Polémiques et élection spéciale
Les 4 infos croustillantes de l'éléction du procureur général genevois

Le 29 mars prochain, les Genevois choisiront leur futur patron de la justice. Entre deux candidats aux visions opposées, Olivier Jornot et Pierre Bayenet, cette élection du futur procureur général ne manque pas de piquant.
Olivier Jornot et Pierre Bayenet s'affronteront dans les urnes le 29 mars pour le poste de procureur général de Genève.
Photo: keystone-sda.ch
SOLENE_FACE (1).png
Solène MonneyJournaliste Blick

Deux Genevois, deux visions, des polémiques… et un seul poste convoité: celui de procureur général du canton du bout du lac. La décision tombera le 29 mars prochain lors d'une votation. Alors, qui d'Olivier Jornot, le libéral-radical en poste depuis 14 ans, ou de Pierre Bayenet, le défiant pour la deuxième fois, affilié à SolidaritéS, remportera cette élection?

En attendant le verdict, Blick vous propose un tour d'horizon des infos croustillantes qui rendent cette élection du patron de la justice genevoise des cinq prochaines années si spéciale. C'est parti!

1

Une élection et des pouvoirs uniques

Genève est l'un des rares cantons où le procureur général est élu par la population, tout comme Neuchâtel. Ces procureurs généraux sont souvent affiliés à des partis politiques. Olivier Jornot, par exemple, bénéficie du soutien du PLR, du Centre et de l'UDC, tandis que Pierre Bayenet est soutenu par la gauche, dont les Vert-e-s et les socialistes.

Le procureur général genevois bénéficie d'une large marge de manœuvre et d’une grande influence sur la politique criminelle du canton. Il définit les priorités judiciaires, rédige des directives pour les procureurs et la police, et peut lancer des projets innovants. En somme, il est le véritable patron du Ministère public genevois, avec la capacité de façonner la justice dans le canton.

2

Le scandale immobilier de Bayenet

Aucun des deux candidats n'est exempt de critiques. Chacun traîne des polémiques qui ont alimenté les médias. La plus récente concerne Pierre Bayenet et une affaire immobilière, révélée par «Le Temps», qui a suscité un malaise au sein de la gauche. Il y a dix ans, alors qu’il était avocat, il avait racheté l'appartement d'anciens clients lors d’une vente aux enchères, puis lancé une procédure d'expulsion, qui s'est concrétisée deux ans plus tard.

Le couple en question avait sombré dans une spirale de dettes. Pour récupérer son dû – des honoraires impayés – Pierre Bayenet avait racheté la maison, la revendant ensuite à un prix supérieur à la dette du couple. «J’y ai bien réfléchi, et j’ai constaté que rien ne m’interdisait de protéger mes droits de cette manière», s'était-il justifié, expliquant avoir accordé deux ans de délai à ses anciens clients. Cette méthode, bien que légale, soulève des questions, surtout pour un candidat qui se présente comme un défenseur d'une justice plus humaine.

3

La sortie de boite polémique de Jornot

Olivier Jornot n’échappe pas non plus aux scandales. L’un des plus médiatisés remonte à dix ans, lors d’une fête de fin d’année du Parquet. La soirée, qui s’était prolongée dans la boîte de nuit genevoise La Garçonnière, a défrayé la chronique. Il lui est reproché d’avoir flirté, embrassé et caressé une jeune procureure visiblement en état d’ébriété. Il entretenait en parallèle une relation amoureuse avec une autre procureure.

Le Conseil supérieur de la magistrature (CMS) avait relevé un «manquement disciplinaire», sans véritable sanction, ni blâme. D'ailleurs, la relation du procureur général avec un autre procureur avait déjà suscité des interrogations sur la compatibilité avec sa fonction. Le CSM avait jugé la relation entre les magistrats incompatible, ne leur permettant pas de faire partie de la même juridiction. Le couple s’est finalement séparé quelques jours après cette décision.

4

La continuité ou la rupture?

Les Genevois devront décider s'ils veulent continuer avec le «shérif» Jornot, connu pour sa vision répressive, ou opter pour la rupture avec le «Bisounours» Bayenet, qui prône une approche plus douce, notamment en allégeant les peines pour les délits mineurs. Olivier Jornot, en poste depuis 14 ans, est perçu par ses partisans comme un garant de l'ordre et de la sécurité, notamment grâce à sa lutte contre l'insécurité de rue et les cambriolages. Mais ses détracteurs le jugent trop intransigeant, particulièrement vis-à-vis des personnes précaires.

Pierre Bayenet, en revanche, veut adoucir le système pénal et donc moins incarcérer pour les vols et infractions à la loi sur les étrangers. S'il a déjà tenté sa chance en 2014 et a perdu de façon nette face à Jornot, cette fois-ci, il bénéficie du soutien renforcé de la gauche. Cependant, certains doutent encore de sa capacité à occuper un poste aussi stratégique que celui de procureur général. Bref, entre continuité et rupture, cette élection s'annonce cruciale pour l'avenir de la justice à Genève.

Articles les plus lus