Si les élèves genevois ont repris le chemin de l'école ce lundi, pour certains, notamment sur la rive gauche, la rentrée s'apparente plutôt à un chemin de croix. En effet, certains élèves des communes de Collonge-Bellerive, d'Anières, de Corsier ou encore d'Hermance, scolarisés au cycle d'orientation de Bois-Caran ou au collège de Candolle, se plaignent d’horaires de bus mal adaptés à ceux des cours, ainsi que de bus bondés. Conséquence: les parents d'élèves se transforment parfois en taxis et multiplient les allers-retours.
Une pétition pour faire bouger les choses
Une ligne de bus en particulier est au cœur des préoccupations de ces habitants: la 38, qui relie Sous-Moulin, dans la commune de Thônex, à Chens-sur-Léman, en France. Cadencée à la demi-heure, cette ligne est «systématiquement» bondée aux heures de pointe, dénoncent les parents d'élèves.
Une mère de famille qui vit à Corsier, dont le fils est en deuxième année au collège de Candolle et la fille au cycle de Bois-Caran, explique à Blick que cette dernière n'a carrément pas pu monter dans le bus faute de place. Restée sur le trottoir, c’est sa mère qui est allée la chercher en voiture.
Du côté de Collonge-Bellerive, sur cette même ligne, une maman dont le fils a commencé ce lundi au collège de Candolle, tire aussi la sonnette d’alarme. «De nombreux élèves de notre commune sont désormais scolarisés à Candolle, faute de place à Calvin, explique-t-elle. Lorsque j'ai su que mon fils y était scolarisé, j'ai commencé à regarder les horaires et j’ai tout de suite vu que ça n'allait pas jouer.»
La maman a écrit aux TPG et au Département de l'instruction publique, mais faute de solution, elle a décidé de lancer une pétition pour demander «une meilleure desserte de la ligne 38 pour nos jeunes», peut-on y lire. La pétition a récolté quelque 200 signatures.
Une lettre envoyée au Grand Conseil
Toujours sur le tracé de cette ligne, à Corsier, même combat. Kira Andreasson, présidente de l'Association des intérêts de la commune de Corsier, déplore le manque de courses scolaires desservant sa commune – des lignes de bus spéciales adaptées aux horaires des cycles d'orientation et des collèges. Elle a décidé d'interpeller le Grand Conseil dans une lettre envoyée ce mardi.
«Il est inacceptable que des élèves mineurs soient empêchés de se rendre en cours ou de rentrer chez eux faute de capacité», dénonce-t-elle. Comme les autres parents, elle demande davantage de bus aux heures de pointe et «une évaluation globale de la mobilité scolaire des jeunes de la rive gauche», qu'elle estime être «les grands laissés-pour-compte de l'offre de transports publics».
Des parents qui se plaignent ont-ils le pouvoir nécessaire pour obtenir plus de bus? Pas vraiment. Sollicités par Blick, les Transports publics genevois (TPG) renvoient au Département de la santé et des mobilités (DSM), qui confirme que les «TPG ont effectivement reçu à différentes reprises des remarques de clients concernant la desserte scolaire assurée par la ligne 38». Mais à Genève, précise le département de Pierre Maudet, c’est le Canton qui définit et commande l’offre de transports publics. Ainsi, «une augmentation de la fréquence d’une ligne nécessite une décision du Canton et le financement correspondant».
Questionné à ce sujet le Département de la santé et des mobilités (DSM) explique: «le Canton définit et commande l'offre de transports publics, notamment à travers le Plan d'actions cantonal des transports collectifs et les contrats de prestations conclus avec les opérateurs. Les tpg exploitent l'offre ainsi définie et contribuent, par leur expertise opérationnelle, à proposer des adaptations.
Les demandes formulées par les usagers, les communes ou les établissements sont prises en compte dans l'analyse des besoins. Elles sont examinées avec différents critères: fréquentation, correspondances, besoins des différents publics, contraintes d'exploitation et ressources financières disponibles. Une demande peut donc contribuer à faire évoluer l'offre, sans pour autant entraîner automatiquement ou immédiatement une modification des horaires.»
Questionné à ce sujet le Département de la santé et des mobilités (DSM) explique: «le Canton définit et commande l'offre de transports publics, notamment à travers le Plan d'actions cantonal des transports collectifs et les contrats de prestations conclus avec les opérateurs. Les tpg exploitent l'offre ainsi définie et contribuent, par leur expertise opérationnelle, à proposer des adaptations.
Les demandes formulées par les usagers, les communes ou les établissements sont prises en compte dans l'analyse des besoins. Elles sont examinées avec différents critères: fréquentation, correspondances, besoins des différents publics, contraintes d'exploitation et ressources financières disponibles. Une demande peut donc contribuer à faire évoluer l'offre, sans pour autant entraîner automatiquement ou immédiatement une modification des horaires.»
Cela étant dit, concernant la ligne 38, le DSM explique à Blick «que son horaire doit concilier plusieurs contraintes: les correspondances avec le Léman Express à Chêne-Bourg, la desserte de plusieurs établissements scolaires et les contraintes d'exploitation d'une ligne relativement longue.» Pour rappel, la ligne compte 46 arrêts. Concernant les horaires «mal adaptés» que dénoncent les parents, le département n'y voit pas de problème et rappelle que le bus arrive à la hauteur du Collège de Candolle «à 7h37 pour un début des cours à 8h00».
Un «financement supplémentaire» est nécessaire pour augmenter la cadence
En réponse aux critiques autour des bus bondés, «il faudrait renforcer la ligne à une cadence de 15 minutes aux heures de pointe, admet le DSM et rappelle que cette évolution est inscrite dans le plan d'action pour les lignes régionales aux heures de pointe du lundi au vendredi». Toutefois, «sa mise en œuvre nécessite un financement supplémentaire, mais sa réalisation dépend des moyens disponibles», avance encore le porte-parole du DSM.
Le financement des TPG, un sujet brûlant
Le financement des TPG est un sujet brûlant à Genève. Par exemple, malgré son succès, la gratuité totale ou partielle des TPG pour les jeunes et les seniors est souvent remise en question. La Commission des finances du Grand Conseil avait rejeté une demande de crédit supplémentaire de 25,7 millions pour financer la mesure en septembre 2025. Ce refus n'avait cependant pas eu d'effet, car le coût est induit par une loi.
Une contribution plus importante des communes voulue par le Canton
Le gouvernement genevois entend par ailleurs mettre davantage les communes à contribution dans le financement des transports publics. Le Conseil d’Etat propose aux communes un financement supplémentaire de leur part en échange de leur participation à la gouvernance.
Le DSM regrette que cette proposition n’ait, à ce stade, «pas été accueillie favorablement». Le Grand Conseil devra donc se prononcer prochainement sur la répartition des charges financières entre le canton et les communes. Plus largement, des coupes sont attendues. Le Conseil d’Etat rendra public son projet de budget 2027 le 17 septembre prochain.