Battu au poste de procureur général de Genève
Pierre Bayenet insiste: «Près d’un électeur sur deux n’a pas voté Jornot»

Olivier Jornot est réélu procureur général de Genève dès le premier tour. Un scrutin serré face à Pierre Bayenet, qui évoque une «victoire à la Pyrrhus» et parle d'une défaite en demi-teinte. Interview.
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Pour Pierre Bayenet, la défaite au poste de procureur général de Genève, n'est pas totale.
Photo: keystone-sda.ch
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Solène MonneyJournaliste Blick

Le libéral-radical Olivier Jornot est réélu procureur général de Genève dès le premier tour ce dimanche 29 mars. Il obtient de justesse la majorité absolue à 293 voix près, soit 50,33% au total. Le scrutin s’annonçait serré: entre les bulletins blancs et les suffrages en faveur de son adversaire d'Ensemble à gauche Pierre Bayenet, l’écart reste limité.

Malgré les critiques visant son bilan, l’actuel procureur général – en poste depuis près de 20 ans – conserve la confiance d’une majorité d’électeurs, qui ont privilégié la continuité et la fermeté à l’alternative portée par la gauche.

De son côté, Pierre Bayenet refuse de parler d’échec total. Entretien avec le seul candidat à avoir défié Olivier Jornot dans les urnes.

Pierre Bayenet, vous avez été battu pour la deuxième fois. Etes-vous déçu?
Oui, évidemment. J’aurais souhaité remporter ce scrutin. Mais je retiens aussi des éléments positifs: cette campagne a permis de mettre en lumière des dysfonctionnements judiciaires et de proposer une autre vision de la justice pénale. Nous avons aussi réussi à rassembler au-delà de la gauche autour d’un projet progressiste. Et cela se reflète dans le résultat: près d’un électeur sur deux n’a pas voté pour Olivier Jornot, si l’on inclut les bulletins blancs. Pour lui, c'est donc une victoire à la Pyrrhus.

Envisagez-vous de vous représenter dans six ans?
Je ne l’exclus pas. Mais l’essentiel n’est pas ma candidature. Ce qui compte, c’est qu’une personnalité puisse rassembler les oppositions à la politique pénale d'Olivier Jornot. Que ce soit moi ou quelqu’un d’autre importe peu. L’important est de porter une voix constructive et fédératrice. J’ai le sentiment d’avoir contribué à cela, c'est ma victoire personnelle.

Justement, vous êtes le seul à avoir osé l'affronter dans les urnes. Comment l'expliquez-vous?
Il y a plusieurs raisons à cela. C'est toujours compliqué pour des magistrats du pouvoir judiciaire de se lancer dans une campagne publique. Ils n'en n'ont pas l'habitude. Et en fait, il se trouve qu'Olivier Jornot et moi sommes les deux magistrats qui avons une expérience de la politique préalable. Donc nous avons un avantage pour descendre dans ce genre d'arène. Les autres n'ont pas forcément l'envie ni l'expérience utile.

Qu'est-ce qui a été votre point faible dans cette campagne?
C’est difficile à dire précisément. Mais la justice pénale n’est pas un thème traditionnel pour la gauche, contrairement au logement, à l’éducation ou à l’environnement. Il y a aussi un effet sortant: Olivier Jornot est plus connu, ce qui constitue un avantage important. Ce sont sans doute des éléments qui expliquent le résultat. Cela reste mon analyse.

Avez-vous des regrets pour cette campagne?
Je regrette la violence de cette campagne. La campagne a parfois pris une tournure personnelle, notamment avec des attaques sur mon patrimoine. J’ai dû y répondre, ce qui a contribué à durcir le ton. Cette violence a fait perdre un peu d'intérêt au débat et je pense que la population aussi a regretté cette situation. Je ne dis pas que j'ai été victime, et que lui serait toujours l'auteur. Mais le débat à un certain moment, a un peu perdu en intelligibillité pour la population pour devenir un ring de boxe. C'est dommage.

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