Les centrales nucléaires de Leibstadt (AG) et Gösgen (SO) pourraient rester en service 80 ans, selon un rapport adopté mercredi par le Conseil fédéral. Cette durée de vie est techniquement possible et rentable, selon différents scénarios.
La décision de stopper ou de continuer l'exploitation des centrales nucléaires revient aux exploitants. Ceux-ci visent une mise en service à long terme uniquement s'ils pensent pouvoir complètement amortir leurs investissements, rappelle le gouvernement dans un communiqué.
Selon le rapport, les investissements nécessaires à la mise à niveau technique se situent entre 0,7 et 1,2 milliard de francs suivant la centrale. Ils pourraient être amortis au vu de l'évolution des prix de l'électricité et des coûts. Un soutien financier fédéral ne serait donc pas nécessaire.
Besoin d'un cadre stable
Si la question de la rentabilité ne risque pas de freiner les investissements, les incertitudes politiques et réglementaires pourraient en revanche représenter un obstacle. Il s'agit par exemple d'un renforcement des exigences sécuritaires ou d'une mise hors-service anticipée à la suite d'une décision populaire ou d'une modification de loi.
Des risques techniques, tels que l'impossibilité de remplacer des composants essentiels pour la sécurité, existent aussi. De même que des risques liés à la chaîne d'approvisionnement ou à une pénurie de main-d'oeuvre qualifiée. Dans ce cadre, le maintien des connaissances et des compétences des spécialistes constitue aussi un défi, selon les exploitants.
Pour ces derniers, un cadre stable, fiable et prévisible à long terme est essentiel afin de garantir une sécurité de planification. «Une position politique claire du Conseil fédéral et du Parlement est d'une importance capitale», lit-on dans le rapport.
Après le Conseil des Etats, le National est justement en passe de valider la proposition gouvernementale de lever l'interdiction de construire de nouvelles centrales, dans le cadre du débat sur l'initiative populaire «Stop au black-out». Le texte sera discuté à la session d'été.
Porte ouverte à de nouvelles centrales
Selon l'étude, la construction de nouvelles installations nucléaires en Suisse est un scénario possible pour améliorer la sécurité de l'approvisionnement, d'autant plus si le développement des énergies renouvelables ne progresse pas assez rapidement. Ce mix énergétique sera approfondi dans les Perspectives 2060. Il doit permettre de limiter les besoins d'importation en hiver.
La sécurité d'approvisionnement serait ainsi garantie, écrit le Conseil fédéral. Et de rappeler qu'en 2024, la production d'énergie nucléaire représentait environ 30% de la production d'électricité suisse. Le gouvernement a encore relevé que toutes les centrales nucléaires suisses présentent un bon niveau de sécurité, grâce à des contrôles continus et des rééquipements.
Le rapport fait suite à un postulat du conseiller aux Etats Thierry Burkart (PLR/AG). Il se concentre sur l'exploitation à long terme des centrales nucléaires suisses au-delà de 60 ans. En 2024, la Confédération avait déjà confirmé la faisabilité technique et économique d'une mise en service pendant 60 ans.
Les centrales disposent d'une autorisation d'exploitation illimitée, pour autant qu'elles sont sûres. Actuellement, quatre installations sont en service, à Gösgen, à Leibstadt et à Beznau (AG). Les deux réacteurs à Beznau 1 et 2 doivent être arrêtés en 2033 et 2032, après un peu plus de 60 ans de vie. La centrale de Mühleberg (BE) a été déconnectée en 2019.
Réactions politiques
Alors que le PLR se réjouit de cette adoption, les Verts mettent le dos au mur. Les Vert'libéraux sont aussi favorables à une prolongation, pour autant qu'on ne revienne pas sur l'orientation de la politique énergétique.
A l’heure où le prix du pétrole augmente, l’énergie nucléaire est indispensable pour garantir notre qualité de vie, assurer la compétitivité de nos PME et protéger le climat, estime le PLR, satisfait du résultat de son engagement sur ce dossier.
«Le fait que nos centrales nucléaires puissent fonctionner plus longtemps est une opportunité que nous devons saisir», déclare le coprésident du parti Benjamin Mühlemann, cité dans le communiqué du PLR. Cela d'autant plus que le développement des énergies renouvelables progresse moins rapidement que prévu. En attendant de pouvoir compter dessus, il faut des solutions pragmatiques et des politiciens et politiciennes visionnaires qui saisissent l’opportunité offerte par le Conseil fédéral, affirme le PLR.
Le PVL soutient aussi une prolongation des durées d’exploitation, à deux conditions: l’exploitation des centrales nucléaires doit être sûre et ne doit servir qu’à combler les lacunes jusqu’à ce qu’un approvisionnement en électricité entièrement renouvelable soit atteint. Cela doit «en aucun cas» conduire à un changement d’orientation en matière de politique énergétique, écrit le PVL dans un communiqué.
«Un jeu dangereux»
Sans surprise, les Vert-e-s ne sont pas du même avis. Pour la conseillère nationale zurichoise Marionna Schlatter, citée dans un communiqué de son parti, l’exploitation à long terme est dangereuse et constitue «un énorme et mauvais investissement». La poursuite de l’exploitation de «ces réacteurs vétustes» engloutirait des milliards qui feraient alors défaut pour le développement nécessaire des énergies renouvelables.
Quant à Greenpeace, l'organisation estime que «le Conseil fédéral joue un jeu dangereux». Certains composants d'une centrale nucléaire essentiels à la sécurité, comme la cuve du réacteur, seraient soumis à une usure qui compromettrait leur résistance. Or, la cuve ne pourrait pas être remplacée. Et de rappeler la décision populaire en faveur des énergies renouvelables