La Confédération a mis en place un système de subventions pour les agriculteurs. Alimenté par des fonds publics, le projet était porté par de bonnes intentions politiques. Il y a toutefois un point noir: personne ne veut de cet argent. Aucune demande n'a été déposée.
Depuis début 2025, les agriculteurs peuvent demander des subventions à l'achat d'un tracteur électrique. La Confédération espérait ainsi promouvoir l'électrification du secteur agricole. Dès le départ, l'annonce a suscité un accueil mitigé.
Après la première année, le bilan est définitivement décevant: en 2025, aucune demande n'est parvenue à Berne. L'Office fédéral de l'agriculture (OFAG) l'a confirmé à Blick.
100 francs par kilowatt
Les tracteurs électriques d'une puissance de 30 kilowatts ou plus sont théoriquement éligibles à cette aide. Le programme de subventions promet d'accorder environ 100 francs par kilowatt. Les demandes sont d'abord examinées par les Cantons, avant d'être transmises à la Confédération.
Mais l'incitation financière n'a pas eu l'effet escompté. Pourquoi n'a-t-elle pas atteint son public cible? Interrogé, l'OFAG n'a pas voulu commenter la situation.
Il serait toutefois trop simpliste de blâmer hâtivement les agriculteurs. Il s'avère plutôt que la Confédération a tenté d'encourager un marché qui se trouve encore au stade embryonnaire. Blick s'est renseigné auprès de spécialistes de la technique agricole, qui ont tous souhaité rester anonyme.
Un marché embryonnaire
Leur constat met en évidence un problème fondamental: l'offre de tracteurs électriques reste très limitée. Dans la pratique, seule une poignée de modèles entrent en ligne de compte – et ceux-ci sont souvent trop chers, pas assez performants, ou trop peu établis. «La Confédération accorde des subventions pour quelque chose qui ne peut pratiquement pas être acheté», explique un spécialiste de la technique agricole.
Le prix est un facteur particulièrement important. Pour certains modèles, il faut parfois débourser entre 180'000 et 200'000 francs. Les tracteurs diesel équivalents coûtent parfois deux fois moins chers. «Même si les coûts d'exploitation des véhicules électriques sont inférieurs à ceux à combustion, la dépréciation annule ces avantages financiers», explique le spécialiste.
Selon lui, une contribution de 5000 francs n'est pas suffisante pour convaincre un agriculteur de débourser 100'000 francs de plus pour un tracteur. Un commerçant de longue date parle d'un «calcul qui, pour l'instant, ne tient pas la route».
Les limites des tracteurs électriques
De plus, un tracteur ne s'achète pas sur un coup de tête. Un agriculteur qui acquiert une telle machine prévoit de l'amortir sur de nombreuses années. Le prix d'achat n'est donc pas la seule question à prendre en compte. Il faut également se demander quelle est la durée de vie de la batterie ou encore combien coûtent les réparations. Autant de points sur lesquels persistent de trop nombreuses incertitudes vis-à-vis des nouveaux modèles.
Les tracteurs électriques sont aussi confrontés à des limites techniques. Leurs moteurs sont certes efficaces, ne produisent pas d'émissions locales et sont relativement silencieux. Mais leurs batteries montrent leurs limites lors des travaux lourds que sont le labourage et le fauchage, qui nécessitent beaucoup d'énergie sur une longue période.
«L'inefficacité des subventions n'est pas due à une résistance des agriculteurs au changement, conclut le commerçant. La Confédération a simplement introduit cette mesure à un moment où le marché n'était pas prêt.»
Le spécialiste de la technique agricole poursuit: «J'aurais conçu les instruments de promotion différemment.» Selon lui, certaines machines électriques sophistiquées, comme les chargeuses agricoles ou les machines de manutention, auraient bénéficié davantage des subventions fédérales.
Le diesel domine encore
Les chiffres montrent que les tracteurs électriques ne sont pas encore très importants. Fin 2024, 146'802 tracteurs agricoles étaient immatriculés. Seuls 15 d'entre eux étaient électriques. En d'autres termes, on comptait un tracteur électrique pour 9800 machines. Le diesel continue donc de dominer le marché agricole.
Les subventions pour les tracteurs électriques n'ont pas de limite budgétaire, mais elles son censées prendre fin en décembre 2028. Les contributions sont couvertes par les améliorations structurelles générales, qui comprennent également de nombreuses autres mesures. En 2024, la Confédération a versé au total environ 87 millions de francs à ce titre.
En pratique, des fonds encore plus importants pourraient être alloués aux tracteurs électriques dans certains cas. Certains cantons y contribuent aussi financièrement. Mais cela ne suffit pas encore à faire décoller le marché.