Blanchiment, pétrole, terrorisme
Des entreprises suisses accusées de gérer la flotte secrète iranienne

Des sociétés suisses sont accusées par Washington d’avoir aidé un réseau lié au pétrole iranien à contourner les sanctions américaines. Plusieurs entités sont visées par des enquêtes ou des sanctions.
1/4
Les Etats-Unis accusent des entreprises suisses de participer au blanchiment de l'argent provenant du pétrole iranien.
Photo: keystone-sda.ch
Léa Perrin - Journaliste Blick
Léa PerrinJournaliste Blick

Dans l’ombre du conflit qui ébranle le Moyen-Orient, des entrepreneurs suisses s’attirent les foudres de Washington. D’après les autorités américaines, des entreprises helvétiques soutiendraient le régime iranien, rapporte la RTS jeudi 28 mai. Ces entreprises sont accusées de participer à la gestion de la flotte secrète de pétroliers iraniens, de financer les Gardiens de la révolution et de leur permettre d’éviter les sanctions américaines.

En 2022, l’armateur genevois Fractal Shipping SA transportait du pétrole russe, après avoir pris en charge la gestion d’une flotte d’une trentaine d’anciens pétroliers. Mais les sanctions qui ont frappé la Russie ont forcé son directeur général, Mathieu Philippe, à créer une filiale à Dubaï. Accusées de faire partie d’un réseau iranien de transport pétrolier, ses sociétés à Genève et à Dubaï figurent sur la liste des sanctions américaines depuis 2025.

D’après les autorités américaines, le magnat du pétrole iranien Hossein Shamkhani serait à la tête de ce réseau. Il n’est autre que le fils d’Ali Shamkhani, conseiller de l’ancien Guide suprême iranien Ali Khamenei, tous deux tués lors de frappes conjointes des Etats-Unis et d’Israël sur l'Iran en février dernier.

Argent du pétrole réinjecté

Mais l’affaire va plus loin. Au-delà du transport maritime, Hossein Shamkhani serait également actif dans le réinvestissement des bénéfices. L’une de ses sociétés mène au fonds spéculatif Ocean Leonid Investments, à Zoug. Fondée par un partenaire commercial du magnat iranien, cette société se livrait à des opérations risquées sur les matières premières.

Elle a été sanctionnée par les autorités américaines pour avoir prétendument investi des fonds provenant des transactions pétrolières d’Hossein Shamkhani. Après la fermeture forcée des bureaux d’Ocean Leonid Investments à Londres et à Dubaï en 2024, la compagnie suisse est désormais en liquidation.

Un réseau suisse tentaculaire

Si certaines branches du réseau d’Hossein Shamkhani ont été coupées, de nouvelles ramifications ne cessent de pousser. Pour une société fermée, une autre émerge. Le groupe Wellbred, basé à Singapour, serait lui aussi impliqué. La société possède une filiale à Genève: Wellbred Trading SA.

Selon les dossiers judiciaires américains, 7,6 millions de dollars ont transité en janvier d’un compte suisse de Wellbred vers Singapour, via les Etats-Unis, en violation des sanctions américaines contre l’Iran. La justice américaine a déposé deux plaintes civiles visant la confiscation de plus de 15,3 millions de dollars, qui auraient servi à financer un réseau illicite lié au pétrole iranien.

Blanchiment et «financement du terrorisme»

Une autre piste impliquant des sociétés suisses mène à Zurich. Mike Baer, arrière-petit-fils de Julius Baer et fondateur de la banque d’affaires MBaer, serait également mêlé à des affaires liées à l’Iran. Selon le département américain du Trésor, la banque de Mike Baer, fondée en 2018, aurait blanchi de l’argent pour le compte du Corps des Gardiens de la révolution islamique et de sa Force Al-Qods.

Accusé de «financement du terrorisme», le fondateur est désormais visé par une enquête. S'il réfute ces accusations, sa banque a été officiellement fermée en février.

Articles les plus lus