Discussions tendues sur le tracé
Pour Françoise Nyffeler, membre de la coalition No-G7: «Les autorités jouent un jeu dangereux»

Le Conseil d’Etat genevois et la coalition No-G7 peinent à s’accorder sur le tracé du cortège prévu le 14 juin. Les organisateurs redoutent des tensions en raison des barrages policiers et des travaux prévus sur le parcours proposé. Interview
Françoise Nyffeler (au centre de l'image) dénonce la manière des autorités cantonales genevoise.
SOLENE_FACE (1).png
Solène MonneyJournaliste Blick

La tension monte à Genève autour de l’organisation de la contre-manifestation du sommet du G7 à Evian. A moins de trois semaines du cortège prévu le 14 juin, les organisateurs du No-G7 et le Conseil d’Etat genevois tentent toujours de trouver un compromis sur le tracé. Mais les discussions restent tendues.

Françoise Nyffeler, représentante de la coalition No-G7, membre du collectif genevois de la Grève féministe et ancienne députée au Grand Conseil genevois (EàG), s’est entretenue mardi soir 26 mai avec les conseillères d’Etat Carole-Anne Kast (PS), chargée de la sécurité, et Nathalie Fontanet (PLR), en charge des finances. A ce stade, le terrain d’entente semble encore difficile à trouver. Interview.

Françoise Nyffeler, vous avez rencontré hier Carole-Anne Kast ainsi que Nathalie Fontanet pour parler du parcours du G7. Avez-vous obtenu gain de cause?
Hier soir, elles nous ont proposé un parcours pour la première fois. Mais la discussion s’est déroulée de manière très autoritaire. Notre proposition du U lacustre n’a même pas été abordée. En gros, c’était: soit nous acceptions leur tracé, soit il n’y avait rien. Elles voulaient une réponse immédiate, mais nous représentons 60 organisations. Nous fonctionnons de manière démocratique, par consensus. Nous avons donc refusé de nous positionner sur-le-champ.

Qu'avez-vous pensé du tracé proposé par le Conseil d'Etat?
Il est vrai que leur parcours emprunte au moins de grands axes. Mais il reste très problématique sur le plan sécuritaire. Avec ce tracé, les manifestants passeraient près du pont du Mont-Blanc, qui serait barricadé par la police et des camions pour éviter que le cortège ne l’emprunte. Faire passer une manifestation devant un tel dispositif, c’est prendre des risques considérables. Ces barrages sont des provocations. Le Conseil d’Etat veut aussi nous faire passer par des zones avec d’importants travaux.

Vous avez dit hier lors d'une conférence de presse que si le tracé du U lacustre n'était pas accepté, la coalition No-G7 n'organiserait pas le cortège et donc qu'il n'y aurait pas de garantie que la rue ne soit pas en proie à d’autres groupes. Qu'entendez-vous par là?
Si la coalition refuse le tracé à risque proposé par le Conseil d’Etat, cela signifie que les autorités prendront la responsabilité d’empêcher toute manifestation organisée. Et cela veut dire que des personnes très fâchées pourraient se retrouver dans la rue sans encadrement, face à une police que j’imagine déjà très tendue. Le Conseil d’Etat joue un jeu dangereux. Il portera la responsabilité de la situation, alors que nous aurons tout fait pour trouver un compromis.

Les négociations ont l'air tendue…
Je regrette vraiment les conditions dans lesquelles tout cela se passe. Cela ressemble à un sabotage pour empêcher la manifestation. Les arguments avancés ne tiennent pas. Hier, on nous a dit que le pont était trop fragile. Mais cela n’a jamais empêché la Lake Parade ni la Pride. C’est de la mauvaise foi. On sort des arguments au dernier moment. La Grève féministe avait pourtant pris les devants en déposant une demande en décembre. Ensuite, nous avons été reçus une première fois le 17 février, puis la porte est restée fermée pendant trois mois, malgré nos relances. Une manifestation non autorisée est dangereuse. Il faut pouvoir la sécuriser.

«
Aujourd’hui, on nous répond par des petites vexations et de grands gestes autoritaires, indignes d’une démocratie
»

Justement, qu'a prévu la coalition No-G7 pour éviter les débordements et la violence?
La coalition a pris position. Cela a été discuté collectivement. Nous voulons une manifestation large et pacifique, pour que les gens puissent venir. Nous voulons exprimer une inquiétude et une opposition aux politiques mortifères de Trump et ses alliés, avec des personnes issues de tous les milieux. C’est un consensus au sein de la coalition No-G7.

Mais concrètement?
Nous avons prévu une équipe d’auto-protection importante, avec plus d’une centaine de personnes. Elles ont réfléchi aux risques, se sont préparées à intervenir et à faire baisser les tensions en cas de conflit. Tout ce travail a été fait. C’est ce qui me tue dans cette affaire. Aujourd’hui, on nous répond par des petites vexations et de grands gestes autoritaires, indignes d’une démocratie. Le droit de manifester est un pilier fondamental de la démocratie.

Vous dites avoir le soutien de la gauche notamment du parti socialiste et des Vert-e-s. La Conseillère d'Etat en charge de la sécurité, Carole-Anne Kast, est socialiste. N'est-ce pas étrange?
Nous avons beaucoup discuté avec les directions des Vert-e-s et du Parti socialiste, mais Carole-Anne Kast ne les écoute pas. Cela pose un problème pour l’image des élus. Le parti n’arrive pas à se faire entendre de son élue. C’est un peu décourageant pour de jeunes parlementaires. Hier, Carole-Anne Kast et Nathalie Fontanet (PLR) semblaient en parfait accord. C’est décevant, mais c’est comme ça.

«
Nous sommes face à un mur autoritaire qui contribue à faire paniquer la population
»

Vous aviez été manifester en 2003, trouvez-vous la même colère et ferveur de la part des militants, manifestants ou organisateurs?
Les choses ont beaucoup changé. La mobilisation n’est pas aussi forte qu’en 2003, mais elle est aussi beaucoup plus entravée. Les gens ont peur. En 2003, les policiers n’étaient pas des Robocop, même si tout était loin d’être parfait. Il y avait des discussions, un camping, des infrastructures. Tout cela avait été admis avec le Conseil d’Etat de l’époque, dans un climat de collaboration. Aujourd’hui, nous sommes face à un mur autoritaire, qui contribue à faire paniquer la population. C’est terrible pour la démocratie. Je pense que la résistance est fondamentale. Elle l’était déjà en 2003, mais aujourd’hui, il y a encore plus de raisons de résister. Les gens ont beaucoup plus peur.

Si le cortège n’est plus autorisé, irez-vous tout de même manifester?
J’attends de voir comment les choses vont évoluer. Nous avons déposé un recours auprès de la Chambre administrative, et nos avocats ont aussi préparé des mesures superprovisionnelles si le Grand Conseil vote le refus de la manifestation. Nous avons donc encore des options judiciaires à faire valoir. Et, dans tous les cas, nous maintenons des conférences et des concerts. Pour les manifestations, on verra ce qui sera possible.

Articles les plus lus