Un cadeau à 60 millions
Novartis offre un jet privé à ses dirigeants avec l'argent des primes maladies

La direction de Novartis s'est offert un nouveau jet privé de luxe pour un peu plus de 60 millions de francs avec de l'argent provenant indirectement des assurés. Du côté politique, les réactions diffèrent radicalement selon les camps.
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Novartis a offert un jet privé de modèle Dassault Falcon 8Xà ses patrons.
Photo: IMAGO/dieBildmanufaktur
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Gian Signorell
Beobachter

La direction de Novartis, menée par Vas Narasimhan, s’est offert un jet privé flambant neuf, et pas n'importe lequel, puisqu'il s'agit d'un Dassault Falcon 8X. Selon le constructeur, ce modèle se distingue par «son efficacité, sa grande autonomie et son confort spacieux et silencieux». Dans sa configuration «trois salons», l’appareil dispose même d’une douche à l’arrière. Son prix de base avoisine les 60 millions de dollars, pouvant grimper selon les options.

Un article du «Beobachter»

Cet article est tiré du «Beobachter». Le magazine sans œillères qui vous aide à économiser du temps, de l'argent et des nerfs.

Cet article est tiré du «Beobachter». Le magazine sans œillères qui vous aide à économiser du temps, de l'argent et des nerfs.

Les assurés trinquent

Mais un point rend cet achat particulièrement sensible: d’après le blog financier «Inside Paradeplatz», qui a révélé l’information, cet achat a aussi été financé indirectement par l’argent des assurés suisses.

Comment Novartis justifie-t-elle cet investissement auprès des payeurs de primes? Et comment concilier cet achat avec les engagements environnementaux affichés par le groupe? Le «Beobachter» a adressé huit questions à l’entreprise et la réponse a été aussi rapide que laconique: «Nous confirmons avoir remplacé un jet privé utilisé à des fins professionnelles.» Le groupe n’a pas répondu aux autres question.

Cette acquisition intervient alors que des négociations sont en cours entre l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et les géants pharmaceutiques Roche et Novartis. Malgré des dépenses de santé déjà très élevées en Suisse – les troisièmes au monde par habitant selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), derrière les Etats-Unis et l’Allemagne –, les deux groupes réclament une hausse des prix des médicaments. En cas de refus de l'OFSP, Vas Narasimhan menace de ne plus introduire certains nouveaux médicaments sur le marché suisse, voire d’en retirer certains déjà en circulation.

«Fossé immense entre la direction et la population»

Un coup d’œil au registre suisse des aéronefs montre que ce Falcon 8X ne constitue qu’une partie de la flotte de Novartis. Trois autres jets privés de type Dassault Falcon 7X y sont également enregistrés, ainsi qu’un hélicoptère Eurocopter EC135.

Le critique pharmaceutique Beat Ringger, du mouvement «Pharma für alle», dénonce vivement cet achat: «L’acquisition de cet avion illustre le fossé immense entre la direction de Novartis et la population.» Selon lui, le groupe cherche à faire croire que des prix plus élevés sont nécessaires pour développer de nouveaux médicaments. «Ceux qui y croyaient devraient désormais revoir leur position», ajoute-t-il.

D’après son rapport annuel, Novartis a affiché l’an dernier une marge opérationnelle de 40,1%. Autrement dit, sur 100 francs de chiffre d’affaires, plus de 40 francs ont été conservés comme bénéfice d’exploitation. A titre de comparaison, Migros a enregistré une marge de 3,6%. En 2025, la direction de Novartis s’est partagé 113,6 millions de francs de rémunérations. A lui seul, Vas Narasimhan a perçu 24,9 millions. Les dix autres membres de la direction se sont réparti les 88,7 millions de francs restants.

Silence dans le camp bourgeois

Du côté politique, comment réagit-on à l’achat de ce jet? A droite, c'est le silence qui domine. L’Union démocratique du centre (UDC) indique ne pas vouloir se prononcer. Même position du côté du Parti libéral-radical (PLR), qui estime que «ce n’est pas le rôle de la politique de s’immiscer dans les décisions d’entreprises privées». Le Centre refuse également de commenter ce cas précis.

Les critiques sont en revanche plus véhémentes à gauche. Le Vaudois Samuel Bendahan, conseiller national du Parti socialiste (PS), dénonce vivement cette acquisition: «Alors que de plus en plus de familles peinent à payer leurs primes d’assurance maladie, Novartis s’offre un jet d’affaires de luxe.» Pour le PS, la demande du groupe visant à augmenter les prix des médicaments doit être abandonnée immédiatement. Le parti affirme qu'il se mobilisera pour faire baisser les coûts des médicaments, afin de maintenir des primes abordables.

La conseillère nationale Manuela Weichelt (Les Vert-e-s), estime pour sa part que cet achat ne représente que «la partie émergée de l’iceberg». «Demandez à un employé de Migros s’il souhaite financer, via ses primes, les jets privés des dirigeants pharmaceutiques», lance-t-elle. Selon elle, la Suisse doit réduire sa dépendance à certains producteurs de principes actifs et aux grands groupes pharmaceutiques, notamment en développant sa propre production de médicaments dont le brevet a expiré et en renforçant la collaboration avec les associations de pharmaciens.

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