40 antennes Starlink à Loèche
Deux médecins valaisans se battent contre Elon Musk

Elon Musk veut construire la plus grande station terrestre Starlink d'Europe à Loèche (VS). Mais deux médecins protestent avec véhémence. Ils craignent l'effet des champs magnétiques sur la santé et les dangers géopolitiques.
1/4
Roman Kuonen et Hanna Schnyder-Etienne mènent la résistance contre le projet d'antenne de Musk à Loèche.
Photo: Raphaël Dupain
RMS_Portrait_AUTOR_401.JPG
RMS_Portrait_AUTOR_374.JPG
Raphaël _Dupain_Fotograf_Blick_1-Bearbeitet.jpg
Tobias Bruggmann, Andreas Schmid et Raphaël Dupain

A Loèche, commune valaisanne de 4500 habitants, une tempête géopolitique se rapproche. Le milliardaire américain de la technologie Elon Musk veut y construire la plus grande station terrestre Starlink d'Europe. Un projet qui ne convient pas à tout le monde.

Les protestations sont menées par Hanna Schnyder-Etienne, 69 ans, et Roman Kuonen, 70 ans, deux médecins généralistes de la région. C’est en juin 2025 qu’ils découvrent le projet d'Elon Musk, totalement par hasard, en ouvrant leur journal. Un jour avant l'assemblée communale de Loèche. Depuis ce jour, ils se battent sans relâche. «Nous sommes médecins. Le risque de rayonnement de ces 40 antennes est trop important et met la santé en danger», déclare Hanna Schnyder-Etienne. Alors que l'UE veut maintenir les rayonnements électromagnétiques à un niveau bas, «nous faisons le contraire». Avec, affirment-ils, des effets inexplorés sur la santé de la population ainsi que sur la faune et la flore.

Sous le soleil éclatant du Valais, les deux médecins nous montrent le site du projet Starlink. Dans un coteau de vignes, à quelques centaines de mètres à vol d'oiseau du centre du village. D'immenses antennes paraboliques s'y trouvent déjà depuis les années 1970. Entre-temps, elles sont devenues techniquement obsolètes. Les antennes de Musk seront beaucoup moins hautes, mais beaucoup plus mobiles; elles suivront le mouvement des satellites et couvriront de multiples plages de fréquences.

Hanna Schnyder-Etienne et Roman Kuonen sont toujours indignés: le projet n'aurait pas été évoqué lors de l'assemblée communale de juin 2025 si ils ne s'étaient pas renseigné sur la base de l'article de presse.

Menace géopolitique en Valais?

Grâce à un vaste réseau de satellites, l'entreprise américaine Starlink permet de se connecter à Internet même dans des endroits isolés. Ainsi, dans un chalet de montagne isolé à Glaris, des touristes peuvent tout de même surfer. Mais Starlink est également important dans la guerre en Ukraine, pour piloter des drones, comme le rapporte SRF. Starlink appartient à l'entreprise spatiale SpaceX, dirigée par le CEO Musk.

Roman Kuonen met donc en garde contre les risques géopolitiques: «La Suisse pourrait devenir une cible d'attaque.» Il se réfère au conflit au Proche-Orient. «L'Iran a attaqué des stations militaires américaines dans des pays voisins. Des aérodromes, des stations radar – et aussi des installations de communication.» Selon lui, la Suisse est actuellement sans défense contre de telles attaques de drones ou de missiles.

«Le pire, c'est que cet internet par satellite n'appartient pas à la Suisse. Musk peut le désactiver à tout moment. Nous serions totalement soumis au chantage», ajoute Hanna Schnyder-Etienne. Elle est consciente que certains jeunes veulent simplement un internet rapide partout, quelles que soient les circonstances. C'est pourquoi elle tient à informer et à faire comprendre aux prochaines générations que cela pourrait être dévastateur.

La commune ne voit aucun danger

Les antennes Starlink seront exploitées par Signalhorn AG. Elle possède une concession d'essai de l'Office fédéral de la communication. La commune de Loèche a déjà délivré un permis de construire.

La commune justifie cette autorisation notamment par une étude réalisée par SpaceX. «L'étude a conclu que l'antenne fonctionne dans la marge de sécurité pour les rayonnements électromagnétiques et qu'elle est donc sûre». Le conseil communal de Loèche ne donne pas plus d'informations sur le sujet. Starlink n'a pas répondu aux demandes de renseignements.

En janvier, le «Walliser Bote» a cité le président de la commune, Alain Bregy: «En tant qu'homme à l'esprit scientifique, je ne peux guère prendre au sérieux les inquiétudes autour des risques pour la santé des nouvelles antennes». Lui-même ingénieur électricien, il souligne que tous les services du canton ainsi que l'Office fédéral de la communication ont approuvé la demande de permis de construire.

Sur la scène nationale

L'affaire a pris une telle ampleur que le Conseil fédéral a dû se prononcer sur les ambitions du réseau à Loèche. On est conscient de l'importance stratégique des constellations de satellites modernes comme Starlink, a répondu le département d'Albert Rösti (UDC) à une intervention du conseiller national valaisan Christophe Clivaz (Vert-e-s). «Le droit de la neutralité ne prévoit pas d'obligation pour l'Etat neutre d'empêcher la transmission de données militaires via une infrastructure de réseau sur son territoire.»

Interrogé sur d'éventuelles attaques de drones ou de missiles sur Loèche, le Conseil fédéral ne voit «aucune vulnérabilité stratégique particulière» de l'installation, car la communication peut être maintenue même sans stations terrestres individuelles.

Les deux médecins résistants ont déposé un recours auprès du canton contre le permis de construire de la commune. «Si nécessaire, nous irons jusqu'au Tribunal fédéral», soulignent-ils.

Quel est l'intérêt du projet?

Ce projet de Starlink au-dessus du Rhône ne préoccupe pas uniquement les deux médecins. L'association qui lutte contre l'implantation des antennes a vu ses rangs grossir à Loèche, dans la région et dans toute la Suisse. Outre l'exposition permanente aux champs électromagnétiques, c'est surtout la personne d'Elon Musk qui alimente la résistance. Le fait que l'ex-conseiller du président américain Donald Trump ne veuille pas seulement conquérir le monde économique, mais aussi Mars, suscite des craintes.

La manière dont le projet Starlink a vu le jour à Loèche reste mystérieuse. Est-ce Starlink qui a initié le projet ou est-ce Signalhorn AG, l'exploitant de l'installation d'antennes existante, qui a approché l'entreprise de Musk? Et quel est le rôle de la commune dans tout cela? Hanna Schnyder-Etienne et Roman Kuonen n'ont pas de réponse à ces questions. Ils ne comprennent pas non plus ce que l'installation de Loèche est censée apporter. Seule une poignée d'emplois y sont liés, et selon eux, il n'y aurait pas de recettes fiscales élevées.

Articles les plus lus