La nouvelle n’est pas passée inaperçue en Suisse allemande. Quand les CFF et Tibits retirent les portraits historiques de personnages comme Henri Guisan ou Jean-Pascal Delamuraz, qui ornaient les murs du buffet de la gare de Lausanne depuis des décennies, l’écho de leur chute résonne jusqu’à Zurich.
La version alémanique de Blick a généré près de 80'000 pages vues sur le sujet, sans même que l’article ne reste en «une» des plateformes. La «vieille dame radicale» — surnom de la NZZ — s’est elle aussi intéressée au sort de ces figures historiques. Son correspondant en Suisse romande a tenté d'analyser ce «déboulonnage» d'un genre nouveau.
Les CFF disent comprendre l’attachement
Matthias Sander écrit: «Evidemment, une petite controverse n’a pas tardé à éclater. Il est question de la portée symbolique du retrait de ces images, et de ce que cela dit de notre époque et de notre société.»
Face à la polémique, les CFF maintiennent leur décision tout en exprimant leurs regrets: «Nous comprenons que ces personnalités réveillent de forts souvenirs et puissent aujourd’hui susciter un sentiment d’attachement.» L’ex-régie fédérale assure qu’il n’a jamais été dans son intention de remettre en question la mémoire de ce quatuor, ni de blesser ceux qui y étaient attachés.
Quant à l’exploitant du restaurant, Tibits, il indique dans le journal zurichois examiner actuellement la future décoration des murs. L’entreprise affirme n’avoir reçu aucune plainte concernant la présence initiale des quatre personnalités, pas plus qu’au sujet de leur retrait.
Mythes déboulonnés
Dans les archives numériques, on croit d'abord deviner que même le portail thurgaukultur.ch se passionne pour le sort réservé au Général. Mais il s’agit en réalité d’une chronique caustique sur la «statufication» des gloires nationales. Son auteur s’en prend à la statue équestre d'Ouchy, devant le Beau-Rivage Palace. «Pendant la Seconde Guerre mondiale, il avait gravé dans la pierre le plan de défense du pays – et tout cela sans avions de combat dernier cri! Bon, entre-temps, son rôle a été relativisé: ce n’est pas notre armée qui a gagné, mais la coopération économique.»
Le chroniqueur enfonce le clou à coup de masse: «Nous proposons donc une nouvelle statue équestre: Paul Estermann, autrefois célébré comme cavalier de saut d’obstacles, puis suspendu sept ans pour maltraitance animale. Son monument le montrerait en train de descendre de cheval, la cravache encore levée, avec cette inscription: 'Tenait fermement en selle et provoqua lui-même sa chute.'» Décidément, il ne fait pas bon être un mythe par les temps qui courent.