Du pain toujours frais
La nouvelle publicité de Migros est-elle compatible avec les objectifs écologiques?

Dans une publicité, Migros promet de garantir du pain frais jusqu’à la fermeture. Mais cette promesse est-elle compatible avec les objectifs de réduction de gaspillage alimentaire?
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Migros fait de la publicité pour du pain frais jusqu'à la fermeture.
Photo: Privat
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Caroline Freigang
Beobachter

Le gaspillage alimentaire est un véritable fléau. La Suisse s’est fixée pour objectif de réduire de moitié ses déchets alimentaires d’ici 2030, et le commerce de détail joue un rôle clé dans l’atteinte de cet objectif. Les enseignes ne manquent d'ailleurs pas de s'en vanter, notamment à travers des campagnes publicitaires qui mettent en avant leurs efforts.

C'est précisément à ce sujet qu'une publicité de Migros suscite des critiques: une affiche, placardée dans le magasin du siège principal à Zurich, promet que «les variétés de pain les plus appréciées» sont «disponibles partout et à tout moment».

Mais cette affirmation questionne: le pain est-il réellement cuit en continu jusqu’à la fermeture du magasin? Dans ce cas, comment une telle pratique peut-elle aider à réduire le gaspillage alimentaire? 

Pression pour cuire davantage

Migros explique que pour limiter le gaspillage alimentaire, elle s’appuie sur une «planification précise des quantités», ainsi que sur un système de cuisson par vagues. Concrètement, elle cherche à ajuster au mieux la production et l'approvisionnement en pain en fonction de la demande.

Parallèlement, elle s'assure que la marchandise excédentaire n'est pas gaspillée, en collaborant par exemple avec Too Good To Go. L'idée consiste donc à cuire davantage de pain pour respecter la promesse publicitaire, quitte à écouler les invendus par d'autres canaux.

Une stratégie qui passe mal. «De mon point de vue, de tels messages publicitaires renforcent l'idée que le pain n'est vraiment bon que lorsqu'il est très frais. Cela peut conduire à ce qu'il soit jeté plus rapidement à la maison», estime Ursina Krähenmann, directrice de foodwaste.ch.

Le pain fait partie des aliments fréquemment jetés dans les ménages. Selon les estimations, une famille de quatre personnes met chaque année environ 50 kilos de pain et de pâtisseries à la poubelle. 

Claudio Beretta, collaborateur scientifique à la Haute école zurichoise des sciences appliquées (ZHAW) nuance. Selon lui, les stations de cuisson peuvent produire du pain relativement frais jusqu’à la fermeture, sans forcément entraîner d’importants excédents. Mais certaines conditions s'imposent: le personnel doi être correctement formé et certaines variétés de pain ne seront plus disponibles en fin de journée. Il ajoute qu'«une telle publicité accentue la pression pour qu’il y ait trop de pain à disposition plutôt que pas assez».

Les dons ne sont pas la solution idéale

Les détaillants assurent que leurs mesures permettent de valoriser la quasi-totalité des denrées alimentaires, qu'il s’agisse de les vendre, les donner, les transformer ou les recycler dans des installations de biogaz. Ce taux atteint 99% chez Migros et même 99,8% chez Coop.

Les dons sont judicieux, mais ne constituent pas la solution idéale pour les excédents à la hausse de pain, explique Claudio Beretta. En effet, le pain est déjà disponible en très grande quantité auprès des organisations de dons. «La valorisation des aliments comestibles dans l'installation de biogaz n'est pas non plus une solution judicieuse d'un point de vue écologique, car elle ne permet de récupérer qu'une fraction de l'énergie qui a servi à la production des aliments», explique Claudio Beretta. Il est donc décisif d'agir autant que possible à la source et d'éviter les excédents.

Si Migros combinait son offre de pain frais du four jusqu'à la fermeture du magasin avec une offre conséquente de pain de la veille, cette alternative serait plus compatible avec les objectifs de réduction du gaspillage alimentaire.

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