En bref
- Le groupe de presse Tamedia a suspendu la nomination prévue d'un rédacteur en chef pour «24 heures» après des accusations de comportements inappropriés impliquant plusieurs cadres. Une enquête externe a été confiée au cabinet PG Avocats à Lausanne.
- Les incidents concernent des accusations d'attouchements lors d'une fête en 2018, une liaison controversée en 2023, et des comportements déplacés lors de la fête de Noël 2025. Une soirée en 2026 a également soulevé de nouvelles allégations.
- En janvier 2026, Tamedia a reçu deux signalements de violations potentielles de son code de conduite. Les cadres concernés ont été suspendus immédiatement, et les enquêtes sont en cours.
Le groupe de presse Tamedia devait officialiser, le 27 janvier dernier, la nomination du nouveau rédacteur en chef pour le quotidien romand «24 heures» basé à Lausanne. Mais l’annonce n’a jamais eu lieu. L’ancien rédacteur en chef Eric Lecluyse, qui avait déjà quitté son bureau, a été prié de rester un peu plus longtemps à son poste.
Dans le même temps, le successeur désigné a été suspendu, suivi un peu plus tard par un autre cadre de l’entreprise. Une étude d’avocats a été mandatée pour faire toute la lumière sur ces événements. Sollicités par Blick, les deux cadres concernés n’ont pas souhaité s’exprimer. Tous bénéficient à ce stade de la présomption d’innocence. Mais que s'est-il passé dans les coulisses «du grand quotidien vaudois»?
Fête de Noël en 2018
Les faits remontent d’abord à la fin de l’année 2018, lors d’un «after» organisé après la fête de Noël de «24 heures». Dans une boîte de nuit lausannoise, le premier cadre aurait eu un comportement déplacé envers une jeune journaliste. «Il m’a soudain embrassée sur la bouche. J’étais comme paralysée. Je ne m’y attendais pas, car il est gay et était en couple avec un homme. Plus tard, il m’a touché les seins. Un stagiaire est alors intervenu et a dit au cadre de rentrer chez lui», raconte aujourd’hui la journaliste à Blick.
Quelques jours plus tard, l'homme l’aurait abordée sur son lieu de travail et lui aurait dit, en substance, que la soirée avait été fantastique et qu’ils avaient donné une «leçon» à tous les «bourgeois». «Il ne s’est pas excusé et a fait passer tout cela pour une blague. Pour moi, cela n’avait absolument rien d’une plaisanterie.» Il n’y a pas eu de signalement officiel. «Si j’avais été au courant, j’aurais pris des mesures», déclare l’ancien rédacteur en chef Claude Ansermoz* à Blick.
L’affaire présumée de 2023
Le climat se tend à nouveau vers 2023. Cette fois-ci, un second cadre – qui devait devenir rédacteur en chef en 2026 – aurait eu une liaison avec une jeune collaboratrice. «Quand j’en ai eu vent, je suis intervenu», rapporte Claude Ansermoz. L'homme est considéré en interne depuis longtemps comme un personnage controversé. Plusieurs journalistes lui reprochent de ne pas maîtriser ses émotions et d’adopter un ton désobligeant. «Personnellement, je n’ai jamais reçu de plainte de cette nature. Si cela avait été le cas, j’aurais réévalué la situation», assure Claude Ansermoz.
Fête de Noël en 2025
La fête de Noël 2025 aurait à nouveau dégénéré. Un autre cadre aurait eu un comportement inapproprié envers de jeunes femmes. «Chez Tamedia, tout comportement inapproprié, quel qu’il soit, fait l’objet d’une enquête approfondie et donne lieu aux mesures qui s’imposent», souligne le groupe de presse.
Janvier 2026
L'éditeur zurichois Tamedia souhaite nommer, le 27 janvier, le deuxième cadre mis en cause au poste de nouveau rédacteur en chef de «24 heures». Lorsque cette information est divulguée en interne, la commission du personnel, de concert avec l’association professionnelle Impressum, monte au créneau. La coprésidente Fabienne Sennhauser, qui travaille pour Tamedia à Zurich, confirme les faits: «Nous avons exigé une enquête approfondie et avons indiqué au service des ressources humaines les conséquences à prévoir si la nomination de cette personne venait à être confirmée.»
Selon nos informations, le personnel de Lausanne aurait adressé une lettre de protestation virulente au siège de Zurich. La PDG de Tamedia, Jessica Peppel-Schulz, est alors intervenue. Elle a suspendu la nomination prévue et ordonné une enquête externe. D’après les informations de Blick. c’est le cabinet PG Avocats de Lausanne qui a été mandaté à cet effet. Le 27 janvier, seule une information relative au personnel de la «Basler Zeitung» a finalement été communiquée. Et le 27 février, c'est finalement Virginie Lenk, adjointe de l'ex-rédacteur en chef Eric Lecluyse, qui a été nommée rédactrice en chef par intérim.
Printemps 2026
Une nouvelle fête privée a lieu au domicile d’une journaliste de «24 heures». L’alcool y aurait coulé à flots et des stupéfiants auraient circulé. Les circonstances exactes restent floues. Les participants à la soirée auraient, selon certaines sources, signé un accord de confidentialité s’engageant à ne pas évoquer cette soirée tant que l’enquête est en cours. Dans les couloirs de «24 heures», selon plusieurs sources, une rumeur circule. Le premier cadre cité aurait déclaré à une jeune collaboratrice: «J’ai envie de violer.» Peu après cette soirée, au cours de ce même printemps, le cadre est mis à pied. Une enquête est en cours.
Que dit Tamedia?
Edi Estermann, porte-parole de Tamedia, a répondu aux sollicitations de Blick. «Au début de cette année, deux cas contenant des indices de violations potentielles de notre code de conduite ont été signalés à Tamedia via le dispositif de signalement prévu à cet effet pour les collaborateurs. La direction de la rédaction a pris connaissance de ces signalements le jour même, dans l’après-midi, et a impliqué le PDG et les RH. Le lendemain matin, une concertation interne a eu lieu avec la participation de la commission du personnel de Suisse romande. Les collaborateurs mis en cause ont été immédiatement suspendus, dans le respect de la présomption d’innocence, et il a été décidé qu’ils n’auraient plus aucun contact avec les collaborateurs de Tamedia jusqu’à nouvel ordre.»
«Le jour même, dans les deux cas, le cabinet d’avocats externe a été officiellement mandaté pour mener les enquêtes. Celles-ci sont actuellement en cours, mais touchent à leur terme. Pour Tamedia, il est essentiel que de tels signalements soient pris au sérieux et fassent l’objet d’une enquête indépendante. Parallèlement, la procédure doit être fondée et équitable pour toutes les parties concernées et donner aux personnes mises en cause la possibilité de s’exprimer sur les accusations portées à leur encontre. Nous avons garanti cette exigence grâce à la démarche choisie».
*Claude Ansermoz, actuel rédacteur en chef en charge des contenus de Blick Romandie, a été rédacteur en chef de «24 heures» de novembre 2017 à novembre 2024. Il n’a pas participé à cette enquête et s’est récusé.