Un «effet retard» dangereux
Des symptômes de la canicule peuvent survenir, même des jours après le retour de la fraîcheur

Il fait enfin plus frais, mais cela ne signifie pas que nous sommes tirés d'affaire: certains symptômes physiques potentiellement graves de la canicule peuvent se manifester dans les jours et semaines qui suivent. Un médecin nous éclaire.
Même s'il fait plus frais, les médecins s'attendent à voir les patients affluer, dans les jours et semaines suivant la canicule.
Photo: Keystone

En bref

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  • Après une période de canicule et de nuits tropicales en Suisse, des orages et des pluies sont attendus en fin de semaine, apportant un répit. Cependant, les hôpitaux doivent se préparer à un afflux de patients en raison d'un «effet retard» des problèmes de santé liés à la chaleur.
  • L'«effet retard» se manifeste par des symptômes tels que déshydratation, hyponatrémie ou problèmes cardiovasculaires, parfois plusieurs jours après la baisse des températures. Les nuits tropicales empêchent une récupération adéquate, aggravant ces effets.
  • Selon le professeur Thomas Agoritsas des HUG, les signes d'alerte incluent fatigue extrême, confusion, chutes ou difficultés respiratoires. Les personnes seules et vulnérables sont particulièrement à risque, notamment en période estivale où les ressources médicales sont moins disponibles.
Ellen De Meester - Journaliste Blick
Ellen De MeesterJournaliste Blick

La canicule devrait enfin se calmer, chassée par le grondement des orages, tandis qu'une terre desséchée devrait accueillir une pluie inespérée, en cette fin de semaine. Le soulagement promet donc d'être intense, après plusieurs jours accablants et une nouvelle salve de nuits tropicales. On pourrait ainsi s'attendre à ce que les hôpitaux romands, pris d'assaut depuis le début du mois de juillet, puissent souffler un bon coup, eux aussi… Or, hélas, il n'en est rien. C'est même tout le contraire. 

Car, en effet, la canicule s'accompagne d'un «effet retard» dangereux, dans la mesure où des symptômes physiques peuvent se manifester même plusieurs jours après la baisse des températures. «La chaleur ne s'accumule pas dans le corps, note le Professeur Thomas Agoritsas, médecin-adjoint agrégé au Service de Médecine Interne Générale des HUG. Il faudrait plutôt la considérer comme un facteur de stress, lequel peut s'ajouter à d’autres facteurs de risque, dont des maladies déjà existantes. Souvent, il faut plusieurs jours pour que cet impact physiologique de la chaleur se manifeste sous forme de symptômes physiques, puis conduise à une hospitalisation. C'est pour cela qu'on parle d'effet 'retard', car les conséquences peuvent apparaître une fois que la chaleur est retombée.» 

Ces symptômes peuvent effectivement apparaître jusqu'à plusieurs jours (ou même plus, selon la situation) après l'épisode: «Plus on s’éloigne dans le temps du stress thermique, plus il devient difficile d’attribuer directement une éventuelle décompensation à la chaleur», précise notre intervenant. Pour cette raison, il semble important que ce phénomène soit mieux connu du grand public. 

Un déséquilibre entre l'eau et le sodium, dans le corps

Si la chaleur ne peut s'accumuler dans le corps, le manque d'eau est susceptible d'empirer au fil des jours. En effet, face à de fortes chaleurs, les spécialistes observent une déshydratation progressive, surtout chez les personnes âgées ou celles qui souffrent de certaines pathologies: «On perd également du sodium et d’autres électrolytes, tandis que les apports alimentaires et hydriques deviennent souvent insuffisants durant la canicule, note le professeur Agoritsas. Si l’on combine cette déshydratation, la perte de sodium et les tentatives de réhydratation parfois inadaptées, un déséquilibre peut apparaître entre les taux d'eau et de sodium présents dans le corps. Cela peut, par exemple, conduire à une hyponatrémie, l'un des motifs d'hospitalisation pendant ces épisodes caniculaires.» 

En d'autres termes, si vous buvez deux litres sans rien manger, votre corps risque d'emmagasiner trop d'eau, par rapport aux électrolytes qu'il détient à ce moment-là. Cela semble contradictoire, puisque les recommandations anti-canicule insistent constamment sur la quantité minimale d'eau à boire au quotidien: le Professeur Agoritsas souligne toutefois qu'il est possible de trop boire, selon la situation médicale: «Chacun doit s’hydrater de manière adaptée à ses pathologies, tout en continuant à bien manger et en fragmentant ses repas, afin d'éviter ce type de déséquilibre», prévient-il. 

