De moins en moins puissant
Le G7 est-il devenu le club des ringards?

Le G7 n'est plus que l'ombre de lui-même. Vingt-trois ans après le dernier sommet d'Evian, le poids de ces pays a diminué. Les sept grandes démocraties ont rétréci en pourcentage du PIB mondial et du commerce, mais elles dominent encore dans le militaire et la finance.
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En 2003, le G8 était au faîte de sa puissance. Les sept pays occidentaux (hors Russie) pesaient vraiment dans l'économie mondiale.
Photo: KEYSTONE
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Myret ZakiJournaliste Blick

Depuis des semaines, il est question du sommet du G7 à Evian et des considérations sécuritaires qui l'entourent. Mais il est rarement question du poids du G7 aujourd'hui, comparé à ce que ce groupe de pays pesait en 2003 (hors Russie). 

Face à la montée d'autres économies comme la Chine et l'Inde, quelle importance a vraiment aujourd'hui ce club des sept grandes démocraties industrialisées que sont l'Allemagne, le Canada, les Etats-Unis, la France, l'Italie, le Japon et le Royaume-Uni? Une rapide comparaison des chiffres montre que ce groupe vit en bonne partie sur les mythes du passé, et qu'il pèse nettement moins aujourd'hui qu'il y a 23 ans, lors du dernier sommet d'Evian. Tour d'horizon de quelques indicateurs clés. 

De 65% à 43% du PIB mondial

Premier constat, assez vertigineux: les économies du G7 ont subi un véritable rétrécissement en 23 ans. Mesurée en pourcentage de l'économie mondiale, leur part est tombée en-dessous de la moitié du PIB mondial. Ainsi, si l'on rapporte le PIB nominal cumulé de ces sept pays au PIB mondial, les économies du G7 pesaient deux-tiers du total (63%-65%) en 2003, contre environ 43% depuis 2022. 

Cette forte baisse relative s'explique par la montée de la Chine et de l'Inde sur la même période: la part de la Chine a quadruplé, se hissant à 17% du PIB mondial, et celle de l'Inde a triplé à 3,7%. Dans une moindre mesure, le rééquilibrage a été accentué par la montée d'autres économies émergentes comme la Corée du Sud, l'Indonésie, le Brésil, le Mexique, la Turquie ou les pays du Golfe.

De 45% à 30% du commerce de marchandises

Confirmant cette tendance, la part des pays du G7 dans le commerce mondial de marchandises (exportations et importations) a aussi reculé. Le rétrécissement est net: de 45% en 2003, le groupe de démocraties industrialisées passe à environ 30% en 2024. 

Cela dit, les pays du G7 continuent de dominer l'exportation de services. En 2003, ils représentaient 55% des exportations mondiales de services (tels que finance, assurance, conseil, informatique ou publicité). Aujourd'hui, le poids du G7 a aussi diminué dans les services, mais moins que dans les marchandises, et tombe à 45% des exportations mondiales de services.

Domination moins écrasante des monnaies du G7

La domination des monnaies du G7, qui sont les monnaies de réserve par excellence, reste très forte, Mais elle est moins écrasante qu'en 2003. La part des monnaies du G7 dans les réserves de change des banques centrales du monde passe de 97% en 2003 à 90% aujourd'hui. Cette variation est surtout due à la baisse du dollar dans les réserves de change, de 72% en 2001 à 58% en 2025. De leur côté, euro, yen, livre sterling et dollar canadien ont peu varié. Au total, les monnaies du G7 restent incontournables dans les réserves des banques centrales, mais leur domination est moins écrasante qu'en 2003. 

Erosion du poids du G7 dans les matières premières

Les matières premières sont la ressource la plus stratégique qui soit pour les grandes puissances. Le poids d'un pays en tant qu'acheteur ou producteur détermine plus que jamais la puissance en 2026. C'est ainsi que la Russie a survécu aux sanctions occidentales grâce aux achats de ses hydrocarbures par l'Inde, et que l'Iran a de même survécu au boycott occidental grâce aux achats chinois, par exemple. 

Dans ce secteur, le poids relatif du G7 s'est érodé depuis 2003. La part des importations mondiales de matières premières par les sept puissances est passée de 35% à 25% environ. Si les États-Unis demeurent un acteur majeur grâce à leur production de pétrole et de gaz, le centre de gravité de la demande s'est déplacé vers la Chine, l'Inde et d'autres économies émergentes. 

Ce sont aussit les principaux acheteurs qui déterminent les prix et les routes d'approvisionnement. La Chine est ainsi devenue le premier consommateur de nombreux métaux industriels, de charbon et de plusieurs produits agricoles stratégiques, ce qui lui confère une influence croissante sur les marchés. Néanmoins, le G7 conserve une influence importante dans le financement, l'assurance, le négoce et la logistique des matières premières.

Dépenses militaires élevées mais relativisées

Signe du passage d'une hyperpuissance quasi sans rival à un monde plus fragmenté, le G7, même s'il représente toujours une part considérable des dépenses militaires mondiales, pèse moins qu'en 2003. Les États-Unis sont ainsi passés de 43% des dépenses militaires mondiales à 33% sur la période. Collectivement, les pays du G7 passent de 61% à 46% du total. 

Dans le même temps, on a assisté à la montée en puissance de la Chine et, dans une moindre mesure, de la Russie. Les dépenses militaires chinoises ont été multipliées par sept entre 2003 et 2025, et celles de la Russie par six. Malgré tout, le G7 demeure le principal bloc militaire mondial. Il conserve une nette supériorité dans la projection de puissance à longue distance, les capacités navales, les bases militaires, ainsi que dans différentes technologies de pointe. Cette domination se voit cependant mise à l'épreuve, plus qu'en 2003, par les avancées rapides de la Chine.

Domination quasi intacte dans la finance mondiale

Là où le G7 a perdu le moins de terrain, c'est sans doute dans la finance mondiale (transactions en actions, obligations, dérivés, industrie de la gestion d'actifs). Sa force, ce sont les marchés boursiers. Là, le recul est beaucoup moins net que dans l'industrie, le commerce ou le PIB. La part du G7 dans la finance globale est passée d'environ 65% à 44% du PIB mondial depuis 2003. 

Mais les pays du G7 et leurs marchés financiers très sophistiqués continuent de dominer le système financier international. Les principales places financières mondiales restent New York, Londres, Tokyo, Paris, Francfort et Toronto et concentrent encore l'essentiel des marchés obligataires, de la gestion d'actifs, de la banque d'investissement et des produits dérivés.

Sur le marché des changes, c'est encore plus net: les monnaies du G7 restent incontournables dans les transactions forex (foreign exchange). La montée de Hong Kong, de Shanghai et du renminbi a certes atténué cette domination, mais elle est encore loin de menacer la position du bloc G7, contrairement à son recul dans l'économie réelle. 

Ainsi, si le G7 ne produit plus qu'environ 44% de la richesse mondiale, il continue d'exercer une influence prépondérante sur les flux financiers, les marchés de capitaux et l'architecture monétaire internationale. 

A Evian, ce mois de juin, se réunira donc moins le gouvernement informel du monde, qu'un cercle d'anciennes puissances confrontées à leur déclassement relatif. Une réunion qui rappelle, par sa simple comparaison avec celle de 2003, à quel point la géographie du pouvoir mondial a changé en un quart de siècle.

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