Violences contre les femmes
Candidate à Lausanne, la PLR Marlène Bérard axe sa campagne sur les femmes victimes de violences

En lice pour la Municipalité de Lausanne, Marlène Bérard veut lutter contre les violences domestiques avec une app mobile de SOS silencieuse. Un tel outil devrait toutefois composer avec la surcharge d'appels indésirés que les centrales de police doivent trier.
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La candidate PLR Marlène Bérard axe sa campagne sur les violences faites aux femmes.
Photo: KEYSTONE
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Myret ZakiJournaliste Blick

Faciliter, pour les femmes victimes de violences, la démarche d'alerter la police: c'est le projet porté par la PLR Marlène Bérard. L'avocate est en lice aux côtés de Mathilde Maillard et Pierre-Antoine Hildbrand pour gagner un siège libéral-radical à la Municipalité de Lausanne ce 29 mars. Dans une ville où la gauche est largement dominante, le thème des femmes et de leur protection contre les violences est porteur pour la droite. Mais c'est aussi par conviction personnelle que Marlène Bérard a axé sa campagne sur ce sujet, qu'elle traite dans sa vidéo de campagne qui circule sur les réseaux.

«
Je le vois avec mon travail d'avocate. Certaines victimes sont apeurées, parfois terrorisées et n'osent pas appeler à l'aide
Marlène Bérard
»

La candidate libérale-radicale promeut l'idée d'une application mobile qui permettrait aux femmes victimes de violences d'alerter le 117 (numéro d'urgence de la police) en silence, sans devoir parler. Presser le bouton signalerait leur détresse, permettant ainsi à la police de les géolocaliser, même si quelqu'un les menace derrière une porte, leur impose de se taire, et si elles ne parlent pas la langue du pays. 

Expériences de terrain

«Je le vois avec mon travail d’avocate, témoigne Marlène Bérard: certaines victimes sont apeurées, parfois terrorisées et n'osent pas appeler à l'aide. L'idée d’un bouton qui part à la centrale, et localise la victime, permettra peut-être à la police d'intervenir plus vite.»

Un tel dispositif n'existe pas sous cette forme en Suisse. Les canaux WhatsApp permettant d'écrire à la police, qui existent dans d'autres pays, ne sont pas disponibles en Suisse. Quant aux applications développées par des acteurs privés, comme Sorority, elles permettent d'appeler à l'aide les personnes connectées, mais pas la police. 

Marlène Bérard s'est enthousiasmée pour cette idée en discutant avec Tülay Torun, une Neuchâteloise spécialisée en migration et en médiation, qui a longtemps milité du côté gauche de l'échiquier politique. «Nous sommes des femmes que tout oppose à la base sur le plan politique, mais qui se sont mises d’accord sur l'utilité d'un tel outil», relève Marlène Bérard. L'idée est venue de leurs expériences communes d'avocate et de médiatrice avec des femmes victimes de violences. 

Une app turque l'a déjà fait

Tülay Torun a amené le projet sur la table car elle estime qu’il y a des lacunes dans la protection des victimes, et en particulier des migrantes. «Nombre d'entre elles ne connaissent rien au système, ne parlent pas la langue, ne savent pas vers qui se tourner», témoigne-t-elle. Elle évoque le cas de femmes arrivées en Suisse à travers un regroupement familial, qui sont mariées et enfermées dans certains cas, et qu'on a envoyées vers elle pour de l'aide. L'une d'elles, par exemple, était enceinte de 6 mois et se trouvait dans un état d'urgence vitale. «Cela prend des heures pour enclencher tout le processus de suivi de ces femmes, délaissées et abusées.» 

«
Dans certaines situations, survivre commence par se taire. Appeler à l’aide est impossible. Mais alerter reste vital.
Tülay Torun
»

La Neuchâteloise s'est inspirée d'une application, «KADES», utilisée depuis 2018 en Turquie, son pays d'origine. Développé par les autorités turques, l'outil est conçu pour les femmes exposées à des violences conjugales, familiales ou imminentes. L'application permet, par un geste unique, d’envoyer un signal d’urgence géolocalisé aux forces de l’ordre. L’intervention peut ainsi être déclenchée en quelques minutes. «Un tel outil répond à une réalité simple et brutale, explique Tülay Torun: dans certaines situations, survivre commence par se taire. Appeler à l’aide est impossible. Mais alerter reste vital.»

