Un seul extincteur suffisait?
Après la conférence de presse, un expert décortique la sécurité incendie du bar de Crans-Montana

La commune de Crans-Montana s'est expliquée lors d'une conférence de presse après l'incendie meurtrier, malgré la polémique. Un expert apporte ses éclaircissements sur des propos sur la sécurité du bar «Le Constellation» qui ont essuyé de vives critiques.
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Nicolas Féraud s'est exprimé lors d'une conférence de presse ce mardi. Ses déclarations ont relancé la polémique.
Photo: AFP
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Qendresa Llugiqi

Reproches virulents, zones d’ombre et violents remous: mardi 6 janvier, des représentants de la commune de Crans-Montana se sont exprimés publiquement pour répondre aux nombreuses questions des journalistes. Parmi eux figurait le président de la commune, Nicolas Féraud.

Jusqu'au bout, les proches des victimes de l'incendie avaient tenté d'empêcher cette conférence de presse – en vain. Plusieurs d'entre eux estiment que la commune porte une part de responsabilité dans le drame. De son côté, le Conseil communal se considère également comme une «victime» et entend même se constituer partie civile dans la procédure.

La Commune n'a pas présenté d’excuses formelles, préférant accompagner ses condoléances de longues explications, notamment sur les mesures de protection incendie. Mais ce qui se voulait sans doute une tentative d'éclaircissement sur les causes du drame a finalement ravivé la controverse. Cinq déclarations, en particulier, ont suscité de vives réactions. L'expert en protection incendie Hugo Cina, actif dans la commune valaisanne de Salquenen, les a analysées pour Blick.

«Le contrôle ne comprend pas la vérification des matériaux»

Lors de la conférence de presse, Nicolas Féraud a expliqué que la loi ne prévoit pas de contrôle qualité des matériaux utilisés lors des inspections périodiques. De ce fait, les panneaux de mousse d'insonorisation du plafond – qui ont pris feu à cause des cierges magiques installés sur les bouteilles de Champagne – n'ont jamais fait l'objet de tests d'inflammabilité. Pourtant, un serveur avait déjà mis en garde contre ces plaques lors de la nuit du Nouvel An 2019/2020.

«Il est exact que, de par la loi, le contrôle des matériaux ne fait pas explicitement partie des contrôles périodiques», explique Hugo Cina. Néanmoins, en tant qu'expert, il insiste pour que tout local soit examiné dans son ensemble dans le cadre d'une autorisation d'exploitation. «Lors de travaux de rénovation ou d'agrandissement, selon la commune, seule une partie ou la totalité du bâtiment est pour l'heure inspectée.»

«Un extincteur suffit»

Lors de la conférence de presse, Nicolas Féraud a affirmé qu'«un extincteur suffit pour la taille de ce local». Hugo Cina précise pour sa part ne connaître «Le Constellation» qu’à travers des images, des vidéos et des plans. «En principe, selon les prescriptions en vigueur, un seul extincteur est suffisant pour un établissement de cette dimension», confirme l’expert.

Et d’ajouter: «Même de plus grands établissements ne disposent souvent que d’un seul extincteur.» Il souligne toutefois qu’il est toujours possible d’aller au-delà des exigences minimales: certaines communes imposent des règles plus strictes.

«Les détecteurs de fumée ne sont pas obligatoires»

Patrick Clivat, conseiller communal pour la sécurité publique à Crans-Montana, a expliqué lors de la conférence de presse que les détecteurs de fumée ne sont pas obligatoires dans ce genre de structure. Hugo Cina le confirme: «La loi ne prévoit pas de détecteurs de fumée dans les restaurants et les bars comme 'Le Constellation'.» Ceux-ci sont uniquement nécessaires dans les hôtels, les magasins ou les parkings.

«Suffisamment d'issues de secours»

Selon Nicolas Féraud, le nombre d’issues de secours était suffisant au regard de la capacité autorisée de l'établissement. D'après les informations disponibles à ce stade, une sortie de secours supplémentaire se trouvait au sous-sol du bar, à côté de l’escalier principal. On ignore toutefois si celle-ci était ouverte la nuit du drame.

«Le nombre d’issues de secours exigé pour un établissement est clairement défini par la réglementation, rappelle Hugo Cina. Pour une capacité maximale de 200 personnes, celle-ci prévoit soit trois sorties de 90 centimètres de large chacune, soit deux sorties, l’une de 90 centimètres et l’autre de 120 centimètres. Au-delà de 200 personnes, c’est le taux d’occupation qui devient déterminant. Les sorties de plain-pied doivent offrir 60 centimètres pour 100 personnes, tandis que les sorties par escaliers exigent 60 centimètres pour 60 personnes.» Si les deux issues de secours étaient dégagées et suffisamment larges, elles répondaient donc aux exigences légales.

«Pas de contrôle depuis 2019»

Bien que la loi impose un contrôle annuel, le bar «Le Constellation» n'a pas été contrôlé depuis 2019. «Nous ne pouvons pas nous expliquer comment cela a pu se produire. Nous le regrettons», a déclaré Nicolas Féraud.

Pour l'expert Hugo Cina, la responsabilité de la commune est sans équivoque: «Le conseil municipal est l'employeur du responsable de la sécurité. Son devoir est de s'assurer que son travail a bel et bien été effectué. La confiance c'est bien, mais un contrôle rigoureux c'est mieux.»

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