Le Musée d’histoire naturelle de Fribourg (MHNF) s’apprête à vivre un moment unique à fin août. Son emblématique baleine de 11 mètres, 1650 kilos et plus de 170 ans, sera le tout premier objet à rejoindre le futur bâtiment de l'institution à la route des Arsenaux.
Le transfert constituera une opération «hors norme, à la croisée de la prouesse technique, du défi logistique et de la conservation patrimoniale», a expliqué mardi le directeur Peter Wandeler. Baptisé «Bis bald Baleine», il consistera à passer du site actuel sur le plateau de Pérolles au musée en chantier à 600 mètres de là.
La baleine naturalisée est une «véritable icône». Echoué au Havre (F) en 1852, puis intégré aux collections fribourgeoises en 1882, après un parcours «hors du commun», le rorqual boréal compte aujourd’hui parmi les très rares objets de ce type conservés dans le monde. Le spécimen concentre donc toutes les attentions.
Percer les murs
Son déplacement représente un défi «exceptionnel». Au-delà de son poids et de ses dimensions, chaque étape doit garantir une protection maximale d'une pièce décrite comme "irremplaçable". La complexité est renforcée par la configuration des lieux: les espaces actuels sont trop étroits pour permettre une sortie classique.
La seule solution consiste à percer des ouvertures dans les murs des deux bâtiments, l’ancien et le nouveau, pour transporter le cétacé d’un site à l’autre. Le transfert aura donc lieu à la fin de l'été, dès l’achèvement du gros oeuvre du nouveau bâtiment, et avant la fermeture définitive de l’ouverture prévue pour son passage.
En raison de l'ampleur des préparatifs, la salle de la baleine et des vertébrés du monde a été fermée au public au début du mois de mars dernier. Le 28 février, pour mémoire, le public a pu faire «ses adieux» à «sa» baleine, lors d’une grande fête organisée au musée. Depuis, les préparatifs battent leur plein, a rappelé Peter Wandeler.
Une opération inédite
Aux côtés d’experts externes, l’équipe du musée orchestre "minutieusement" chaque étape d'une opération qualifiée d'inédite, a détaillé le directeur. Deux restauratrices spécialisées procèdent actuellement au nettoyage et à la restauration du spécimen, afin qu’il retrouve "tout son éclat" au coeur de son futur écrin.
Une partie de l’exposition permanente doit encore être démontée pour permettre de manoeuvrer le cétacé dans la salle. En ce qui concerne le transport, le musée a mandaté une entreprise spécialisée de la région. Celle-ci est déjà à pied d’oeuvre pour les premières expertises techniques.
La baleine a notamment été pesée pour la toute première fois de son histoire, révélant un poids jusqu’ici inconnu de 1650 kilos. La date exacte du déménagement sera confirmée en fonction de l’avancement des travaux. Au-delà, le défi n’est d’ailleurs pas nouveau, a rappelé Pauline Juvet, historienne auprès du MHNF.
«Un travail colossal»
Déjà en 1897, lors du transfert du Musée d’histoire naturelle du Collège Saint-Michel vers Pérolles, la baleine avait donné du fil à retordre aux équipes de l’époque. Le futur site, avec sa nouvelle exposition permanente, a bénéficié d'un crédit de 65,5 millions de francs accepté par le peuple fribourgeois en juin 2023.
Pour l'heure, le MHNF, institution bicentenaire, accueille toujours le public dans son bâtiment actuel, jusqu'à l'automne 2027. Le chantier du futur musée avance lui à «grands pas» dans l’ancien arsenal de la route des Arsenaux, celui-ci étant en pleine transformation et extension.
Pour la nouvelle exposition permanente, plus de 1000 objets des collections doivent être préparés, restaurés, emballés et déménagés. «Un travail colossal mobilisant les équipes depuis déjà plusieurs mois», a souligné le musée.