Terminé depuis longtemps dans les autres cantons, l'exercice budgétaire 2026 se poursuit à Genève en raison du basculement dans le régime des douzièmes provisoires. Le Conseil d'Etat a présenté lundi un nouveau projet de budget, qui affiche un déficit de 599,4 millions.
«Cet exercice est vain, car la majorité parlementaire, qui voulait 300 millions de francs d'économies, n'a pas bougé», a relevé devant la presse Nathalie Fontanet, conseillère d'Etat en charge des finances. L'exécutif n'a «pas trouvé la baguette magique» pour réduire le déficit.
La présentation d'un nouveau projet de budget au plus tard à la fin mars en cas d'application des douzièmes provisoires découle d'une nouvelle obligation légale dans le canton. Enterré en plénière en décembre 2025, le premier projet de budget 2026 affichait en septembre un déficit de 409,4 millions, alourdi à 687 millions en cours de processus.
Selon Nathalie Fontanet, non seulement l'exercice est vain, mais il est aussi coûteux (plus de 500'000 francs) et chronophage (550 jours de travail pour l'administration). Le Conseil d'Etat veut revenir à la pratique initiale qui permettait au canton de fonctionner toute l'année selon le système des douzièmes. Il déposera un projet de loi en ce sens. En attendant, il a dû se plier à l'exercice.
Hausse des charges
La nouvelle mouture présentée lundi affiche ainsi un déficit de 599,4 millions de francs «résultant d'un déséquilibre marqué entre l'évolution des charges et celles des revenus». Les charges (11,32 milliards) augmentent de 436,8 millions (+4% par rapport au budget 2025), à un rythme plus soutenu que celui des revenus (10,72 milliards), soit une hausse de 93,1 millions (+0,9%).
Pour le Conseil d'Etat, cette dynamique s'explique par la forte hausse des charges contraintes et mécaniques (+362 millions), pour lesquelles il n'y a que peu de marge de manoeuvre. Et de citer la croissance démographique, le vieillissement de la population, la hausse des coûts de la santé, les mécanismes d'indexation ou encore les obligations fédérales.
Actualisées en janvier dernier, les recettes fiscales ont été revues à la baisse (-154 millions par rapport au projet de budget déposé en septembre). L'exécutif a tenu compte du ralentissement conjoncturel, en particulier dans le secteur du commerce du gros.
Le projet de budget 2026 bis tient aussi compte du gel d'un projet de loi qui visait à faire passer les communes à la caisse avec une réduction de 109 millions de francs à la clé pour le canton. Il prend aussi en considération une révision à la hausse des revenus de la Banque nationale suisse (+78 millions).
Plan d'économies
Sans conviction, le Conseil d'Etat va soumettre ce projet de budget 2026 bis à la Commission des finances du Grand Conseil. A droite, le Centre relève d'emblée que ce «projet légèrement ajusté» affiche un déficit qui n'est pas admissible. A gauche, le PS critique l'entêtement de l'exécutif dans l'austérité budgétaire alors qu'au final les comptes s'avèrent positifs.
Rassembler une majorité pour voter ce projet de budget bis semble donc compliqué. Le régime des douzièmes pourrait ainsi se prolonger jusqu'à la fin de l'année.
D'ici là, le plan d'économie du Conseil d'Etat, basé sur un mandat confié à des experts, est très attendu. Il devrait être présenté d'ici la fin juin. «Il faut freiner de manière pérenne la progression des charges», a insisté Mme Fontanet.