Incident du 2 mai à la Comédie
Un technicien dément la version de l'avocat de Séverine Chavrier

Étonné par les affirmations de l'avocat de Sévrine Chavrier, le régisseur lumière impliqué dans un incident qui aurait eu lieu le 2 mai témoigne. Il dénonce une déformation des faits et raconte ce qu'il s'est vraiment passé.
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Le régisseur lumière était présent la veille de la conférence de Wajdi Mouawad pour faire les réglages avec l'artiste-conférencier.
Photo: KEYSTONE
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Myret ZakiJournaliste Blick

Le régisseur lumière qui était présent le 2 mai à la Comédie de Genève est mécontent. Ayant lu qu'il aurait «remercié Séverine Chavrier» pour son intervention à la régie lumière durant la conférence du metteur en scène Wajdi Mouawad, il a contacté Blick pour rétablir les faits. «Le 2 mai, c'est moi qui travaillais à la régie lumière, et je tiens à préciser ce qui suit, nous écrit-il. Contrairement à ce qu'a affirmé l'avocat de Mme Chavrier, je n'ai pas remercié Madame Chavrier pour ses interventions et, même si les échanges ont été polis et calmes, j'ai été plutôt gêné par cette façon d'agir», témoigne le technicien.

Pour rappel, écartée de ses responsabilités administratives depuis novembre, Séverine Chavrier n’était plus autorisée à donner des instructions au personnel. Le 8 mai, suite aux conclusions de l’audit RH externe (qui n'a toujours pas été rendu public), la Fondation d'art dramatique (FAD) a annoncé la rupture des rapports de travail avec Séverine Chavrier. 

Le témoignage du régisseur lumière au sujet de la journée du 2 mai, livré sous couvert d'anonymat, raconte une tout autre histoire que celle fournie par Romain Jordan, l'avocat de la directrice écartée. Pour rappel, ce dernier avait déclaré à Blick: «Ma mandante a demandé au technicien, à la requête de l’artiste, de baisser la lumière, ce qu’il a fait. Tout s’est très bien passé, et tant le technicien que l’artiste ont remercié ma mandante.»

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Etant donné l'audit en cours, il n'était pas prévu qu'elle soit ailleurs que dans le public
Le régisseur lumière présent ce jour-là
»

Le régisseur lumière nous indique, pour commencer, que tout avait été réglé la veille avec l'artiste Wajdi Mouawad, confirmant ainsi les informations de nos sources internes. Le vendredi 1er mai, le régisseur était en effet déjà sur place pour créer des ambiances lumineuses pour la conférence du lendemain. «Avec l'artiste, explique-t-il, nous avons réglé les lumières de la salle selon ses souhaits, pour lui permettre de voir le public et avoir un contact direct, surtout dans la première partie de la conférence.»

Une question d'éclairage

Le lendemain s'est déroulée la conférence. A la fin de la première leçon introductive, le régisseur lumière raconte son étonnement quand Séverine Chavrier est entrée dans la régie lumière: «J'ai entendu une voix juste derrière moi qui me disait de baisser la lumière de la salle. Je me suis tourné et j'ai été surpris de voir Madame Chavrier à côté de moi en régie lumière. Etant donné l'audit en cours, il n'était pas prévu qu'elle soit ailleurs que dans le public. Je lui ai expliqué que la lumière dans la salle allait baisser justement à ce moment-là.»

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Elle s'est assise à côté de moi une demi-heure, puis à la place du régisseur vidéo, jusqu'à la pause
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Séverine Chavrier fait au régisseur la remarque selon laquelle «avant, la lumière était trop forte». Il lui répond que l'intensité du début du spectacle avait été discutée avec Wajdi Mouawad la veille, pour lui permettre de voir le public.

«Peu après, poursuit-il, elle m'a à nouveau demandé de changer certaines intensités lumineuses sur scène et de baisser davantage la lumière dans la salle. En plein travail et pris au dépourvu, j'ai exécuté ses requêtes.» Il poursuit: «Madame Chavrier s'est assise à côté de moi sur une chaise et elle est restée une bonne demi-heure. Ensuite elle est allée dans une autre partie de la cabine de régie à la place du régisseur vidéo, qui s'était absenté un moment, et y est restée jusqu'à la pause». 

Recadrée par les responsables

Puis, à la reprise de la conférence, il reçoit l'information de la part de l'assistant de Wajdi Mouawad qu'ils avaient décidé, «en concertation avec Madame Chavrier», de mettre la partie «public» de la salle dans le noir pour la reprise. Il suit alors les indications, en modifiant encore une fois l'état lumineux.

Une autre assistante de Wajdi Mouawad, qui était assise dans la salle, s'est alors visiblement aperçue que ce n'était pas une bonne idée, et lors du changement pour la leçon suivante, le régisseur s'est vu prier de remonter un peu la lumière dans la salle.

Entre-temps, Séverine Chavrier s'est vue notifier par un membre du comité de direction qu'elle n’était pas habilitée à agir ainsi en tant que spectatrice, car cela enfreint les consignes, et elle a reçu une SMS de la même teneur par le directeur technique, qui était absent ce samedi mais avait été averti.

Nouvel échange dans la salle

A la pause suivante, notre témoin de la régie est allé dans la salle pour saluer une connaissance. Il y recroise Séverine Chavrier, qui s'est alors de nouveau adressée à lui en lui disant que «c'était bien d'essayer le noir». Il a répliqué que non, il n'avait pas trouvé cela une bonne idée, car il y avait beaucoup de monde qui prenait des notes dans la salle et que ce n'était donc pas très judicieux, à son sens, de mettre le public dans le noir, vu qu'ils étaient venus assister à une conférence.

«Ensuite, conclut-il, elle a essayé de me parler encore au sujet des lumières, mais j'ai coupé court en partant vers la personne que je voulais saluer.» Un témoignage révélateur des tensions et du climat de travail de ce début de mois à la Comédie de Genève.

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