Faisabilité en question

Pour Tülay Torun, au-delà de l’outil, c’est toute une architecture qu'il s'agira de dessiner: coordination avec les services sociaux, dispositifs de protection, formation des intervenants, et volonté politique d’agir. 

Reste à évaluer la faisabilité d'une telle app, qui implique un risque de fausses alertes, et un coût potentiellement élevé pour des interventions décidées sur la base d'un simple signal, sans informations sur le degré de gravité. «Il est vrai que les intervenants n’auront pas beaucoup d’informations, répond Marlène Bérard. Mais ils pourront identifier le numéro d’appel de la personne. Si elle avait déjà appelé par exemple, elle sera reconnue.» 

Pour la candidate PLR, «il y assurément des moyens pour que l'outil soit applicable de manière efficace. On peut imaginer qu'en pressant sur la touche du téléphone, un haut parleur s'enclenche, et la personne sait que ce qui se passe est sur écoute.» 

Nous avons posé la question de la faisabilité d'une telle app à la Police municipale de Lausanne. Le porte-parole nous renvoie à Pierre-Antoine Hildbrand, en sa qualité de conseiller municipal en charge de la sécurité. Or, il est également le co-listier de Marlène Bérard pour les élections de la Municipalité. Nous avons alors contacté la police cantonale de Genève pour avoir un avis hors canton de Vaud. Sur la question de la faisabilité, Aline Dard, lieutenante, chargée de communication en prévention à la police cantonale de Genève, nous a répondu. 

L'icône SOS des smartphones

Un nouvel outil de ce type est techniquement possible, estime Aline Dard. Elle rappelle que des fonctions très proches existent déjà. Sur les iPhone, en appuyant de chaque côté sur les boutons latéraux, ou sur les boutons situés du même côté sur les Samsung, l'icône SOS permet d'appeler le 112. Ceci est vrai sur n'importe quel smartphone utilisé en Suisse. Ces appels sont directement géolocalisés. «Si la centrale entend des cris, ou si la personne dit simplement 'au secours' ou 'help', une patrouille interviendra.» Elle rappelle aussi que dans certaines voitures, un bouton d'urgence peut être pressé et permet d'être géolocalisé par la police. 

«Dire 'au secours' va aider la police», ajoute Aline Dard. En effet, il existe un nombre élevé de faux appels que la Centrale doit trier: rien que sur le canton de Genève, plusieurs dizaines de milliers d'appels indésirés surchargent chaque année la Centrale à la suite d'une erreur ou d'un frottement au fond d'une poche. «Ne rien dire, cela n'aide pas forcément lorsqu'il faut trier parmi la masse d'appels indésirés», fait remarquer la porte-parole, rappelant qu'au final, «on ne peut pas envoyer une patrouille à chaque appel.» 

Implications pratiques

Elle relève que l'usage d'une app silencieuse peut parfois s'avérer complexe dans une situation de violence domestique, la victime n’étant pas toujours en mesure de saisir son téléphone sans éveiller des soupçons. «Si toutefois la personne parvient à prendre son téléphone, le déverouiller, trouver l'icône, alors il pourrait être possible d'ajouter simplement un 'au secours', ou 'help', pour garantir l'intervention de la police.»

Enfin, Aline Dard souligne qu'un nouvel outil de ce type suppose l'analyse de tout un cadre légal au préalable, en raison des contraintes juridiques et financières nouvelles qu'il implique, tout en sachant qu'il existe déjà ce système de double boutons sur les téléphones et qu'il peut suffire de dire «help». 

PLR plus sécuritaire que dépensier

Au niveau national, la ligne du PLR a été favorable à la lutte contre les violences faites aux femmes, mais a préféré les approches de type sécuritaire à celles de régulation étatique ou de dépenses fédérales. Le PLR a ainsi rejeté, fin 2025, l'allocation d'un crédit d'un milliard supplémentaire pour lutter contre les violences faites aux femmes, pour raisons budgétaires. Seule une ouverture à droite de quelques députés du Centre et des Vert'Libéraux a permis de faire passer le crédit au Conseil national. 

Par ailleurs, il y a 3 ans, la conseillère fédérale PLR Karin Keller-Sutter a proposé de supprimer une contribution fédérale d’environ 300’000 francs par an à la formation des professionnels de l’aide aux victimes d'infractions (LAVI), pour raisons d'allégement budgétaire. Cette contribution a finalement été préservée l'an dernier par le Parlement.

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