’est une période où l’on voit moins de monde parce qu’on sort moins de la maison.»
Coup de pouce émotionnel
Elisa Kerrache, qui a lancé cette belle chaîne de solidarité et que son métier de sage-femme confronte régulièrement à la détresse de jeunes mamans, confirme que ce petit coup de pouce logistique peut faire la différence dans le domaine émotionnel aussi. «Beaucoup de femmes qui vivent une dépression postnatale ou un burn-out maternel se sentent coupables, pas capables, pensent qu’elles font tout faux. Alors rencontrer des mères qui sont passées par là, qui témoignent de leur vécu, évoquent ce qui les a aidées à surmonter ces moments difficiles peut les aider, leur donner de l’espoir.»
Il arrive souvent que des relations se poursuivent, que des amitiés se tissent entre les bénévoles et celles qui ont eu la chance de profiter de leur soutien.
Des «bichonnages sauvages», comme les appelle malicieusement la fondatrice de SuperMamans, c’est-à-dire non planifiés au sein de l’association, peuvent même avoir lieu, par exemple lors de la naissance d’un deuxième enfant. Ou pour donner un coup de pouce à une voisine, une amie, une sœur ou une collègue. Si ces initiatives spontanées se multiplient, peut-être qu’un jour l’association ne sera plus indispensable. «Si elle devait disparaître parce qu’il n’y a plus de demande, parce que les gens le font spontanément, eh bien je trouverais ça magnifique, assure Elisa Kerrache. Ce ne serait pas un échec, au contraire, ce serait une belle réussite.»
Cet article a été publié initialement dans le n°19 de «L'illustré», paru en kiosque le 7 mai 2026.
Cet article a été publié initialement dans le n°19 de «L'illustré», paru en kiosque le 7 mai 2026.