La mère de Trystan se confie
«Le sang de mon fils est sur les mains de la commune de Crans-Montana»

Trystan venait d’entrer dans la nouvelle année quand il a écrit une dernière fois à sa mère. Moins de deux heures plus tard, l’incendie du bar «Le Constellation» se déclarait. Sa mère nous raconte les heures, les jours d’attente, puis la terrible nouvelle de son décès.
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Trystan Pidoux est l'une des victimes de l'incendie survenu à Crans-Montana.
Photo: Raphaël Dupain
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Nicolas Lurati

Il était 0h08 de cette nouvelle année. L’année où Trystan Pidoux, originaire de Pully (VD), allait atteindre sa majorité. Il célébrait son passage à 2026 à Crans-Montana avec ses copains. Le jeune homme a d'ailleurs envoyé un message WhatsApp à sa mère, Vinciane Stucky: «Bonne année. Gros bisous. Je t’aime beaucoup. Gros bisous aussi aux autres. Je t’aime.» Le dernier signe de vie qu’elle recevra de son fils.

Moins d’une heure et demie plus tard, l'horreur s'est déchaînée dans le bar «Le Constellation». Le bilan est terrible: 116 blessés, 40 morts. Parmi eux, Trystan Pidoux. Lundi, Blick a rencontré Vinciane Stucky chez elle. Elle a souhaité nous raconter les semaines passées: Noël, la nuit de la Saint-Sylvestre, l’espoir, puis la certitude de la mort de son fils, suivie, des jours plus tard, de la cérémonie d’hommage. Le dernier chapitre s’écrira mercredi, avec l’enterrement de son garçon.

Le dernier Noël

Vinciane Stucky a fêté Noël avec ses trois fils et sa fille, chez le grand-père de Trystan. «Comme toujours, Trystan faisait le clown, raconte la mère. Il avait une aura enchanteresse.» Une nuit, entre Noël et Nouvel An, l’adolescent et sa mère ont discuté pendant des heures. «Nous avions une relation très forte. Il me racontait tout, confie-t-elle. Je ne sais pas ce que je vais faire sans lui.»

«Chaque fois que je réalise que Trystan n'est plus en vie, je ne peux plus respirer», confie Vinciane Stucky.
Photo: Raphaël Dupain

Le 31 décembre, Trystan était à la maison. Il hésitait entre une soirée à Genève ou à Crans-Montana. Le choix s'est finalement porté sur le Valais. Vinciane Stucky rajoute: «J’ai repassé sa chemise alors qu’il l’avait déjà mise. On en a ri.» Avec son sac à dos, Trystan a quitté la maison à 17 heures. «D’habitude, on s’embrasse toujours et on se dit qu’on s’aime», raconte Vinciane Stucky. Mais psa ce soir-là: elle est occupée dans la salle de bain. «Je lui ai crié quelque chose. Je regrette de ne pas l’avoir embrassé une dernière fois.»

La mère était au courant que «Le Constellation» figurait au programme de la nuit de Trystan et de ses amis. A 0h08, elle a reçu cet ultime message, auquel elle a répondu aussitôt: «Je t’aime plus que tout. Bonne année.»

«Je t'aime», lui a-t-il écrit à 0h08 la nuit du Nouvel An.
Photo: Raphaël Dupain

Aux alentours de deux heures du matin, elle est allée se coucher. A 5 heures, le père de Trystan a tenté de l'appeler. Mais elle n'a pas répondu. «A 7 heures, je l’ai rappelé. Il m’a dit que 'Le Constellation' était en feu.» La panique lui est immédiatement montée à la gorge. «J’ai appelé Trystan cent fois. Je lui ai envoyé des messages. D’habitude, il répond toujours. Même en pleine nuit.» Elle a alors contacté les amis de son fils. «L’un d’eux m’a dit que la localisation Snapchat de Trystan indiquait 'Le Constellation'.»

Vinciane Stucky a passé d’innombrables appels aux hôpitaux. L’espoir l'a habitée plusieurs jours durant. Elle voulait savoir où se trouvait son fils. «Dans mon esprit, il était gravement brûlé, mais vivant.» Dès le 1er janvier, elle est partie à Crans-Montana, pour donner un échantillon d’ADN. «J’ai transmis à la police toutes les informations susceptibles d’aider à retrouver Trystan.»

