Le conseiller national Benoît Gaillard (PS) saisit la Comco
Les Suisses ont-ils été plumés par des ententes sur les prix du carburant?

Au Tessin, les prix de l'essence ont chuté de manière spectaculaire avec l'arrivée d'un nouveau fournisseur. Ailleurs, les prix s'alignent curieusement. Un conseiller national soupçonne l'existence d'ententes. Il a donc saisi la Commission de la concurrence.
1/4
Depuis que les prix de l'essence ont augmenté, les stations-service font l'objet d'une attention toute particulière.
Photo: Sven Thomann
LucienFluri05.jpg
Lucien Fluri

Une baisse pour le moins spectaculaire. A peine six heures après l’ouverture de la première station-service de l’entreprise Etzelpark au Tessin, les prix à la pompe ont chuté de 19 centimes par litre d’essence. Depuis, une question habite bon nombre de Tessinois: ont-ils payé leur carburant bien trop cher ces dernières années?

C’est en tout cas le sentiment du conseiller national socialiste vaudois Benoît Gaillard. Mais son regard ne se limite pas au Tessin. L’élu s’appuie sur des observations préoccupantes qui lui ont été remontées après l’analyse de 887’353 cas de relèvement de prix dans 591 stations-service suisses entre janvier 2024 et avril 2026.

Pour Benoît Gaillard, une chose est sûre: la Commission de la concurrence (Comco) doit examiner de plus près la question de l’établissement des prix dans les stations-service suisses. Le socialiste a donc adressé un courrier à l’autorité afin de lui faire part de ses soupçons. Ce document, consulté par Blick, affirme que «les événements survenus au Tessin permettent fortement de soupçonner des ententes sur les prix entre les différents acteurs du marché, dans le but de maintenir des marges élevées».

Les prix augmentent et baissent toujours simultanément

Que révèlent les données dont dispose l’élu? Des chaînes de stations-service indépendantes les unes des autres afficheraient des prix pratiquement identiques, qu’elles augmenteraient ou diminueraient presque simultanément, et dans les mêmes proportions. A Pfäffikon (SZ), par exemple, l’analyse de 420 relevés permet de démontrer que deux exploitants ont pratiqué des prix quasi similaires entre février 2022 et octobre 2023.

Benoît Gaillard reconnaît qu’il ne s’agit pas là d’une preuve irréfutable. Ces éléments constituent toutefois, selon lui, des «indices» d’ententes illicites. «Il est normal que les prix évoluent globalement dans la même direction au sein de la branche. En revanche, les synchronisations et la régularité observées ne s’expliquent pas sans une coordination des prix, au moins informelle», estime le Vaudois.

«Les seules données de prix ne permettent pas de déterminer si cette coordination constitue une entente au sens du droit des cartels, poursuit-il. Mais la constance des schémas observés soulève des questions.» Il espère désormais que la Comco apportera des réponses concrètes à ses questions. A ses yeux, l’enjeu est important: «Le prix de l’essence pèse lourdement sur le budget des ménages. Les compagnies pétrolières et les distributeurs ne doivent pas profiter de la situation géopolitique pour gonfler leurs marges.» Il ne comprend pas non plus le fait que le conseiller fédéral Albert Rösti n’intervienne pas.

La Comco ne voit pour l’instant aucun signe

Dans le cas tessinois, la Commission de la concurrence vient toutefois d’indiquer qu’elle ne voyait aucune raison d’intervenir. Dans une réponse au «Corriere del Ticino», elle a expliqué que la baisse des prix constituait une conséquence normale d’un renforcement de la concurrence. Ces dernières années, la commission a par ailleurs examiné le marché à plusieurs reprises sans constater d’ententes.

L’Association tessinoise des stations-service partage cette analyse. Selon elle, cette forte baisse des prix s’explique par une «stratégie d’entrée sur le marché particulièrement agressive». Une politique qui, à long terme, serait difficilement viable sur le plan économique.

Articles les plus lus