Marvin, 1 an après
«On aimerait savoir ce qui s'est passé, pour enfin faire le deuil», nous confie sa tante

Il y a un an, Marvin décédait à la suite d'une course-poursuite de la police lausannoise. Sa tante nous raconte le tournage de son dernier clip. Et surtout, son amour du rap et sa complicité musicale avec ses frères et cousins, qui sortent un album posthume.
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Solange Bonga a reçu Blick à la PJB, où Marvin passait beaucoup de temps.
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Myret ZakiJournaliste Blick

Des commentateurs sur les réseaux sociaux l'avaient bêtement dépeint comme un «migrant», un «dealer», une «racaille» des banlieues de Lausanne. En réalité, il n'était ni dealer, ni voleur. Il voulait devenir éducateur. Il était suisse, né au CHUV, c'était un artiste, doué pour le rap dès le plus jeune âge, et qui n'avait pas d'historique de délinquance. Il s'agit de Marvin Shalom Manzila, 17 ans, le jeune Lausannois d'origine congolaise, mort il y a tout juste 1 an dans le quartier de Prélaz à Lausanne (VD), au terme d'une course-poursuite de la police, dont les circonstances restent encore vagues à ce jour.. 

Rappeur à 12 ans déjà

Le 5 septembre 2025, 1500 personnes étaient venues sur place à ses funérailles, et 5000 les ont suivies à distance. Toutes les communautés africaines étaient représentées. Un événement dont la dimension restera historique dans l'histoire de Lausanne. Ce 13 juillet, il aurait eu 18 ans. 

Ce 24 août, date de commémoration du drame, la famille est très affectée. «C'est comme si c'était hier», nous confie Solange Bonga, la tante de Marvin, qui nous reçoit en exclusivité. Elle avait une relation maternelle avec le jeune défunt. «C'était mon fils», dit-elle émue, expliquant que quand dans sa famille, les neveux et nièces se partagent les mamans et sont tous comme frères et soeurs. 

Nous avons rencontré Solange à la Permanence des jeunes de la Borde (la «PJB»). C'est là où Marvin et ses cousins enregistraient leurs chansons de rap. Très impliqué dans le milieu du rap depuis toujours, Marvin faisait partie d'une large communauté de créateurs. Il avait commencé à rapper dès le plus jeune âge: sa tante nous montre des vidéos de lui à 12 ans à peine, en train de rapper un peu à la façon du Français Zola. «Il essayait déjà d'écrire des textes». Ses cousins et lui ont fondé un groupe, «2septg», dont on peut écouter les chansons et découvrir l'univers musical sur le compte Instagram 2septg_off

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Ce 24 août 2026, la mère et le père de Marvin ne peuvent recevoir les médias, car le chagrin reste trop grand. «Il suffit qu'on prononce le nom de Marvin, et les larmes commencent à couler, c'est très frais encore», témoigne Solange. Le père et la mère de Marvin vont commémorer ce soir du 24 août dans l'intimité, uniquement avec les deux frères. 

Dans cette permanence des jeunes, Marvin et le fils de Solange venaient souvent avec les cousins pour faire de la musique. En hommage à Marvin, un album posthume paraîtra sur toutes les plateformes ce 30 août, appelé KDO, dont la sortie a été coordonnée par Emmanuel Madior Diouf, l'un des responsables de la permanence. Il sera présenté le 29 août lors d'un vernissage au festival «Afrique en Ville», au parc de Valency.

Sur la photo de couverture de l'album, on voit les cinq «frères» inséparables: Marvin au premier plan à droite. Daryl, le fils de Solange (arrière-plan gauche), le cousin Tim (arrière-plan droite) et les deux grands frères de Marvin (à gauche). Le fait que Marvin manque, aujourd'hui, est difficile à accepter, confie Solange. «Il manque terriblement, lui qui était si solaire, si plein de joie de vivre». 

C'était il y a un an, après avoir tourné ce clip avec le fils de Solange, ses frères et cousins, que Marvin (survêt gris à capuche dans le clip) n'est jamais rentré à la maison. Il a prolongé la soirée chez un copain, et a beaucoup tardé cette nuit-là, raccompagnant encore un jeune de 14 ans chez lui à Prélaz. «Sa mère lui avait rappelé par message qu'il aurait dû être rentré à 2 heures, et elle n'a pas dormi de la nuit, car c'était peu habituel qu'il reste dehors aussi tard», raconte Solange. La tragédie s'est passée peu avant 4 heures du matin. 

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On aimerait juste connaître la vérité. Dès qu'on saura vraiment ce qui s'est passé, on pourra peut-être enfin faire notre deuil
Solange Bonga
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Ce jeune de 14 ans, que Marvin a raccompagné, s'en veut terriblement aujourd'hui, raconte Solange, car sinon Marvin aurait pris une autre direction. Mais la mère de Marvin a répondu à ce jeune ce 24 août: «Que la paix de Jésus-Christ soit avec toi, tu n'y es pour rien. Sois en paix fiston, attache-toi davantage à Dieu». La famille de Marvin est en effet très croyante et profondément attachée à la foi chrétienne. 

Faire le deuil et ne jamais oublier

Ce qu'aimerait Solange Bonga? «On aimerait juste connaître la vérité. Dès qu'on saura vraiment ce qui s'est passé, on pourra peut-être enfin faire notre deuil. La mère de Marvin veut savoir exactement ce qui s'est passé, pourquoi cela a mené à la mort, c'est tout ce qu'elle demande.» L'enquête suit encore son cours sur les circonstances du décès de Marvin.

Solange exprime aussi un autre souhait de la part de la famille de Marvin. «C'est qu'il ne soit jamais oublié», répond-elle alors que son téléphone ne cesse de vibrer de messages rendant hommage à Marvin. «Ni moi, ni sa mère, ni sa famille n'aimerions qu'il soit oublié. Marvin était une étoile, qui avait encore beaucoup à faire et qui a été arraché trop tôt. C'est pourquoi j'ai voulu vous parler aujourd'hui». 

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