C'est en des termes très clairs que le patron de Migros, Mario Irminger, s'est exprimé sur l'initiative «Pas de Suisse à 10 millions» de l'Union démocratique du centre (UDC): si le texte est accepté, «les heures d'ouverture pourraient être réduites, les magasins moins nombreux, voire l'offre de viande et le choix plus limités», a-t-il déclaré dans une interview à la «Schweiz am Wochenende».
Aujourd'hui déjà, il manque de personnel, notamment dans la transformation de la viande. «Actuellement, environ 60% des collaborateurs de Micarna sont de nationalité étrangère. Dans les ateliers de découpe, où la viande est désossée, ils représentent même 90%. Nous dépendons d'eux aujourd'hui déjà, mais aussi pour faire face aux pénuries à venir.»
Accusation de dumping salarial
L'interview est toutefois très mal passée auprès des Jeunes UDC emmenés par leur président Nils Fiechter. Dans une lettre ouverte, ils critiquent vivement Migros. Selon eux, cette dépendance à l'immigration n'est pas une force, «mais le signe d'un modèle qui n'est pas durable». Ils rappellent que l'initiative ne demande ni croissance zéro ni renvoi de population. «Il s'agit de ramener la croissance à un niveau sain.»
Selon eux, la libre circulation des personnes avec l'UE permet à des entreprises comme Migros de pratiquer le dumping salarial à grande échelle et de maintenir les salaires à un niveau artificiellement bas. «Il est logique que les travailleurs suisses soient de moins en moins nombreux à postuler si les salaires se rapprochent progressivement des niveaux de l'UE.»
Le patron de Migros, Mario Irminger, s'était déjà exprimé sur les salaires dans une interview accordée à la «Schweiz am Wochenende». «De notre point de vue, les salaires sont corrects. En comparaison internationale, notamment avec l'Allemagne ou la France, ils sont deux à trois fois plus élevés.»
Mercredi matin, Nils Fiechter a lu cette lettre ouverte devant un magasin Migros à Zurich. Il a aussi dévoilé une affiche de campagne en faveur de l'initiative, reprenant le célèbre logo orange de Migros ainsi qu'une image du fondateur Gottlieb Duttweiler (1888-1962). «Il n'aurait certainement pas soutenu un modèle reposant durablement sur une croissance démographique toujours plus forte et une dépendance accrue à la main-d'œuvre étrangère», peut-on lire dans la lettre ouverte.