Remboursée par l'assurance dès juillet
L'app contre la dépression validée par l'OFSP sert-elle à quelque chose?

Dès le mois de juillet, l'application de santé mentale allemande Deprexis, approuvée par l'OFSP, sera prescriptible et remboursée par l'assurance. Bien que l'outil se distingue d'alternatives moins fiables, voici ce qu'il faut savoir pour une utilisation sûre.
Si le fonctionnement de Deprexis est fiable et sécurisé, l'application ne peut se substituer à une véritable psychothérapie, même en attendant un rendez-vous.
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Ellen De Meester - Journaliste Blick
Ellen De MeesterJournaliste Blick

Alors que 20 à 40% de la population suisse remplira, au moins une fois dans sa vie, les critères d'une dépression, les cabinets des psychothérapeutes restent pleins à craquer. Face à ce tableau alarmant, l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) s'aventure sur un terrain complètement nouveau et tente de dégainer des solutions inédites: pour la toute première fois, une application de santé mentale a été inscrite dans la liste des moyens et appareils (LiMA), qui répertorie les dispositifs médicaux servant à examiner ou à traiter une maladie à domicile. Elle sera donc prescriptible et remboursée par l'assurance obligatoire, dès le mois de juillet 2026. 

D'origine allemande, elle s'intitule Deprexis et, comme son nom le suggère, se focalise en priorité sur les symptômes dépressifs. Son utilisation, au prix de 171,32 francs pour une licence unique valable 90 jours, pourra être remboursée à condition d'être prescrite «par des médecins spécialistes en psychiatrie (de l'enfant et de l'adolescent) et en psychothérapie ou par des médecins ayant une spécialisation interdisciplinaire en médecine psychosomatique et psychosociale», nous précise l'OFSP. 

Communiquée mi-avril, cette décision pose des questions importantes: pourquoi Deprexis a-t-elle été choisie, et non pas l'une des nombreuses autres applications similaires, comme BetterHelp, pourtant vantées par des bataillons d'influenceurs?

Disclaimer: Ainsi que nous le précisent l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) et la Fédération des psychologues de Suisse romande (FSP), des pensées suicidaires ou des formes sévères de dépression constituent une urgence absolue et requièrent une consultation immédiate auprès de professionnels. Ne restez jamais seuls face à des idées noires, vous méritez de recevoir toute l'aide dont vous avez besoin.

L'application ne remplace pas une thérapie

Notons d'emblée que le choix de Deprexis a été mûrement réfléchi. L'art. 32 al.1 de la loi fédérale sur l'assurance-maladie (LAMal) exige en effet que l'efficacité d'une prestation remboursable «soit prouvée selon des méthodes scientifiques». La plateforme se vante d'ailleurs d'avoir été approuvée par «16 études cliniques», tandis que les questionnaires et exercices qu'elle propose ont été développés par une équipe de professionnels. 

«Le fait que l’OFSP reconnaisse une application basée sur une validité scientifique me semble être une très bonne chose, se réjouit Cathy Maret, responsable de la communication et membre de la direction de la Fédération suisse des psychologues (FSP). A condition que ces outils soient intégrés à des psychothérapies, en parallèle d’un accompagnement professionnel. Il est essentiel que le thérapeute estime la pertinence de l’utilisation, pour des patients qui sont ouverts à ce type de technologie.» 

Voilà une précision essentielle, puisque Deprexis promet de «fonctionner comme une psychothérapie», avec la même efficacité. Pour l'OFSP, «elle peut être utilisée comme thérapie d'accompagnement en complément d'une psychothérapie ou pour faire le pont jusqu'au début d'une psychothérapie.» Sauf que, d'après Cathy Maret, un diagnostic fiable ne peut être posé qu’après un ou deux entretiens, en présentiel, avec un spécialiste, qui pourra poser des objectifs de thérapie: «Sans cette étape cruciale, je ne suis pas certaine que l’application apporte grand-chose – même en attendant de trouver un rendez-vous», admet-elle. 

Basée sur l'algorithme, plutôt que sur une IA

Au niveau de son fonctionnement purement technologique, en revanche, Deprexis semble plus fiable que ses concurrents: l'OFSP met en avant que l'outil se base «sur un algorithme», et non pas sur une intelligence artificielle générative, comme ChatGPT: «Cela suggère que l'application fonctionne sur le principe d’un ‘arbre de décisions’, explique Matthieu Corthésy, directeur d'Outilia, une agence de formation à l'IA. On n’y trouvera donc pas de dialogue simulé, ni d’hallucinations possibles, puisque chaque réponse et chaque résultat, sont pré-écrits. En d’autres termes, une réponse A nous mènera obligatoirement vers la question B, qui nous guidera vers le résultat C. Le système est donc totalement contrôlé, sans risque de dévier du chemin écrit à l’avance.» 

Utilisée depuis longtemps, notamment dans les chatbots intégrés à certains sites, cette technologie permet de répertorier les utilisateurs dans des «cases prédéfinies», selon l’analyse des informations fournies à l’application. «Il me semble que le concept est plus fiable, comme le cheminement des utilisateurs est maîtrisé, observe notre expert. En revanche, puisque les discussions sont moins ‘humanisées’ et plus robotiques, certaines personnes peuvent se sentir moins à l’aise.» 

Dépressions «modérées» ou «légères»

Dernier point à éclaircir: l'OFSP souligne que le «le champ d'application se limite à l'utilisation autonome à domicile en cas d'épisodes dépressifs légers à modérés ou de troubles dépressifs récurrents». Sans doute s'agit-il d'une façon de rappeler que des troubles sévères nécessitent une consultation en urgence et ne peuvent être traités via un outil virtuel, même validé par l'Etat. Mais comment quantifier des symptômes dépressifs, de cette façon?

«En ce qui concerne la dépression, la complexité d’un cas dépasse largement le diagnostic posé, pointe Cathy Maret. Il dépend par exemple de facteurs sociaux, culturels, éducatifs, personnels, familiaux, ou encore la présence de co-morbidités comme de traumatismes. On parle ici de personnes atteintes de troubles psychiques.» 

Même au niveau du fameux algorithme, le côté plus fiable, avec un cheminement prédéfini dans l'application, implique potentiellement un manque de nuance: bien que contrôlées et maîtrisées, les réponses pourraient s'avérer un peu «réductrices», dans la mesure où le nombre de résultats possibles, à la fin des questionnaires, est limité. «L’utilisation de cet outil ne fait pas de miracles, conclut Cathy Maret. L’accompagnement par une psychothérapie encadrée par un professionnel reste essentiel.»

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