A première vue, le feu fonctionne normalement. Rouge, orange, vert. Mais lorsqu’il s’allume, un message apparaît: «Stop Israel» sur le rouge, «Free Gaza» sur le vert. A Lausanne, de nombreuses installations de feux de signalisation du centre-ville ont été utilisées ces derniers jours comme supports de slogans pro-palestiniens.
La Police municipale de Lausanne confirme avoir connaissance de la pose de ces stickers «sur de nombreuses installations de feux de signalisation du centre-ville de Lausanne». Des investigations sont en cours.
«S’agissant d’installations destinées à la sécurité routière, une plainte a été déposée», indique le lieutenant Michel Gandillon, remplaçant de la cheffe communication de la Police municipale de Lausanne. A ce stade, «aucun accident n’est à déplorer», précise-t-il. Selon la police, les équipes de la Ville de Lausanne procèdent actuellement au retrait de ces autocollants «dans le cadre de leur activité régulière et des coûts de fonctionnement usuels».
Une méthode déjà vue ailleurs
Le procédé ne relève pas forcément d’un piratage technique du système de signalisation. Il s’agit vraisemblablement d’un détournement visuel: autocollants, films transparents ou caches apposés sur la lentille du feu. Le message devient visible lorsque le feu s’allume.
Cette méthode n’est pas inédite. En juillet 2025, des autocollants similaires «Stop Israel» et «Free Gaza» avaient été apposés sur plusieurs feux rouges à Lyon et dans sa périphérie. L’action avait été revendiquée sur Instagram par un collectif militant local, selon l’agence Anadolu.
Des vidéos comparables ont aussi circulé sur les réseaux sociaux ces derniers mois, notamment en Espagne, au Portugal ou en Turquie. Mais ces contenus sont souvent difficiles à vérifier de manière indépendante, et leur localisation exacte n’est pas toujours établie. Le cas lyonnais, lui, a été documenté et revendiqué publiquement.
Une guérilla visuelle très efficace
Ces détournements s’inscrivent dans une tradition de «guérilla visuelle» urbaine: utiliser le mobilier public, les panneaux ou la signalisation comme supports de messages politiques. Leur force tient à leur immédiateté. Le rouge dit «Stop». Le vert dit «Free». La signalisation routière devient slogan.
Mais à Lausanne, la question dépasse le symbole politique. Car toucher à un feu de signalisation n’est pas comparable à coller une affiche sur un mur ou un panneau. Le feu est un dispositif de sécurité routière.
Un risque pour la sécurité routière?
Même si le rouge, l’orange et le vert restent visibles, un autocollant ou un filtre posé sur la lentille peut potentiellement réduire la lisibilité du signal, distraire les conducteurs, gêner les piétons ou affaiblir l’efficacité du message routier. C’est particulièrement sensible aux carrefours, à proximité des passages piétons ou dans les zones à forte densité de trafic.
C’est d’ailleurs au nom de cette fonction de sécurité que la police municipale a déposé plainte. Le fait qu’aucun accident n’ait été signalé à ce stade n’écarte donc pas le problème: les autorités considèrent que l’intervention touche à des installations destinées à réguler et sécuriser la circulation.
Une pratique interdite?
Le droit suisse encadre strictement l’usage de la signalisation routière comme support d’affichage. La loi fédérale sur la circulation routière interdit les annonces ou réclames susceptibles de créer une confusion avec les signaux routiers ou de compromettre la sécurité de la circulation. L’ordonnance sur la signalisation routière interdit notamment les réclames placées sur les signaux ou à leurs abords immédiats lorsqu’elles réduisent leur efficacité.
Le canton de Vaud rappelle aussi, dans ses directives sur l’affichage politique, que celui-ci ne doit pas compromettre la sécurité routière. L’affichage sur la signalisation, à ses abords immédiats, dans les carrefours, giratoires ou près des passages piétons est expressément exclu.
A Lausanne, le règlement communal sur les procédés de réclame poursuit le même objectif: garantir notamment la sécurité de la circulation routière et des piétons. Il prévoit que les affichages non autorisés ou dangereux peuvent être supprimés, le cas échéant aux frais des responsables.