Il est un peu le Johan Manzambi de la scène rap romande. A tout juste 20 ans, A6el est en train d’affoler les compteurs, en Suisse comme en France. De son vrai prénom Angel, le gamin de Renens (VD) joue pour la toute première fois, ce vendredi 17 juillet au Montreux Jazz festival (21h).
Il n’a même pas encore publié d’album, mais a déjà rempli la Cigale à Paris. Son tube «Soleil», propulsé par les réseaux sociaux, atteint presque 17 millions d’écoutes sur Spotify. Et plusieurs de ses sons dépassent les 10 millions de streams. Pour sa première grosse tournée estivale, A6el – à prononcer «Aciel» – présente son deuxième EP «Pire que chez moi». A quelques heures de son concert, interview de celui qui se présente comme «le prince de la ville», mais qui sait garder la tête froide.
A6el, à tout juste 20 ans, c’est ton premier concert à Montreux et tu enchaînes les interviews. Comment tu fais pour garder les pieds sur terre?
Au naturel, je suis quelqu’un d’assez nonchalant. Je ne prends pas tout ça au sérieux et je ne me mets pas trop de pression. C’est ce qui me permet de garder la tête sur les épaules. J’ai aussi une très bonne équipe autour de moi, qui gère une partie de ma carrière. On s’est rencontrés par le travail, avant de devenir potes.
Ce soir, tu joues sur la Spotlight, une des petites scènes gratuites du MJF. Comment ça va se passer avec le public?
On verra ce soir… En vrai, je n’arrive pas trop à me rendre compte. Quand on est arrivé à Montreux, il y avait déjà deux ou trois personnes dans la file, qui attendaient d’entrer. Je suis allé leur dire bonjour. C’est un peu effrayant. Et c’est trop chelou de vivre ça. On verra s’il y a du monde ou pas. Dans tous les cas, on va faire le show, on va s’amuser!
Pour l’instant, c’est quoi ton meilleur souvenir de cette première tournée estivale?
Il y en a plein. C’est trop chouette ce qu’on vit ensemble, de partir sur la route. Je pense que la meilleure date, c’était à Caen, au festival des Ondées. Et au niveau de l’ambiance, c’était à Portaz (ndlr: un petit festival à Portalban, dans le canton de Fribourg). On a joué au foot, après je me suis fait tatouer. La soirée n’avait pas trop de sens, mais j’en garde un trop bon souvenir.
Tu pètes tout sur Spotify et sur les réseaux. Mais c’est comment, A6el en live?
C’est encore mieux! Angel, il reste en backstage et c’est le vrai A6el qui monte sur scène! C’est quelqu’un d’autre, je ne sais pas trop comment dire. J'essaie de faire bouger les gens, de donner le meilleur de moi-même et de m’ambiancer.
La Cigale, Caribana, aujourd’hui Montreux Jazz, tu enchaînes. C’est quoi la scène sur laquelle tu rêves de jouer?
Je crois que c’est les Arènes de Nîmes. Ça a l’air stylé de jouer là-bas. Visuellement c’est beau, ça ressemble au Colisée.
J’ai lu un article qui dit que tu as «un parler-chanter plus pop que hip-hop». Comment tu réponds quand on te dit que ta façon de chanter, ce n’est pas du rap pur?
C’est le genre de débats qui ne me touche vraiment pas. Je trouve tellement inutile de se battre pour savoir s’il faut classer un artiste dans la pop, dans le rap, s’il est plus ceci ou cela. Pour moi, il n’y a pas de barrières. Si demain j’ai envie de faire du reggae, cela ne doit regarder que moi.
Tu mets qui sur le podium des rappeurs qui t’inspirent le plus, dont tu préfères les sons?
Celui auquel j’ai toujours voulu ressembler, qui m’a beaucoup inspiré, c’est Stromae. Je l’ai beaucoup écouté quand j’étais petit. Après, en rap francophone, il y a du beau monde. En général, je n’écoute pas trop ce qui ressemble à ma musique. J’aime bien les trucs vraiment rap, style boom bap, comme Huntrill ou TH. Et évidemment, en Suisse romande, Makala c’est très fort.
Tu dis qu’écrire «Soleil» t’a pris une vingtaine de minutes. Ça se passe comment une session au studio chez A6el?
Tout dépend, parfois on peut passer des heures sur un son. Souvent, je rentre dans la cabine sans avoir rien écrit. Je le fais vraiment au feeling, à l’imagination. Des fois, ça va vite. D’autres, ça devient un peu long. Mais ça fait partie du travail.
On sent dans tes morceaux que tu prends un peu la vie et la musique comme un jeu, que tout ça te fait marrer. Pourquoi?
Je pense que je prends cette distance par peur. Je trouve ça tellement irréel que je n’arrive pas à me rendre compte. Je dois être prêt dans ma tête, si demain tout s'arrête. C’est pour ça que je me mets en mode «jeu». Si demain, ça ne marche plus, je ferai autre chose de ma vie. Je fais de la musique comme un hobby, même si je dois être sérieux, maintenant que je fais des tournées.
Il y a aussi le fait que tu as été propulsé par les réseaux sociaux…
C’est clair. En vrai, je vis tellement de trucs fabuleux que je ne vois pas comment je pourrais aller travailler à 6h du matin. Cette vie me fait kiffer à mort.
Il n’y a pas si longtemps que ça, tu étais encore à l’école. Qu’est-ce qu’ils te disent, tes potes d’enfance, quand ils te voient percer?
Dans ma scolarité, j’ai essayé beaucoup d’écoles. La dernière, je ne suis resté que quelques mois. Mais mes potes de Renens, ils sont contents pour moi. Ça les pousse à faire du créatif. C’est le genre d’élan que j’espère donner en Suisse romande et ailleurs. J’aimerais mettre Renens sur la carte du rap francophone.
Enfin, la question qu’un lecteur de Blick t’a posée sur Instagram: Qu’est-ce que ça fait d’avoir fait un feat avec Lujipeka qui a super bien marché?
C’est plus une rencontre qu’un feat. L’histoire, c’est que pour une scène en Belgique, il devait inviter un artiste qu’il aimait bien. Comme son petit frère aimait ce que je faisais, il a écouté mes sons et m’a invité. Et on a fini par aller en studio. Je l’admire beaucoup, on s’entend hyper bien, même en dehors de la musique. Il est très sympa et humain.