100 heures sup par personne
Face au défi colossal du G7, la police genevoise risque un épuisement dangereux

Alors que le G7 s'apprête à mobiliser l'ensemble du corps de police genevois, du 10 au 19 juin, les syndicats sonnent l'alerte: avec de trop nombreuses heures supplémentaires et l'impossibilité de prendre du repos, le risque d'accidents et de burn-out explose.
Les syndicats prévoient une assemblée extraordinaire le 8 juin, avec une possible prise de mesures.
Photo: KEYSTONE

En bref

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  • La police genevoise sera pleinement mobilisée du 10 au 19 juin pour le G7 à Evian, avec des renforts d'autres cantons, de l'armée et de fedpol. Les syndicats dénoncent une surcharge de travail excessive, évoquant des journées de 12 heures et le blocage temporaire de congés et de reprise d'heures supplémentaires.
  • Le Conseil d'Etat a autorisé le paiement de 100 heures supplémentaires par personne et augmenté le plafond pour les policiers à 300 heures en 2026. Malgré cela, les syndicats réclament davantage de repos, citant une fatigue excessive.
  • Le risque de fatigue accumulée inquiète, avec des conséquences potentielles sur les performances, la sécurité et la vie privée des agents. Une assemblée extraordinaire des syndicats est prévue le 8 juin, faute de solutions apaisantes de la part des autorités.
Ellen De Meester - Journaliste Blick
Ellen De MeesterJournaliste Blick

A l'approche du G7 d'Evian, la police genevoise se prépare à affronter un mois de juin digne des travaux d'Hercule. Mobilisées dans leur ensemble, les troupes seront sur le pont du 10 au 19 juin, pour assurer la sécurité d'un événement massif, rassemblant les foules et déchaînant les passions. Selon les syndicats, cela équivaut à une dizaine de jours consécutifs, «avec des amplitudes pouvant atteindre 12 heures», sans oublier les missions de préparation du G7, et celles qui clôtureront l'événement. Au total, on arrive à 21 jours d'une intensité rare. 

L'exigence semble démesurée, si bien que les unités d'autres cantons ont été appelées en renfort pour doubler l'effectif de la police genevoise, également renforcée par l’office fédéral de la sécurité des frontières, l’armée et fedpol. Ainsi que le rappelait la «Tribune de Genève», le personnel avait été prévenu, en 2025 déjà, que tout repos, prise de congé ou reprise d'heures supplémentaires serait totalement bloqué durant la semaine du G7. Chaque professionnel devra donc répondre présent, peu importe sa situation, au risque de finir totalement épuisé.

100 heures supplémentaires par personne?

Et le Conseil d'Etat l'a bien compris. Conscient de la charge extraordinaire que devront assumer les forces de l'ordre, il a exceptionnellement autorisé le paiement de 100 heures supplémentaires par personne «pour le personnel de la police cantonale non policier, mobilisé dans le cadre du G7». Le plafond de paiement des heures supplémentaires du personnel policier, habituellement fixé à 200 heures, sera également abaissé à 300 heures, pour l'année 2026.

«Cette décision tient compte de l’impossibilité de planifier dans leur totalité la récupération des heures supplémentaires, en raison du volume concerné et des autres engagements opérationnels prévus en 2026 et 2027», peut-on lire dans un communiqué. En effet, dans le sillage du G7, la Cité de Calvin devra également gérer la Conférence Internationale du Travail (du 1 au 12 juin), la Fête de la musique (le 21 juin), le Triathlon (du 4 au 5 juillet) et la Tour de France féminin (du 2 au 3 août). Il est donc probable que les heures supplémentaires et la fatigue engendrées par le G7 ne pourront pas être rattrapées.

Or, ces mesures ne sont pas suffisantes pour rassurer les collaborateurs concernés. Ainsi que nous l'explique Mike Berker, vice-président du Syndicat de la police judiciaire (SPJ), le personnel concerné appréhende cette mobilisation avec «beaucoup de professionalisme et de préoccupation». Car si les policières et policiers souhaitent remplir leur mission au mieux, les syndicats constatent beaucoup d’inquiétude, de fatigue anticipée, ainsi qu'une forme d’exaspération: «Non pas parce qu’il faudrait fournir un effort exceptionnel, précise notre intervenant. Cela fait partie du métier. Mais parce que les planifications actuellement envisagées donnent le sentiment que les limites humaines et les règles censées protéger le personnel ne sont plus suffisamment prises en compte, voire carrément bafouées.»

