Martin Pfister n'en sait rien. Pour être plus précis, le chef du Département de la Défense a expliqué à Blick ne «pas avoir discuté» avec ses pairs européens du contenu potentiel des pourparlers entre Russes et Ukrainiens qui se tiendront à Genève les 17 et 18 février, arbitrés par les Américains. Même réponse du conseiller fédéral Beat Jans, très satisfait en revanche de ses échanges, à la Conférence sur la sécurité de Munich, sur la lutte contre la criminalité organisée. La veille, Ignazio Cassis avait confirmé à Munich que l'organisation de ces pourparlers repose sur les Américains, mais qu'il se rendra à Genève pour leur ouverture. Alors, de quoi vont discuter les deux délégations, en sachant que des négociations parallèles auront lieu, aussi dans la ville de Calvin la semaine prochaine, entre l'Iran et les Etats-Unis, à l'initiative du sultanat d'Oman?
Nous avons posé la question à plusieurs diplomates et dirigeants proches du dossier ce samedi 14 février à Munich. Et trois réponses viennent à chaque fois: 1. La Russie n'est toujours pas dans une posture de réelle négociation 2. La question de l'abandon de territoires ukrainiens dans le Donbass est le sujet central 3. La présence de contingents européens sur le sol ukrainien, pour garantir la paix, serait l'objet d'un potentiel «donnant-donnant» que personne, pour l'heure, ne voit malheureusement venir.
La paix en juin?
Un nouveau calendrier a toutefois été fixé par Donald Trump. Son chef de la diplomatie Marco Rubio, qui s'exprimait à Munich samedi matin, ne l'a pas réitéré dans son discours, mais il l'a confirmé ensuite. Pour l'actuelle administration américaine, un accord de cessez-le-feu et le cadre d'une paix durable doivent intervenir entre Kiev et Moscou d'ici le mois de juin, avant les cérémonies de commémoration de la Déclaration d'indépendance des Etats-Unis, le 4 juillet. D'autres rounds de négociation à Genève pourraient donc suivre.
«C'est le début d'un processus» glisse un diplomate selon lequel le choix de se retrouver sur les bords du Léman permet de ménager les Européens. Fin novembre 2025, c'est à Genève qu'avait été dévoilé le plan américain en 28 points. Les Européens, opposés à certains points comme la proposition américaine de limiter la taille de l’armée ukrainienne à 600'000 soldats (rehaussée à 800'000), avaient dans la foulée proposé leur propre plan, également en 28 points.
Inconnue russe
Une chose est sûre toutefois, et Marco Rubio l'a admis lui-même dans son discours sur la renaissance de l'hémisphère occidental à l'ère Trump, destiné à rassurer ses partenaires du Vieux Continent: la Russie reste une inconnue. «Nous ne savons pas si les Russes sont sérieux dans leur volonté de mettre fin à la guerre» a admis le secrétaire d'Etat, bien moins positif sur ce sujet que Donald Trump. La réunion de Genève est donc destinée à tester, une fois de plus, la délégation du Kremlin. Pour mettre la pression, Marco Rubio a fait mention dans son discours des sanctions américaines sur la flotte fantôme qui transporte le pétrole russe, et de la volonté américaine de mettre fin aux activités de la dizaine de raffineries qui, à travers le monde, reçoivent et transforment du pétrole russe.
Le Donetsk, sujet central
Deuxième admission, par défaut: celle de l'objet territorial central des pourparlers, à savoir le Donbass. Cette région est pour l'essentiel composée des oblasts (provinces) ukrainiens de Louhansk et Donetsk. A Donetsk, les forces ukrainiennes conservent le contrôle d'environ 5500 kilomètres carrés, soit à peu près la superficie du canton de Berne. Or à Munich, Volodymyr Zelensky a évoqué le sort de cette zone dans son discours. Il a redit que l'évacuation des populations qui y vivent est impossible et inacceptable. Mais il a aussi, plusieurs fois, cité l'idée de Donald Trump d'y créer une zone économique spéciale. Comment? Avec quels contours? La carte que tout le monde regardera, à Genève, est bien celle de l'oblast de Donetsk.
Troisième sujet au menu: le sort de la future force déployée en Ukraine, et aux frontières du pays, par la coalition des volontaires aujourd'hui dirigée, depuis son QG du Mont-Valérien près de Paris, par la France et le Royaume-Uni. Elle est la clef de voûte des «garanties de sécurité» sur lesquelles Zelensky a affirmé à Davos avoir trouvé un accord avec Donald Trump. Dans quelle mesure la Russie pourrait accepter la présence de soldats issus de pays de l'OTAN, ce qu'elle refuse jusque-là catégoriquement, au point de menacer de prendre ces troupes pour cibles si elles se déploient? C'est le troisième sujet que les Américains espèrent soumettre aux délégations russes et ukrainiennes à Genève.