Une confiance à reconstruire
Un an après les WhatsApp racistes, où en est la police lausannoise des changements promis?

Messages racistes, émeutes à Prélaz, agents suspendus et promesse de réforme: douze mois après l’affaire des WhatsApp racistes, la police lausannoise tente de se transformer, sans avoir encore réussi à restaurer la confiance.
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Le 25 août 2025, après une première nuit de tension à Lausanne, le quartier s'embrasait de plus belle à la suite des révélations sur les WhatsApp racistes échangés par des agents de police lausannois.
Photo: KEYSTONE
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Lucie FehlbaumCheffe de la rédaction Actualité de Blick Romandie

Le 25 août 2025, la municipalité de Lausanne réunissait la presse pour une conférence consacrée à sa police (PML). La tension était palpable à l’Hôtel de Ville. Mais le véritable motif de cette annonce publique est tombé sur la tête des journalistes présents, puis des Lausannois, comme un coup de massue.

Personne ne s’attendait à voir défiler des images de bibelots SS, de drapeaux du Troisième Reich ou de tenues du Ku Klux Klan, des blagues sur des enfants arabes décédés ou des personnes handicapées, ainsi que des montages dénigrants visant les femmes ou à caractère sexuel. Tout ce panel de l’épouvante provenait de deux groupes WhatsApp privés et actifs, dont l’un baptisé «Pirate F» et l’autre «Les Cavaliers». Ils réunissaient des dizaines de policiers, dont certains sont toujours membres du Corps.

Le contenu de ces conversations éclatait brutalement au grand jour, décortiqué par le municipal Pierre-Antoine Hildbrand, chargé de la Sécurité, et le commandant Olivier Botteron, dans une salle plongée dans un silence médusé. Sur les milliers de pages d’échanges transmises à la Ville par le Ministère public, des centaines contenaient des éléments jugés problématiques.

Drames en série

Rembobinons. Après une première nuit mouvementée dans le quartier de Prélaz, encore sous le choc de la mort du jeune Marvin lors d’une course-poursuite avec des agents, l’Exécutif de la capitale vaudoise avait indiqué avoir pris connaissance de «messages transmis par le Ministère public au Corps de police», dans le cadre du dossier de l’ex-policier municipal photographié, pouce levé, devant un tag «RIP Mike» – pour Mike Ben Peter, Nigérian de 39 ans décédé en 2018 à la suite d’une interpellation policière.

L’ex-agent avait été sanctionné le 10 juillet. Dix jours plus tôt, l’un des policiers prévenus dans l’affaire Mike Ben Peter avait été impliqué dans la mort de Camila, 14 ans, poursuivie par la police alors qu’elle circulait à scooter sans casque.

Prélaz s’embrase à nouveau

Quelques heures après cette conférence de presse, une deuxième nuit d’émeutes éclatait à Prélaz. Le quartier, encore sonné, faisait désormais entendre sa colère. La police, tenue par une partie des jeunes pour responsable de la mort de Marvin, pilier de la communauté, venait d’être publiquement confrontée à des pratiques que le syndic Grégoire Junod avait qualifiées de «racisme systémique». La rupture avec une partie de la jeunesse de l’Ouest lausannois semblait alors béante. Feux, projectiles, affrontements avec les forces de l’ordre: la colère visait très explicitement la police lausannoise.

Pierre-Antoine Hildbrand avait alors parlé d’une «tache sur l’uniforme» qu’il faudrait nettoyer. La Municipalité promettait une «réforme en profondeur».

Mais cette crise de confiance n’est pas vécue de la même manière dans tous les corps de police romands. Un agent interrogé par Blick estime qu’elle reste très spécifique à la capitale vaudoise. «Ce problème de confiance est très lausannois. Chez nous, on le ressent peu et on n’a jamais considéré qu’on avait perdu le lien avec la population et la jeunesse.» Pour lui, l’ampleur du scandale pose une question presque insoluble à la police municipale lausannoise: «Quelles autres mesures que celles mises en œuvre par la PML? On ne peut quand même pas remplacer tout un Corps de police!».

Le scandale a également produit un sentiment d'amalgame injuste dans les rangs policiers: celui d’avoir vu toute une profession assimilée aux comportements de certains agents. «Avec l’affaire des WhatsApp, on a mis tous les policiers dans le même panier. On a l’habitude de l’être dès qu’une affaire éclate. Ça n’arrive pas de la même manière avec les autres professions», souligne un autre agent.

«Tous les policiers dans le même panier»

Ce dernier conteste surtout l’idée d’un corps protégeant systématiquement les siens lorsqu’une faute est commise. «Il y a une différence entre la réalité et l’opinion publique. Lorsqu’un policier faute, il se fait laminer par l’institution. La police des polices va très loin dans ses investigations. Pour les mêmes faits, une procédure n’irait pas forcément aussi loin pour quelqu’un qui n’est pas policier. Celui qui entache la profession ne bénéficie pas automatiquement d’un réflexe corporatiste.»

Cependant, en juin, «Le Temps» révélait dans une enquête qu’un sentiment d’impunité gagnait certains membres de la PML. Plusieurs agents déploraient notamment le licenciement de collègues jugés «pas autant racistes et déviants» que d’autres, pourtant toujours en service. Sur les huit policiers suspendus, trois contestaient alors leur renvoi en justice; deux ont depuis obtenu l’annulation de leur licenciement.

Un an après, ce qui a changé

Un an plus tard, les questions posées par cette semaine d’août 2025 restent ouvertes. Qu’est-il advenu des policiers concernés? La réforme annoncée a-t-elle réellement commencé?

Et surtout, comment reconstruire la confiance envers une institution qui venait alors de la perdre brutalement auprès d’une partie de la population??

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