La multinationale du tabac Philip Morris a financé des recherches menées sur des centaines d’enfants à partir de neuf ans, recrutés dans des écoles neuchâteloises, révèle une enquête d’OxySuisse ce jeudi 28 mai. Le géant du tabac a déboursé 190’000 francs suisses pour financer des recherches menées à l’Unige par la professeure de psychologie clinique Elsa Schmid-Kitsikis et son assistante Helga Kilcher, entre 1994 et 1997.
«Ne soyons pas dupes: derrière ces recherches, il y avait la volonté de mieux cibler les jeunes, alors même que l’industrie du tabac nie depuis des décennies s’y intéresser», dénonce Michela Canevascini, directrice d’OxySuisse.
L’objectif de ces études portait sur la perception du risque des enfants, l’influence des parents fumeurs, l’image sociale de la cigarette et les mécanismes d’initiation au tabac. En d’autres termes: ces recherches ont permis à Philip Morris de mieux comprendre leur rapport au risque et donc de mieux les cibler dans les campagnes marketing, affirme OxySuisse.
«Surmonter les attitudes antitabac»
«Le plus choquant dans cette affaire, c’est qu’un cigarettier ait pu utiliser leprestige d’une université suisse (et peut-être la naïveté de certaines chercheuses) pour étudier des enfants et des adolescents afin de mieux les pousser à la consommation», enrage Michela Canevascini.
Philip Morris a toujours nié mener des études marketing sur des enfants. En parallèle, dans les années 90, son département «Science & Technology» avait pour mission de «surmonter les attitudes antitabac» et «accéder au circuit interne» des milieux scientifiques et politiques. Aujourd’hui encore, de nombreuses institutions universitaires suisses sont critiquées pour leurs collaborations problématiques avec le cigarettier, notamment après la publication d’une enquête de Transparency and Truth en février 2026.