La triste nouvelle

Puis, les jours ont passé. Un appel anonyme a finalement fait sonner son téléphone. Vinciane Stucky a décroché: c'était la Police cantonale valaisanne. «J’ai compris immédiatement ce qu’ils allaient m’annoncer. Je ne voulais pas y croire.»

Elle se trouvait alors dans l’église de Lutry (VD), devenue un lieu de rassemblement pour les proches à la recherche des victimes. «J’ai hurlé. Le cri a résonné dans toute l’église. Je me suis cogné la tête contre les armoires. Mon fils aîné a dû me retenir.»

Dans une autre pièce de l'église, des policiers lui ont finalement confirmé, en face, que son fils était décédé.

Le corps de son fils

Elle nous confie encore: «Ses yeux étaient verts, brillants. Mais son visage était crispé.» La croque-mort a en effet maquillé Trystan pour atténuer son teint brûlé. «Je suis restée des heures dans cette pièce, poursuit la mère. Je ne voulais pas qu’il soit seul.»

Elle raconte avoir accroché un collier orné d’un symbole chrétien. «Pour le protéger au paradis et sur le chemin qui y mène.» Elle a aussi glissé une lettre écrite à la main dans la poche de sa chemise, puis déposé des photos de famille et des chocolats de Dubaï près de son corps. Elle a finalement attaché son bracelet Hermès à son poignet. «A ce moment, une pensée m’a traversée: je ne peux pas imaginer vivre sans lui.»

Par moments, Vinciane Stucky oublie que son fils est mort. «Je me réveille en pensant que tout cela était un cauchemar. Je vais dans sa chambre et je comprends que c’est la réalité. A chaque fois que je réalise qu’il n’est plus là, je n’arrive plus à respirer.»

Le président de la commune vivement critiqué

Lors d’une conférence de presse, le président de la commune de Crans-Montana, Nicolas Féraud, a déclaré: «La commune est la plus touchée en tant que sinistrée, avant toutes les autres.» Cela alors que des documents liés à la protection incendie ont été supprimés et que les contrôles ont été bâclés.

Vinciane Stucky est sous le choc. «Les paroles de Féraud sont une insulte aux proches des victimes, aux survivants et à leurs familles, affirme-t-elle. J’espère que lui et son équipe seront condamnés pour leurs négligences.»

Et d’ajouter: «Avec ces mots, Féraud nous a craché au visage. Le sang de Trystan est sur les mains de la commune de Crans-Montana. Et donc aussi sur celles de Nicolas Féraud.»

«C'était un piège»

Dimanche, une cérémonie a eu lieu à Lausanne pour Trystan Pidoux et son meilleur ami, également décédé dans l'incendie. Plus de 1000 personnes étaient présentes dans et autour de l’église, selon la famille: «Des enfants, des jeunes, des amis, des proches, des connaissances.» Vinciane Stucky y a pris la parole.

Dimanche, une cérémonie en hommage à Trystan Pidoux a eu lieu à Lausanne.
Photo: DR

Lorsque nous l'avons rencontrée lundi, la mère a adressé un message au couple de gérants, les Moretti: «En verrouillant la sortie de secours, ils n’ont laissé aucune chance à Trystan de s’en sortir. C’était un piège.» [ndlr: Lors des auditions, Jacques Moretti a affirmé que la sortie de secours du sous-sol était bien ouverte, mais que la porte de service au rez-de-chaussée était fermée.]

Elle ajoute: «C’est inexcusable. Tout le monde sait à quoi sert une sortie de secours. A travers cet article, les Moretti doivent comprendre qui était mon Trystan. Et à qui ils ont volé toute chance d’avenir.»

Mercredi, Vinciane Stucky enterrera son fils. «La cérémonie de dimanche était un hommage à Trystan, qui comptait énormément pour moi. Je ne sais pas si je survivrai à ses funérailles. Pour l’instant, son corps est encore là. Dans quelques heures, il sera sous terre. Pour toujours. C’est insupportable.»

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