Michael Knobel, exploitant indépendant suisse phare de stations-service, et Coop se livrent un duel acharné. Pendant longtemps, la règle était simple: là où Michael Knobel installe ses pompes «Etzelpark», l'essence est bon marché. Une image qui a valu à l'entrepreneur une clientèle fidèle, ainsi qu'une grande notoriété.
Michael Knobel cultive son image de rebelle de la station-service et accuse les grandes enseignes de pratiquer des prix abusifs. Selon lui, les automobilistes suisses paieraient au total environ 100 millions de francs de trop chaque mois. «Les autorités assistent à cela sans rien faire et trouvent cela normal.» Sur les réseaux sociaux également, il dénonce des «prix exorbitants» et affirme que les automobilistes se font «arnaquer».
Tout à coup, Coop est trois centimes moins cher
Jusqu'à présent, la stratégie de Michael Knobel a porté ses fruits. Ses stations-service Etzelpark étaient moins chères que la concurrence et l'ont même poussée à baisser ses prix. Six heures seulement après l'ouverture de sa station à Bellinzone (TI), les prix des autres stations-service ont chuté, parfois jusqu'à 19 centimes.
Mais cela pourrait bien être terminé. A Füllinsdorf (BL) et à Dintikon (AG), Coop aurait changé de stratégie et propose désormais des prix inférieurs à ceux de Michael Knobel. Blick s'est rendu sur place et a constaté que, samedi à Füllinsdorf, Coop proposait l'essence sans plomb 98 à exactement 1,97 franc le litre – soit trois centimes de moins qu'Etzelpark. Vendredi déjà, à Dintikon, le constat était identique: Coop affichait 1,99 franc, contre 2,02 francs chez Etzelpark. Selon certaines informations, la même situation se répéterait à proximité d'autres stations Etzelpark.
«Une concurrence prédatrice classique!»
Une coïncidence? Pas pour Michael Knobel. «La concurrence veut couler Etzelpark», affirme-t-il avec conviction. Pendant des années, il aurait fait pression sur les grands acteurs du marché grâce à ses prix cassés. Mais aujourd'hui, la riposte serait lancée. Selon lui, les prix restent plus élevés ailleurs. «On peut facilement soupçonner que les prix ont été revus à la baisse là où je suis présent», estime Michael Knobel. «C'est de la concurrence prédatrice classique!»
Le géant du commerce de détail rejette ces accusations. Ses stations-service agissent «indépendamment de leurs concurrents individuels», affirme Coop. L'enseigne admet toutefois que la fixation des prix repose sur «les conditions du marché régional». Coop refuse d'expliquer pourquoi les prix baissent précisément à Dintikon et à Füllinsdorf, mais pas ailleurs: «Nous ne donnons aucune information sur notre stratégie tarifaire.»
Une lettre d'avocat arrivée sans crier gare
En mars, Coop avait tenté d'intimider juridiquement Michael Knobel. Un juriste de Coop avait critiqué sa «communication sur les réseaux sociaux» et lui avait reproché de tenir «à plusieurs reprises des propos généralisateurs», dans lesquels il «formulait des allégations négatives» à l'encontre de Coop Pronto. Blick avait alors rendu publique cette correspondance. «Depuis, le calme règne», déclare Michael Knobel. Coop n'a pas souhaité commenter cette affaire.
Pour Michael Knobel, une chose est sûre: pour la concurrence, il ne s'agit pas de mécanismes de marché, mais de pouvoir et d'éviction. Combien de temps un petit fournisseur peut-il résister à la pression d'un géant? Malgré tout, Michael Knobel refuse de se laisser faire: «Je n'abandonne pas!»
Sur le plan privé, tout sourit à Michael Knobel. Il va quitter en août prochain la Roumanie pour Dubaï, où il avait déjà vécu il y a plusieurs années. «Je voulais que notre fille grandisse quelques années en Europe. Maintenant, nous avons hâte de découvrir la région du Golfe!»