En bref
La Suisse entière fait face à une grave pénurie de policiers.
Soleure veut embaucher 100 policiers contre la criminalité.
Pour compenser les manques, Bâle recrute en Allemagne.
Cambriolages, consommation de drogue en plein air, bagarres, trafic de drogue: la criminalité atteint des proportions alarmantes à Soleure. La ville fait partie des districts les plus touchés par la criminalité en Suisse. Pourtant, le canton de Soleure ne compte qu'un policier pour 642 habitants – un chiffre nettement inférieur à la moyenne suisse, qui est d’un policier pour 476 habitants.
Le gouvernement cantonal entend désormais agir. D’ici 2035, les effectifs de police devraient s’étoffer de 100 policiers supplémentaires. C’est ce qui ressort d’un rapport présenté la semaine dernière par la directrice de la Sécurité du canton de Soleure, Susanne Schaffner (Parti socialiste), en collaboration avec la direction de la police cantonale.
Ces projets soulèvent des questions
Des critiques émanent de l'Union démocratique du centre (UDC), habituel défenseur de l'ordre public, comme l'a révélé la «Solothurner Zeitung». Le média relate que le Conseil d'Etat souffre d'une «perte de contact avec la réalité et d'un manque de compétences en matière de direction». Compte tenu de la pénurie de personnel à l'échelle nationale, on ignore d'où proviendrait ce personnel supplémentaire.
Outre les coûts, les Vert'libéraux déplorent également que l’analyse ait été réalisée par la police cantonale elle-même, puisqu'elle «bénéficiera ensuite de l’augmentation demandée». Un audit externe serait nécessaire. Par ailleurs, la question du processus de recrutement reste en suspens: «On ne peut pas commander des effectifs de police à court terme sur le marché du travail. Il faut les recruter et les former.»
Bâle-Ville se tourne vers l’étranger
En effet, les policiers sont très recherchés. La Fédération suisse des fonctionnaires de police (FSFP) déplore régulièrement le manque de milliers d'agents dans les cantons. Elle plaide pour de meilleures conditions de travail, afin de rendre la profession plus attrayante. Mais dans l'actuel état des choses, de nombreux cantons peinent encore à recruter suffisamment de candidats.
Le canton de Bâle-Ville, par exemple, élargit donc son champ d’action. Bien qu'il possède la troisième plus forte densité de police de Suisse, derrière le Tessin et Genève, il fait également face à une pénurie d'effectifs. La police cantonale a donc commencé à recruter en Allemagne; quatre candidats commenceront leur formation à l’automne. Ils ne disposent en Suisse que d’un permis B, c’est-à-dire d’un titre de séjour initialement limité à cinq ans.
La situation est tendue en Argovie. Avec 718 habitants par policier, le canton affiche la plus faible densité policière du pays. D’ici 2028, les effectifs devraient augmenter d’une centaine de postes. Or, début 2025, une cinquantaine de postes étaient déjà vacants au sein des 15 polices régionales. La police régionale de Wettingen-Limmattal a été particulièrement touchée: une vague de licenciements y a suscité un mécontentement au sein des effectifs. Les policiers ont notamment reproché à l'ancien commandant un manque de compétences professionnelles et des actes de harcèlement moral.
Renforcer les effectifs
La police cantonale de Berne, en revanche, n’a plus de postes vacants pour la première fois depuis des années. Le corps de police doit néanmoins s’agrandir. Comme le rapporte «Der Bund», la Direction cantonale de la sécurité justifie ces besoins supplémentaires par l’augmentation du nombre d’interventions et par de nouvelles missions.
Avec la croissance démographique, les interventions lors de manifestations et d’événements sportifs, par exemple, se multiplient. A cela s’ajoutent des missions telles que la lutte contre la cybercriminalité, la prévention en milieu scolaire et la défense contre les drones. Dès 2019, le Grand Conseil avait décidé de renforcer les effectifs de 360 postes en l’espace de dix ans. Le gouvernement prévoit de présenter un bilan intermédiaire à l’automne.
La police cantonale de Saint-Gall vise aussi à se renforcer, et massivement. En mai, le gouvernement avait décidé d’augmenter les effectifs en deux étapes, pour un total d’environ 240 postes. Pour le directeur de la sécurité, Christof Hartmann (UDC), il n’y a pas d’autres solutions. Depuis 2021, il y a eu de nombreux départs, qui ont parfois été difficiles à compenser.
Le Parlement cantonal de Schaffhouse souhaite lui aussi faire examiner la possibilité d’un renforcement des effectifs de la police cantonale. Une initiative citoyenne avait déjà fait part de la crainte que la police ne soit plus en mesure de remplir ses missions. Ce besoin se fait particulièrement sentir en ville, où l’on recourt de plus en plus à du personnel de sécurité privé. Même les gardes-frontières doivent assumer de plus en plus de tâches policières.
Les cantons souhaitent donc renforcer massivement leurs effectifs. Mais on ne sait toujours pas d’où viendront ces milliers de policières et policiers.