En bref
- La controverse grandit autour des concerts de Patrick Bruel en Suisse romande, prévus en juin au Pully LIVE Festival et au Bellarena Festival, en raison d'accusations de violences sexuelles et sexistes.
- Des collectifs féministes, appuyés par une nouvelle pétition lancée le 21 avril, demandent l'annulation de sa tournée.
- Aucun des deux festivals romands concernés n'a pris position sur les accusations à ce jour.
La polémique enfle autour de la venue de Patrick Bruel en Suisse romande. A deux mois de ses concerts au Pully LIVE Festival et au Bellarena Festival, plusieurs collectifs féministes réclament leur annulation. En cause: des accusations de viol, tentative de viol et agressions sexuelles visant le chanteur, présumé innocent, qui conteste les faits. Depuis la publication d’une enquête de Mediapart le 18 mars dernier, les témoignages se multiplient et la pression monte.
Le 21 avril, le collectif français Salon Féministe a franchi un cap en lançant une nouvelle pétition visant l’ensemble de la tournée de Patrick Bruel, soit 57 dates dans 48 villes francophones. Le texte soulève une question: «Celui-ci est bien sûr présumé innocent, mais comment la justice pourrait-elle statuer sereinement tandis que le chanteur se produit sur toutes les scènes francophones? Comment les victimes pourraient-elles garder courage face à une telle machine promotionnelle?» Parmi les signataires figurent notamment la section fribourgeoise de la Grève féministe et l’humoriste genevoise Julie Conti.
Dans ce contexte, le malaise dépasse désormais les seuls organisateurs. Il gagne l’ensemble de l’affiche. Des artistes programmés aux festivals romands aux collectivités publiques partenaires, ils se retrouvent dans une position inconfortable.
Les artistes suisses muets
La chanteuse française Pomme, engagée contre les violences sexistes et sexuelles, a signé la pétition appelant à l’annulation de la tournée. Elle est pourtant programmée au Bellarena Festival… deux jours avant le concert de Patrick Bruel. Une position scrutée, d’autant qu’elle ne s’est pas exprimée publiquement à ce stade. Et qu’en est-il des autres artistes suisses à l’affiche?
L'artiste romande Sophie de Quay se produira également au Bellarena. Et la chanteuse connait Patrick Bruel. Elle avait en effet partagé la scène avec lui lors du Caribana Festival en 2018, après une rencontre remontant à un concert caritatif à Genève au début des années 2010. A l'époque, elle évoquait, dans un article du Matin, un lien resté étroit et reconnaissait l'impact du chanteur sur sa visibilité. A la lumière du témoignage des victimes présumées, la chanteuse soutient-elle toujours Patrick Bruel ou prend-elle ses distances? Contactée par Blick, Sophie de Quay n'a pas répondu à nos sollicitations.
La Ville de Pully prudente
Un autre aspect pointé par le pétition de Salon féministe est l'engagement des municipalités: «Nous invitons [...] toutes les mairies qui affirment défendre les droits des femmes, à faire annuler la célébration d’un agresseur présumé et à soutenir ces femmes qui ont eu le courage de prendre la parole.»
Face à cette pression croissante, les institutions avancent avec prudence. La Ville de Pully, partenaire principal du festival vaudois, invoque auprès de Blick la présomption d’innocence et rappelle ne pas intervenir dans la programmation. Le soutien financier de 75'000 francs au festival «reste pertinent et ne pose pas problème», précise-t-elle. La Municipalité dit comprendre les préoccupations «concernant toutes attitudes de comportement répréhensibles», tout en estimant qu’il appartient à la justice de trancher et au public de décider s’il souhaite assister au concert.
Une position juridiquement cohérente, mais révélatrice d’un équilibre délicat: celui entre neutralité institutionnelle et attentes sociétales de plus en plus fortes. La Municipalité précise toutefois être «en contact avec l’organisateur, qui est sensible à la problématique soulevée et qui suit avec attention l’évolution de la situation dans le cadre de ses relations contractuelles avec l’artiste». Et c'est peut-être là que la bât blesse.
Aucun mot sur les violences sexuelles
En effet, à ce stade, les organisateurs des deux festivals n’ont formulé aucune prise de position sur le fond. Ni sur les accusations, ni sur les enjeux qu’elles soulèvent. Contactés vendredi 17 avril par Blick, le Bellarena Festival et le Pully LIVE Festival n’ont pas répondu. Nous avions tout juste réussi à arracher, fin mars, du côté du festival vaudois, qu'il était «trop tôt pour décider de quoi que ce soit». Depuis, plus rien.
Dans ce silence prolongé, le malaise s’épaissit. Et faute de réponses, ce sont désormais les silences qui interrogent.