Les Etats-Unis, l'Inde, l'Australie et le Japon ont annoncé mardi à New Delhi une nouvelle coopération dans les secteurs maritime et minier, pour relancer le Quad, une alliance observée avec circonspection par Pékin, sur fond d'incertitudes quant à l'engagement américain et de divergences sur l'Iran.
Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a assisté à ce sommet, dix jours après la visite d'Etat en Chine de Donald Trump, au cours de laquelle le président avait vanté une coopération entre les deux puissances sous la forme d'un « G2». Ce concept fait craindre aux alliés des Etats-Unis – inquiets de la montée en puissance de Pékin – d'être relégués au second plan.
Le chef de la diplomatie américaine a affirmé mardi à ses homologues que le Quad réunit «des démocraties solides et dynamiques» qui «partagent des valeurs fortes» et sont «attachées à des conceptions similaires du développement économique et à de nombreux intérêts convergents».
20 milliards pour les minerais
Ses membres devraient mobiliser ensemble 20 milliards de dollars de financements publics et privés afin de renforcer les chaînes d'approvisionnement en minerais critiques, notamment en identifiant des projets dans les quatre pays membres, a indiqué le Quad dans un communiqué conjoint. Il n'était toutefois pas précisé si ces financements seraient entièrement nouveaux.
Les minerais critiques constituent l'un des rares domaines dans lesquels l'administration Trump s'est tournée vers une diplomatie plus traditionnelle consistant à bâtir des réseaux avec des alliés, alarmée par la domination de la Chine sur des ressources clés pour le secteur des technologies de pointe.
Les quatre pays membres de ce groupe de coopération informelle travailleront également sur deux projets maritimes, a annoncé M. Rubio: l'un visant à combiner leurs capacités de surveillance et l'autre à fournir de meilleures informations en temps réel au trafic maritime commercial.
Pour la première fois, la ministre australienne des Affaires étrangères, Penny Wong, a indiqué que le Quad coopérait à l'aide au développement portuaire aux Fidji – un archipel du Pacifique Sud – où la Chine a intensifié ses efforts pour accroître son influence.
La Chine réagit
Une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning, a aussitôt réagi, affirmant que la coopération «ne devrait être dirigée contre aucune tierce partie». «Nous ne soutenons pas non plus les clans exclusifs ni les confrontations entre blocs», a-t-elle déclaré à la presse.
L'an dernier, M. Rubio a organisé deux réunions des ministres des Affaires étrangères du Quad - Dialogue quadrilatéral pour la sécurité - mais depuis l'arrivée au pouvoir du président américain Donald Trump début 2025 aucun sommet des chefs d'Etat de cette alliance n'a eu lieu. Son prédécesseur Joe Biden avait pourtant promis que les sommets des dirigeants des quatre pays étaient «là pour durer».
Désaccords sur l'Iran
Rencontrant mardi ses homologues à New Delhi, M. Rubio a affirmé que l'administration Trump souhaitait que le Quad se concentre davantage sur des résultats concrets plutôt que sur des réunions. La coopération progresse «de manière assez agressive», a-t-il assuré. La liberté de navigation est depuis longtemps le terme employé par Washington pour s'opposer aux revendications maritimes de la Chine, une préoccupation en particulier pour le Japon.
Mais les Etats-Unis ont récemment invoqué ce principe pour tenter de mobiliser ses alliés contre l'Iran, qui a quasiment bloqué le détroit stratégique d'Ormuz en réponse à la guerre déclenchée par des frappes israélo-américaines le 28 février.
Aucun allié des Etats-Unis autre qu'Israël n'a clairement soutenu la décision américaine d'attaquer l'Iran, provoquant la colère de M. Trump, lequel a remis en cause la fiabilité de ses partenaires, qu'il n'avait pourtant pas consultés.
Le ministre indien des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, a indiqué que les discussions porteraient principalement sur «l'Indo-Pacifique, qui constitue le champ spécifique du Quad». Outre l'Iran, l'Inde se démarque des autres pays du Quad concernant l'invasion de l'Ukraine par la Russie, en refusant de rompre sa relation de longue date avec Moscou.
Le Premier ministre australien Anthony Albanese est l'un des rares dirigeants à avoir exprimé une certaine compréhension à l'égard de la guerre en Iran, sans toutefois apporter l'assistance de Canberra, s'attirant des critiques de M. Trump. Japon et Inde entretiennent traditionnellement des relations cordiales avec Téhéran, bien qu'ils se soient pliés à contrecoeur aux sanctions américaines visant les achats de pétrole iranien.
La question de Taïwan préoccupe
Les pays du Quad (Etats-Unis, Inde, Japon et Australie) se sont dits «gravement préoccupés» mardi au sujet de la mer de Chine méridionale et orientale, mettant en garde Pékin, sans le nommer, contre toute initiative contre Taiwan.
«Nous demeurons gravement préoccupés par la situation en mer de Chine méridionale et orientale. Nous réaffirmons notre ferme opposition à toute action déstabilisatrice ou unilatérale, y compris par la force ou la coercition, qui menace la paix et la stabilité dans la région», ont déclaré le secrétaire d'État américain Marco Rubio et ses trois homologues dans un communiqué conjoint publié à l'issue de leurs entretiens à New Delhi.