«Le risque de collusion n'est pas acceptable»
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Hommage aux victimes de Crans:«Le risque de collusion n'est pas acceptable»

Tragédie de Crans-Montana
A Lutry, les familles de victimes déversent leur colère et remercient Giorgia Meloni

Ce samedi après-midi, une marche blanche oscillant entre hommage et dénonciation a traversé Lutry (VD). Les proches de victimes de Crans-Montana ont déversé leur colère sur les autorités suisses.
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Organisatrice de la marche blanche de Lutry (VD), Allegra Petruzzi a perdu des amis à Crans-Montana et est en colère.
Photo: AFP
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Léo MichoudJournaliste Blick

Explosion de colère et de revendications à Lutry (VD), lors de l’hommage aux victimes locales de la tragédie de Crans-Montana. Ce samedi 31 janvier, pas moins de 500 personnes ont participé à cette marche blanche organisée par une jeune amie des sept défunts. Mais il n’était de loin pas question que de silence et de recueillement. Blick y était et vous raconte.

Peu avant l’heure de départ annoncée, devant le skatepark attenant au terrain du FC Lutry, un groupe de proches s’est frayé un chemin dans la foule pour dévoiler une grande pancarte et se poster derrière. «Hommage aux victimes de Crans-Montana. Justice et vérité», pouvait-on y lire. Un long moment de silence a permis aux nombreux journalistes suisses, français et italiens de s’approcher… et aux caméras de prendre position.

En figures de proue de cette action: la très médiatisée maman d’Arthur, Laetitia Brodard-Sitre; l’organisatrice de la marche Allegra Petruzzi; le papa d’un grand brûlé Alexandre Fleury; et parmi les plus vocaux, les parents de Trystan, dont l’enterrement a été annulé à la dernière minute. Enfin, pendant presque une heure, les phrases incisives – apprises par cœur mais provenant de cette même partie du corps – se sont succédé.

Le papa de Trystan, qui arbore un maillot de l’Italie, a commencé par s’adresser à la justice: «Les Valaisans, si vous avez un peu d’honneur, partez de cette affaire!» Sa compagne, qui porte une pancarte avec le visage de son fils décédé à 17 ans, a continué: «Que la commune prenne ses responsabilités, que les Moretti prennent leurs responsabilités. Un pays où on préfère toucher l’argent de la mafia corse à la sécurité des enfants est un pays qu’il faut bannir.»

Des accusations à la pelle

Les accusations de ce genre – dont le fondement reste à vérifier – se sont répétées. Le président de la Commune Nicolas Féraud, accusé de n’avoir pas répondu aux sollicitations des proches. La Confédération, qui n’aurait «pas encore envoyé l’aide financière promise aux familles des victimes». Guy Parmelin, qui aurait «photocopié une seule lettre de condoléances» pour toutes les familles de victimes. Ou encore les CFF, accusés d’avoir mis une amende «à une jeune fille qui allait visiter sa sœur, une victime que l’on découpe en morceaux» à l’hôpital.

En somme, ces parents n’ont pas prévu d’attendre sagement que la justice valaisanne face son travail. «Le risque de collusion, le risque de se mettre d’accord entre les responsables, les employés communaux et les Moretti, ça doit cesser», assène Laetitia Brodard-Sitre. Et de continuer: «Nous voulons juste la justice, nous voulons juste la vérité. Et seulement après, nous ferons notre deuil. Parce qu’aujourd’hui, il y a mensonge, il y a collusion. Et ce n’est pas acceptable en Suisse.»

«Les assassins de mon fils»

Les mots vont même plus loin. Pour le papa de Trystan, les Moretti ne sont ni plus ni moins que «les assassins» de son fils. Et l’affaire prend une tournure politique. A plusieurs reprises, ce dernier a remercié l’Italie et la France, ainsi que les médias de ces deux pays, de mettre leur nez dans la procédure judiciaire valaisanne. «Grazie mille a Giorgia Meloni!», a-t-il lancé en italien, à la demande de la télévision transalpine.

Lorsque les prises de parole se sont terminées, des dizaines de micros et de caméras se sont approchées à quelques centimètres des intervenants. Il a fallu encore attendre près d’une demi-heure pour que la marche d’hommage annoncée prenne forme, derrière sa jeune organisatrice et sa pancarte «Vous êtes pas seuls».

Les centaines de personnes réunies, venues pour certaine de bien plus loin que l’Est lausannois, se sont dirigées ensemble vers le Temple de Lutry. Les cloches ont sonné et une nouvelle minute de silence a commencé. Les proches des victimes ont fini par laisser des fleurs au pied de l’établissement religieux. «Plus jamais ça!», a scandé la foule à la demande du père de Trystan.

Critiques plus ou moins directes

C’est cette même inscription que Jean-Philippe B., venu soutenir les proches, a faite imprimer sur son t-shirt. «C’est important d’être là pour partager la souffrance des familles qui ont perdu un fils ou une fille, avance-t-il. C’est aussi comme citoyen, pour rappeler aux autorités de respecter et de faire respecter les lois. Aux assemblées législatives et aux députés de réviser certaines lois pour que la sûreté de tous, mais surtout des plus jeunes, soit respectée».

Interrogé par Blick à la fin de la marche, le père de Trystan reproche aux responsables politiques leur absence. «Les autorités de Lutry étaient averties de cette manifestation. Ni le syndic Pascal Monod, ni aucun autre représentant ne s’est montré», fustige-t-il, allant même jusqu’à parler d’un soutien entre élus PLR dans cette affaire. Il faut dire que le ton de cet hommage a gêné la Municipalité, a dévoilé «24 heures» mardi dernier. Pas sûr que la prise de parole pré-marche blanche ait calmé les esprits.

Notons toutefois que certains intervenants se sont montrés plus modérés. Habitant Crans-Montana, Alexandre Fleury est le papa d’un jeune actuellement hospitalisé à Zurich, venu soutenir les familles de Lutry. Il préfère ne pas nommer de coupables avant l’heure: «La colère s’estompera quand les familles pourront faire leur deuil, respectivement quand toutes les négligences d'avant et d'après le 31 décembre seront mises à jour et que chaque personne responsable de négligence sera confrontée au jugement des tribunaux.»

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