Les syndicats exigent davantage de repos

Quant aux modalités exactes du remboursement de ces heures supplémentaires, l'Union du Personnel du Corps de Police (UPCP) explique n'avoir reçu aucune informations additionnelle, pour le moment. Or, la revendication principale des syndicats n'est pas financière.

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La fatigue n'est pas un interrupteur qu'on éteint une fois le G7 terminé. Lorsqu'elle s'accumule pendant plusieurs semaines, ses effets se prolongent bien au-delà de l'événement qui l'a provoquée.
Mike Berker, coprésident du Syndicat de la police judiciaire de Genève (SPJ)
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«Ce que les collègues demandent avant tout, c'est une planification raisonnable, respectueuse de leur santé et conforme aux règles en vigueur, explique Mike Berker. Une fois ce principe admis, il va de soi que les heures effectuées doivent être compensées conformément aux dispositions applicables, que ce soit sous forme de récupération ou de rémunération. Mais le problème aujourd'hui n'est pas celui du paiement: c'est celui de la charge de travail et du repos.»

Un risque accru d'erreurs professionnelles

En effet, la Commission du personnel pointait, toujours dans «La Tribune de Genève», un risque accru d'accidents ou d'erreurs professionnelles dues à une accumulation de fatigue. Mais qu'implique ce risque concrètement, à la fois pour la police et la population qu'elle protège?

«Nous pensons notamment à une baisse de vigilance, la diminution des capacités de concentration et d’analyse, la fatigue physique et psychique, l'augmentation du risque d’erreurs d’appréciation dans des situations parfois tendues ou urgentes, sans oublier les risques liés à la conduite de véhicules, au port de l’équipement ou à l’utilisation de moyens de contrainte», énumère Mike Berker.

Le coprésident du SPJ craint par ailleurs les répercussions de ces dix jours intenses sur la suite d'une saison estivale bien chargée: «La fatigue n'est pas un interrupteur qu'on éteint une fois le G7 terminé, pointe-t-il. Lorsqu'elle s'accumule pendant plusieurs semaines, ses effets se prolongent bien au-delà de l'événement qui l'a provoquée. Si une partie du personnel aborde l'été avec un niveau de fatigue déjà très élevé, cela risque d'avoir des conséquences sur la disponibilité opérationnelle, sur l'absentéisme, sur le moral des équipes et, plus généralement, sur la capacité de la police à absorber sereinement les sollicitations des mois suivants.»

Epuisement et tensions familiales

Puisque l'ensemble du corps de police sera mobilisé, certaines personnes seront-elles menées à se voir confier des tâches qu'elles ne réalisent pas d'habitude? Oui et non, répond Mike Berker: «Le fait que la mobilisation concerne une très large partie du Corps de police ne signifie pas que chacun sera envoyé effectuer des missions pour lesquelles il ne dispose pas des compétences requises, assure-t-il. En revanche, certains collaborateurs pourraient être appelés à exercer des tâches qu'ils pratiquent moins fréquemment dans leur activité quotidienne habituelle. Cela constitue un défi supplémentaire dans un contexte déjà exigeant.»

Face à cet arsenal de difficultés, les syndicats craignent de voir la fatigue physique et mentale se répercuter sur la vie privée des professionnels, en créant des tensions familiales ou d'autres problèmes. Le risque d'épuisement ou de burn-out leur semble bien réel, «surtout chez les collaborateurs déjà fragilisés par des années de surcharge».

Une assemblée extraordinaire, le 8 juin

Malgré tout, le SJP et les autres syndicats policiers tiennent au dialogue, face à l'Etat et au Département et la direction de la police, dont ils espèrent recevoir des réponses. Leurs tentatives de contacter la ministre de la sécurité, Carole-Anne Kast, n'ont pas encore abouti, pour le moment. «A l’heure actuelle, le Département des institutions et du numéroque (DIN) et la direction n’ont proposé aucune solution de nature à rassurer les policiers», regrette Mike Berker. 

En l'absence de propositions concrètes, une assemblée générale extraordinaire sera organisée le 8 juin prochain. Des mesures pourraient être décidées, à cette occasion. «Mais nous voulons absolument éviter cela, conclut notre intervenant. Le dialogue et la recherche de solutions restent notre axe prioritaire.»

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