Il y avait Henri Guisan. Il y avait Jean-Pascal Delamuraz. Il y avait Georges-André Chevallaz. Il y avait Paul Chaudet. Le général et les conseillers fédéraux vaudois. Accrochés depuis des décennies aux boiseries du Buffet de la gare de Lausanne. Désormais, il n’y a plus rien. Ou presque.
Comme l’a révélé «24 heures», les portraits des anciennes célébrités vaudoises qui décoraient la grande salle du Buffet ont été retirés. Plus étonnant encore: selon l’ancienne régie fédérale, propriétaire des lieux et citée par le quotidien vaudois, «le service de la protection des monuments historiques des CFF vérifie régulièrement le patrimoine des CFF, précise Frédéric Revaz, porte-parole. Il a récemment examiné la valeur patrimoniale des portraits. Il est ressorti de cette analyse qu’une telle culture de la mémoire n’est plus vraiment adaptée à cet endroit à l’heure actuelle.»
Le tout «a été jeté» et Tibits, qui exploite désormais le lieu, doit installer sa propre décoration. Une décision qui passe très mal. Et pas seulement chez les nostalgiques du papet, des assiettes brunes et des repas de gare un peu fatigués.
«Les mots me manquent»
Sur Facebook, l’ancien président de l’UDC vaudoise Kevin Grangier n’a pas caché sa colère. «Les mots me manquent pour qualifier votre décision de décrocher et jeter à la poubelle les photos de grandes personnalités vaudoises», écrit-il en s’adressant aux CFF. Pour lui, ces portraits «se mariaient avantageusement avec le style Belle Epoque et les paysages suisses peints» de cette salle boisée.
Et l’élu d’enfoncer le clou: «Oui, il y a des Vaudois pour qui le général Guisan compte! Oui, il y a des Vaudois pour qui les conseillers fédéraux comptent!» Sa conclusion est sans appel: «Vous avez été mauvais et votre devoir est de corriger votre erreur.»
Sous son post, les réactions vont dans le même sens. «Une décision profondément stupide», commente la journaliste Chantal Tauxe, qui y voit une manière de transformer «un beau patrimoine en lieu parfaitement impersonnel». L’ancien conseiller national Claude Ruey, lui, parle carrément «d’iconoclastes analphabètes».
Même les pro-Tibits s’agacent
Ce qui rend l’affaire plus piquante, c’est qu’elle dépasse le camp habituel des défenseurs du «c’était mieux avant». Beaucoup avaient accepté, voire salué, l’arrivée de Tibits au Buffet de la gare. Le restaurant végétarien avait modernisé le lieu sans, jusqu’ici, toucher à son âme.
Comme souvent, c’est finalement un dessin de presse qui résume le mieux l’absurdité de la situation. Dans «24 heures», Bénédicte croque l’affaire avec une formule qui fait mouche. On y voit un homme emmener les portraits décrochés et Delamuraz encadré qui dit, comme dans une bulle de BD: «Ouf, on n’en pouvait plus du papet végane.»