Marc Schertenleib a toujours voulu bien faire. En 2021, il a construit une nouvelle étable pour ses vaches. Sur le toit, il a installé un système solaire. «Il faut bien faire quelque chose pour le climat», explique-t-il à Blick.
Mais six mois plus tard, les animaux du paysan de Vuillens (VD) tombent malades. Pendant la période de vêlage, les vaches présentent des troubles graves: détresse respiratoire, acidification du sang, système immunitaire très affaibli.
La situation s'aggrave
Marc Schertenleib réagit immédiatement et fait appel au vétérinaire. Celui-ci administre des perfusions, les vaches sont soignées jour et nuit. «Mes frais vétérinaires étaient quatre fois plus élevés que d’habitude.» Mais la situation ne s’améliore guère, les organes se détériorent. «J’ai fait tout ce que je pouvais.»
Marc Schertenleib emmène les animaux dans une clinique bernoise, fait analyser la nourriture et le sang. «Il y avait suffisamment d’oligo-éléments dans la nourriture, mais ils n’arrivaient pas dans le sang.» Commence alors une recherche des causes, longue et complexe. Elle mène jusqu’au Palais fédéral.
«Le problème est très insidieux»
Marc Schertenleib – un éleveur romand primé – est désespéré. «Les services vétérinaires savaient que je n’étais pas un mauvais éleveur.» Mais le temps presse: il perd plus de 300 bovins, représentant trois millions de francs. «Le problème est très insidieux. On ne voit pas de l’extérieur quelle vache tombe soudainement malade.»
Il cherche la cause et obtient une première hypothèse: le courant vagabond. Si l’agriculteur utilise une installation solaire ou d’autres appareils électriques comme la machine à traire, une partie du courant peut circuler involontairement dans l’étable, non pas par les câbles, mais par exemple via la structure du bâtiment. Cela peut générer des tensions parasites.
Dans les étables où les animaux se trouvent sur des sols humides et conducteurs, ils entrent en contact avec des éléments métalliques. Ainsi, des problèmes de santé peuvent survenir.
Difficilement détectable
En règle générale, les courants vagabonds ne sont pas perceptibles pour les humains – mais ils le sont pour les vaches, explique Markus Rombach d’Agridea, la plateforme suisse de référence pour l’agriculture. La raison? «Une vache laitière pèse environ 700 kilos et se tient sur quatre pattes, sa résistance est donc plus faible que celle d’une personne de 70 kilos portant des bottes en caoutchouc.»
Mais il n’est pas simple de détecter ces courants dans une étable, souligne-t-il. «Les symptômes ressemblent à ceux de maladies connues. On ne voit pas les courants vagabonds. Seules des mesures complexes permettent de les identifier.»
Le risque de courants vagabonds peut notamment augmenter lorsque les installations électriques, comme les panneaux solaires, sont complexes, viennent d’être modifiées ou nouvellement installées. Avec son équipe, Markus Rombach a mis en place une plateforme destinée à aider les agriculteurs. «Une bonne planification et un contrôle des installations permettent déjà de réduire les risques».
Pas toujours de solution
Mais aucune garantie n’existe. Une fois que le courant vagabond est présent, l’assainissement devient souvent complexe, car il n’est pas toujours possible d’en identifier clairement la cause. Et même lorsqu’elle est connue, il n’est pas toujours possible d’y remédier.
«Dans le cas des installations photovoltaïques, plusieurs entreprises interviennent souvent. Il est difficile d’isoler une erreur», explique Markus Rombach. «Mais si l’installation est réalisée correctement et bien mise à la terre, elle ne pose en général pas de problème.»
Intervention déposée au Palais fédéral
L’agriculteur Marc Schertenleib a rapidement réagi: il réutilise son ancienne étable. Environ 90 vaches y vivent aujourd’hui, auxquelles s’ajoutent d’autres animaux placés dans des exploitations extérieures. Sans aucun problème. Marc Schertenleib soupçonne l’installation solaire d’être à l’origine du courant vagabond et a créé la fondation Henny pour aider d’autres personnes concernées.
Le conseiller national UDC Jacques Nicolet a déposé une intervention sur la base de ce cas et évoque un moratoire temporaire sur les panneaux solaires sur les étables, le temps de clarifier les causes.
Le président des Vert'libéraux Jürg Grossen juge cette idée exagérée: «Les courants vagabonds n’ont rien à voir avec les panneaux solaires. Ils peuvent apparaître partout où des appareils électriques sont installés, comme les machines à traire.» L’essentiel reste une installation correcte, souligne Jürg Grossen, également président de l’association professionnelle de l’industrie solaire. «Nous formons explicitement nos installateurs à cette problématique. Les mesures sont connues. Le Conseil fédéral avait déjà répondu à deux interpellations en 2023 et rappelé la responsabilité des propriétaires, qui doivent faire réaliser les installations dans les règles de l’art.»
Le gouvernement a effectivement indiqué, en réponse à une intervention similaire il y a trois ans, que les atteintes au bien-être animal pouvaient aussi avoir d’autres causes. «Le Conseil fédéral n’a pas connaissance en Suisse de cas où la santé d’animaux de rente aurait été explicitement affectée par des installations photovoltaïques.» C’est pourquoi des règles spécifiques ne se sont pas imposées jusqu’à présent.