Rare fracture publique autour de la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD) au Conseil municipal de Genève. Interpellé mardi soir 19 mai par le conseiller municipal d’Ensemble à Gauche Tobias Schnebli, le maire vert Alfonso Gomez a révélé avoir personnellement refusé de signer un projet de convention avec l’organisation de lutte contre l’antisémitisme.
En cause, une formulation considérant l’antisionisme comme «une forme d’expression contemporaine de l’antisémitisme». L’échange a eu lieu dans le cadre d’une question orale sur les subventions versées à la CICAD par la Ville de Genève. Tobias Schnebli a accusé l’exécutif de manquer de transparence autour des documents liés à cette subvention, affirmant avoir dû saisir à deux reprises le préposé cantonal à la transparence (LIPAD) pour obtenir des pièces administratives.
«Un traitement qui m'étonne»
Le conseiller municipal a notamment affirmé avoir découvert «quatre versions des statuts de la CICAD de la même année» et dénoncé l’absence persistante d’une convention de subventionnement signée entre la Ville et l’association. Selon lui, «sept ou huit tentatives» auraient été menées par l’administration municipale pour faire signer une convention à la CICAD, sans succès.
«Est-ce qu’il y a d’autres entités subventionnées qui peuvent se permettre, année après année, [...] de refuser de signer une convention de subventionnement sans que cela mette en cause la subvention elle-même? C’est quand même un traitement qui étonne», a lancé Tobias Schnebli devant le plénum, arguant que cela faisait huit ans que rien n'existait de tel pour la CICAD.
Une autre version
Dans sa réponse, Alfonso Gomez a toutefois réfuté cette version. Le maire écologiste a assuré que «ce n’est pas la CICAD qui l’aurait refusée», mais bien lui-même qui avait choisi de ne pas signer le projet de convention préparé par ses services. Il a d'ailleurs rappelé que les conventions de subventionnement n'étaient pas toujours obligatoires entre les entités et la Ville.
Une formulation figurant dans le document de travail, et qui définissait parmi les missions de la CICAD la lutte contre «toutes les formes d’antisémitisme, y compris l’antisionisme comme forme d’expression contemporaine d’antisémitisme» aurait été la raison de l'échec. «Cette pierre d’achoppement, que je ne partage pas, a fait qu’effectivement cette convention n’a pas été signée», a déclaré Alfonso Gomez au Conseil municipal.
Le maire a également précisé que ce projet n’avait jamais été transmis à la CICAD et qu’il s’agissait d’un document interne «non soumis à la LIPAD». Cette prise de position publique marque une prise de distance claire avec une vision régulièrement défendue par la CICAD et par certains soutiens de la définition de l’antisémitisme de l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA), qui inclut certains discours antisionistes dans les formes contemporaines d’antisémitisme. Une approche vivement contestée par une partie de la gauche et des ONG.
Le maire soutient la CICAD
Malgré ce désaccord, Alfonso Gomez a réaffirmé le soutien de la Ville à la CICAD. «Ce qui est attendu dans les discussions avec la CICAD, c’est lutter contre l’antisémitisme et exclusivement soutenir la mémoire de la Shoah», a-t-il déclaré, estimant que l’organisation remplissait aujourd’hui cette mission.
La CICAD bénéficie actuellement d’une subvention annuelle de 102'000 francs de la Ville de Genève. Initialement fixée à 50'000 francs en 2018 et 2019, cette aide financière a été doublée dès 2020 avant d’être légèrement augmentée en 2024. La Ville a appliqué pour 176'007 francs de «retenues» sur les montants versés à l’organisation, sans détailler précisément la nature de ces déductions.