Depuis plusieurs jours, le prix du pétrole suit une seule trajectoire... la baisse. Le baril de Brent est repassé sous les 96 dollars, affichant un recul de 30 dollars par rapport aux sommets atteints peu après le début de la guerre en Iran. Il reste toutefois encore supérieur de 25 dollars au niveau observé avant l'intervention conjointe des Etats-Unis et d’Israël.
Cornelia Meyer, spécialiste du pétrole et des matières premières, met toutefois en garde contre tout excès d’optimisme, aucun accord rapide n'étant en vue: «Les fluctuations du prix du pétrole sont largement dictées par la psychologie des marchés», explique-t-elle. «Que ce soit sur le dossier nucléaire ou sur le Liban, les positions restent encore très éloignées.»
Une reprise qui prendra du temps
Reste que l’écart entre le prix actuel du pétrole et les livraisons prévues dans quelques mois – les contrats à terme – s’est nettement réduit. La raison? Beaucoup misent sur un accord – non pas prochain – mais à moyen terme. D’autant que, sur le plan intérieur, la pression exercée sur le président américain Donald Trump pour mettre un terme au conflit ne cesse de croître.
Mais même en cas de réouverture totale du détroit d’Ormuz, plusieurs mois pourraient encore être nécessaires avant que le pétrole, ainsi que les autres matières premières et produits, ne circulent de nouveau librement. «Les chaînes d’approvisionnement ont été perturbées, explique Cornelia Meyer. Les navires ne sont plus au bon endroit, certaines installations doivent être redémarrées, d’autres ont été partiellement détruites et doivent d’abord être reconstruites.» Cela concerne notamment l’exploitation du gaz naturel liquéfié au Qatar, précise-t-elle.
Même pour les infrastructures qui n’ont pas été endommagées mais simplement mises à l’arrêt pour des raisons de sécurité ou de capacité, il faudra du temps avant que le pétrole recommence à circuler normalement. «Ce n’est pas un interrupteur sur lequel on appuie pour que tout redémarre instantanément. Nous parlons ici de processus industriels complexes», souligne Cornelia Meyer, qui appelle à relativiser les espoirs d’un retour rapide aux prix d'avant-guerre.
Les prix à la pompe devraient baisser
La détente actuelle devrait néanmoins finir par se répercuter sur les prix à la pompe. Même les stations-service les plus chères n’ont pas franchi le seuil des 2 francs le litre de sans-plomb 95.
Certes, le tarif reste bloqué depuis plusieurs semaines à 1,99 franc. La hausse a été rapide, mais les exploitants semblent beaucoup plus hésitants lorsqu’il s’agit de faire baisser les prix. Ils avancent souvent avoir acheté leur carburant plus cher et devoir d’abord écouler ces stocks.
Pourtant, lors des hausses de prix, le raisonnement est inverse: les nouvelles livraisons coûteraient davantage – en oubliant opportunément que les réserves en station contiennent parfois encore du carburant acheté à un tarif inférieur.
Après le week-end de la Pentecôte, les exploitants de stations-service ne devraient plus pouvoir maintenir cet argumentaire. Dans les prochains jours, les prix à la pompe devraient enfin commencer à reculer. D’ailleurs, les automobilistes qui ne sont pas encore revenus des pays voisins auraient tout intérêt à y faire le plein avant de prendre la route: en Allemagne, en France, en Italie (à l’exception du sans-plomb 98) et en Autriche, l’essence comme le diesel restent nettement moins chers qu’en Suisse.