Des propos édifiants
A Crans-Montana, la grande clarification de la Commune a viré au fiasco

Très attendue, la conférence de presse de la commune de Crans-Montana s’est rapidement muée en exercice de communication raté. Entre aveux de manquements et absence d’explications claires, la prise de parole s’est transformée en naufrage.
La conférence de presse a tourné au désastre pour le président de la commune de Crans-Montana Nicolas Féraud.
Photo: AFP
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Alessia BarbezatJournaliste Blick

Cinq jours après le drame qui a coûté la vie à 40 personnes et fait 116 blessés, la conférence de presse de la commune de Crans-Montana était très attendue. Et controversée.

La veille, Jean-Luc Addor, conseiller national UDC et avocat des parents d’une victime, avait demandé son interdiction, estimant inacceptable qu’une collectivité publique potentiellement responsable de manquements – ce que l’enquête du ministère public valaisan devra déterminer – puisse s’exprimer en dehors de la procédure judiciaire.

Sans succès. L’exercice médiatique est maintenu. Et il s’apparente à un naufrage.

Si, à l’extérieur du centre de congrès, le froid est glacial, l’atmosphère à l’intérieur de la salle est, elle, électrique. Les médias suisses, italiens et français attendent des réponses aux nombreuses questions sur le rôle de la commune dans les contrôles du bar Le Constellation, théâtre de l’une des pires tragédies que la Suisse ait connues.

Une communication de crise... ratée

A 10 heures, les quatre membres du Conseil communal font leur entrée. La prise de parole a été confiée à Dynamics Group, une société spécialisée dans la communication de crise, signe que la municipalité est sous pression.

La mine fermée, le président Nicolas Féraud assure vouloir présenter en toute transparence» les éléments – issus de soixante ans d’archives – que la commune a transmis au ministère public valaisan dans le cadre de l’instruction pénale visant à déterminer les éventuelles responsabilités du drame.

«Il ne s’agit pas de s’immiscer dans la procédure judiciaire en cours, affirme-t-il face à la presse. Si une responsabilité pénale devait être constatée, la commune l’assumera pleinement, sans volonté de se défausser.»

Concernant les travaux réalisés au «Constellation», une autorisation a bien été délivrée en 2015 au propriétaire pour la construction d’une véranda. Celui-ci a ensuite effectué lui-même des travaux à l’intérieur de l’établissement, qui ne nécessitaient pas d’autorisation. «Le propriétaire n’était pas tenu de demander une autorisation à la commune. Il ne l’a donc pas fait», confirme Nicolas Féraud.

Aucun contrôle en six ans

En 2017, la commune de Crans-Montana engage un chargé de la sécurité. Aucun signalement n’est alors effectué concernant la mousse phonique installée au plafond de l’établissement. Pas davantage en septembre 2025.

Un bureau externe spécialisé réalise par ailleurs une étude acoustique du «Constellation» et «confirme le respect des normes anti-bruit, sans relever d’autres problèmes», précise encore le président de la commune.
Plus grave encore – et l’annonce laisse l’assistance médusée – 1430 contrôles de protection incendie ont été effectués sur le territoire communal en 2025. Le «Constellation» n’en fait pas partie.

Entre 2020 et 2025, aucun contrôle n’a été réalisé dans l’établissement. «Nous le regrettons amèrement», concède Nicolas Féraud. Interpellé à plusieurs reprises sur ces manquements, notamment par des journalistes italiens, le président de la commune ne parvient pas à fournir d’explication. «Nous ne nous l’expliquons pas», admet-il.

Nombreuses questions sans réponse

Un autre point interroge enfin: malgré les défaillances reconnues, la commune persiste dans sa volonté de se constituer partie civile. Nicolas Féraud précise que cette démarche vise à permettre à la commune d’accéder au dossier de l’enquête pénale et de le consulter. La demande a été déposée; il appartient à la justice de décider si ce statut lui sera accordé.

Tancé par la presse italienne sur l’éventualité d’une démission du Conseil communal, le président se retranche derrière les mêmes éléments de langage. «On ne quitte pas le navire en pleine tempête», lâche-t-il.

Une dernière question, posée par un journaliste italien, porte sur d’éventuelles excuses à adresser aux familles endeuillées et sur le sentiment de culpabilité. La voix nouée, Nicolas Féraud répond: «J’ai vécu cette semaine de façon très difficile. Je ne pourrai pas surmonter ce fardeau, ni la tristesse de toutes ces familles, que je porterai toute ma vie.»

Le Conseil communal disparaît ensuite sous une nuée de journalistes. Et avec lui, de nombreuses questions restées sans réponses.

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