Que s’est-il vraiment passé lors de cette terrible nuit de la Saint-Sylvestre? A mesure que l’enquête avance, des informations tombent au compte-goutte – pas toujours vérifiées – sur les circonstances du drame. Samedi, la RTS a avancé que le propriétaire du bar «Le Constellation» aurait avoué aux enquêteurs que la porte de secours du sous-sol avait été verrouillée de l’intérieur. Le média du service public a ensuite publié un rectificatif: il s'agissait d'une porte de service au rez-de-chaussée. C'est également ce qui ressort des révélations de BFMTV, qui racontent le récit du drame qu’aurait donné le couple lors de sa première audition, le 1er janvier.
Comme le veut la procédure, les deux propriétaires ont été auditionnés séparément. La femme était arrivée au «Constel» vers 22h30, rapporte nos confrères français. «A minuit, il y avait très peu de monde, a expliqué la gérante. Je disais justement à Cyane (ndlr:une serveuse décédée dans l’incendie) qu'il fallait faire rentrer du monde pour que l'ambiance prenne.» Le bar se remplit de plus en plus. Jusqu’au moment fatidique.
Les locaux commencent à prendre feu. «Tout à coup, j’ai senti un mouvement de foule, rapporte la patronne. J'ai tout de suite hurlé: 'tout le monde sort!’ Elle a ensuite dit aux enquêteurs qu’elle était sortie de l’établissement par l’entrée principale, en prenant les escaliers. Elle aurait demandé au videur de faire sortir tout le monde. «Une fois dehors, j’ai fait le 118. Il était 1h28», rapporte encore BFMTV. Puis elle appelle son mari, qui se trouvait au «Senso», un autre établissement détenu par le couple.
Une porte «verrouillée de l'intérieur»
«Je suis rentré sur la terrasse extérieure. Toutes les baies vitrées étaient ouvertes.» Le patron tente de rentrer à l'intérieur «mais c'était impossible. Il y avait beaucoup trop de fumée». Il fait alors le tour, pour aller vers la porte de service (ndlr: pas l'issue de secours, située au sous-sol). Alors que d'habitude elle ne l'était pas, elle était «fermée et verrouillée de l'intérieur, avec un loquet», raconte-t-il encore aux enquêteurs. Aidé de deux personnes, il tente de la forcer. Elle cède «en quelques secondes». Puis d'ajouter, les larmes aux yeux: «Ma belle-fille Cyane faisait partie de ces gens. Nous les avons tirés vers l'extérieur et mis en PLS.» Sa femme étant légèrement blessée, le propriétaire lui dit de rentrer chez elle afin de veiller sur leurs enfants.
La question de la sécurité des lieux avait déjà été abordée lors de la première audition. «Le service du feu a effectué deux ou trois contrôles incendie» en dix ans d'exploitation, sans jamais exiger «de demandes de réaménagement ou de modification des lieux», poursuit-il dans des propos rapportés par BFMTV. Il avoue également que les employés du bar n'étaient pas formés à la gestion d'événements tel un incendie.
«Cyane était comme ma petite soeur»
Dans chacune de leurs déclarations, que cela soit le jour de deuil national ou le jour du drame, les propriétaires ont à chaque fois exprimé leurs regrets et leur tristesse. «C'est le drame de ma vie, je ne sais pas comment je vais tenir», résume la propriétaire. Lors de la première audition, elle avait notamment pleuré Cyane. «Elle était comme ma petite soeur, elle avait passé Noël avec nous.» «Je suis dévasté», ajoute le patron. A l'issue de l'audition qui s'est déroulée vendredi, ce dernier a été placé en détention provisoire.