Le commentaire de Richard Werly
Dans l'Occident de Trump, la neutralité coûte cher

A la Conférence sur la sécurité de Munich, Marco Rubio l'a dit: les Etats-Unis veulent un Occident fort et aligné. La Suisse est prévenue: rester neutre dans ces conditions va coûter de plus en plus cher, estime notre journaliste Richard Werly.
Marco Rubio a donné une ligne claire à la Conférence sur la sécurité de Munich.
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Richard WerlyJournaliste Blick

Ignazio Cassis, Martin Pfister et Beat Jans ont fait cette année le déplacement à la Conférence annuelle sur la sécurité de Munich. Normal: le pouls des conflits de la planète bat ici, comme le prouve aussi la présence de la présidente du Comité international de la Croix-Rouge, Mirjana Spoljaric Egger. 

Que trois conseillers fédéraux sur sept veuillent être informés au plus juste des réalités géopolitiques est donc logique, voire salutaire. Mais leur retour à Berne sera sans illusions: dans l’hémisphère occidental vanté par Marco Rubio, la seule posture possible pour les Européens est celle de l’alignement sur les Etats-Unis. 

Être aligné peut signifier «avoir la confiance» des grandes puissances dans notre fiabilité et notre impartialité. La preuve? C’est à la Suisse que, depuis 1979, les Etats-Unis ont confié le soin de représenter leurs intérêts en Iran, même lorsque le risque d’une nouvelle guerre plane sur le Golfe persique. La preuve?

C’est à Genève que se tiendra ce mardi et mercredi un nouveau round de négociations entre Ukrainiens et Russes. L’utilité tactique d’un pays neutre au milieu du Vieux Continent, qui plus est lorsqu’il assume en 2026 la présidence tournante de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), semble confirmée.

Non à tout impérialisme

Quid, en revanche, de l’autre versant de la neutralité, en contradiction directe avec la notion d’alignement? La capacité à dire non à tout impérialisme, l’attachement au droit international comme meilleure défense des pays les plus vulnérables, le refus de participer à tout conflit extérieur, même mené par ses voisins les plus proches… Sur ces plans-là, en effet, Marco Rubio a fermé la porte à double tour. Même s’il a assuré que Washington n’a pas l’intention d’abandonner l’alliance transatlantique, son avertissement était clair: les dirigeants européens doivent «changer de cap».

Pour la Suisse, que Donald Trump a dans son viseur et qu’il n’a pas hésité à rudoyer à plusieurs reprises à propos des tarifs douaniers – se moquant au passage de son ancienne présidente Karin Keller-Sutter –, la réponse est malheureusement annoncée: la défense de sa neutralité sera tout sauf gratuite. Et tout sauf facile. 

Racket systématique

Persuadé que le racket systématique de ses alliés européens est la meilleure manière de mettre l’hémisphère occidental au pas face à la Chine, le président des Etats-Unis va continuer d’exiger de vendre ses armes et ses systèmes numériques ou spatiaux «Made in USA».

Il va aussi, plus que jamais, s’efforcer de freiner ou de contrer l’ambition de puissance et de souveraineté commune défendue à Munich par Emmanuel Macron et Friedrich Merz, avec l’appui du Britannique Keir Starmer. Or l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni, mais aussi l’Italie et les autres pays membres de l’UE, sont les partenaires indispensables de la prospérité suisse et, d’une certaine façon, les meilleurs boucliers de sa singularité.

Nos trois conseillers fédéraux vont revenir de Munich avec une meilleure vue des enjeux sécuritaires du moment. Ils doivent aussi dire aux Suisses la vérité: à l’ère de Trump, notre neutralité se paiera cash. Et, sous une forme ou sous une autre, son prix sera toujours plus cher.

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