Le cœur et les reins doivent surcompenser

Autre conséquence pouvant apparaître plusieurs jours après la fin d'une phase caniculaire: les problèmes cardiovasculaires, surtout chez les personnes souffrant déjà de certaines maladies ou prédispositions. «Lorsqu'il fait très chaud, le cœur doit augmenter son débit afin d’évacuer la chaleur produite par le corps, explique le Professeur Agoritsas. Chez une personne en bonne santé, le corps parvient généralement à compenser ce mécanisme, mais on ressent tout de même de la fatigue.» 

En revanche, chez une personne présentant des problèmes cardiaques sous-jacents, cette adaptation du corps représente un stress supplémentaire pour le système cardiovasculaire. «Et c’est souvent après plusieurs jours d’exposition que les problèmes commencent à s’installer, poursuit notre expert. Pareil pour les reins, qui doivent être convenablement irrigués pour assurer leurs fonctions et, lorsque le débit cardiaque devient insuffisant, ne parviennent plus à remplir correctement leur rôle. Une insuffisance rénale est donc également possible chez une personne auparavant en bonne santé en cas de déshydratation importante, même si le risque est nettement plus élevé chez les personnes fragiles.

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Les nuits tropicales accablent l'organisme

Le problème n'est donc pas la chaleur en elle-même, mais le cumul d'efforts que l'organisme a été contraint de fournir non-stop, durant des jours. D'autant plus que, lorsque les nuits restent particulièrement douces, les opportunités de récupération s'avèrent bien trop rares: «Le corps essaie normalement de récupérer et de compenser durant la nuit, lorsque l'air est censé se rafraîchir, pointe le spécialiste. Mais lorsqu'on a affaire à des nuits tropicales, l'organisme n’a plus le moindre répit.» 

A noter que les premiers signaux d'alerte se résument souvent à une perte d'appétit ou une fatigue importante: «Mais les symptômes qui conduisent à une hospitalisation surviennent plus tard, déplore le professeur Agoritsas. Je pense notamment à une confusion aiguë, une chute, une perte de connaissance, des difficultés respiratoires… Tout cela met généralement plusieurs jours à apparaître. Dans le milieu médical, on sait que les conséquences d'une canicule peuvent continuer à se manifester durant les jours qui suivent, même si elles deviennent progressivement plus difficiles à attribuer directement à la chaleur.» 

Or, face à un dispositif de santé parfois moins disponible durant la période estivale, les individus les plus vulnérables sont généralement les personnes isolées: «Personne ne vient vérifier si elles ont suffisamment mangé ou bu, et elles n’appellent souvent à l’aide qu’au dernier moment, analyse notre expert. A l’inverse, les personnes bien entourées subissent moins ces situations.» 

Comment éviter l'effet «retard»?

Pour les personnes souffrant de certaines maladies ou suivant un traitement médicamenteux, il est essentiel d'anticiper les vagues de chaleur et de recevoir des conseils spécialisés, avant l'arrivée d'une météo extrême. Or, toute personne devrait connaître les signaux d'alerte, afin de mieux se prémunir: 

«Il ne faut jamais banaliser une fatigue importante ou d’autres symptômes inhabituels, ni ignorer le fait de ne plus arriver à manger ou à s’hydrater correctement, prévient le professeur Agoritsas. Si les urines deviennent très rares ou très concentrées (de couleur brun foncé), ou que la bouche est sèche, il s’agit de signes de déshydratation. Une confusion d’apparition récente, une somnolence permanente, des difficultés à garder les yeux ouverts ou encore des chutes doivent également alerter. C’est surtout le cumul des signes qui nécessite de l'aide médicale: vertiges, hypotension, fatigue, signes de déshydratation ou troubles de la vigilance...»

S'il est essentiel de continuer à manger aussi normalement que possible, en espaçant plusieurs petits repas légers si besoin, il est tout aussi crucial d'éviter les boissons alcoolisées, durant la canicule: «L’alcool constitue un facteur de risque, dans la mesure où il favorise la déshydratation, ainsi que les accidents, notamment lorsqu’on boit avant de se baigner», rappelle le professeur Agoritsas. Et pour offrir au corps un maximum de récupération, notre expert conseille de rafraîchir autant que possible les logements la nuit, tout en évitant les excès: «Les douches glaciales, par exemple, ne feront qu'infliger un choc supplémentaire au système cardiovasculaire, pointe le médecin. Il vaut mieux privilégier des douches tièdes ou fraîches et trouver les moyens de passer une nuit plus fraîche et plus reposante.» 

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