Fini l'aide au retour
Berne serre la vis face aux requérants d’asile du Maghreb

La Suisse durcit le ton: depuis mai 2025, l’aide au retour pour les demandeurs d’asile du Maghreb sous le régime Dublin a été supprimée. Une mesure pour décourager les demandes sans perspective.
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Les demandes des personnes originaires du Maroc, d'Algérie et de Tunisie sont rejetées dans la grande majorité des cas.
Photo: Keystone
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Céline Zahno

Les demandeurs d’asile originaires du Maghreb donnent du fil à retordre au conseiller fédéral Beat Jans. L’an dernier, environ 3600 personnes venues du Maroc, d’Algérie et de Tunisie ont déposé une demande, alors qu’elles n’ont pratiquement aucune chance d’obtenir l’asile – ce qui mobilise fortement les autorités. Près d’un tiers des demandeurs d’asile accusés d’un délit au sens du code pénal étaient originaires du Maghreb.

Beat Jans a réagi avec fermeté il y a deux ans: il a introduit la procédure en 24 heures. Les centres d’asile devaient ainsi être délestés plus rapidement des personnes sans perspective d’asile. Il espère que les procédures rapides exercent un effet dissuasif.

Malgré ces efforts, les demandeurs d’asile au faible taux de reconnaissance et à la criminalité élevée continuent de fragiliser le système. L’UDC, en particulier, exploite à nouveau intensivement ce thème pour promouvoir son initiative pour une Suisse à 10 millions d’habitants.

1000 francs pour le voyage de retour

C’est dans ce contexte que la Confédération a décidé de serrer encore la vis. L’aide au retour pour les requérants d’asile au faible taux de protection – explicitement ceux originaires du Maghreb – a été supprimée l’an dernier. Le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) confirme cette mesure sur demande. Elle vise aussi à dissuader les personnes sans chance d’obtenir l’asile de déposer une demande en Suisse. 

L’aide au retour est en principe destinée à encourager le départ des demandeurs d’asile et à faciliter leur réintégration dans leur pays d’origine. Elle comprend notamment un montant en espèces pouvant atteindre 1000 francs pour une personne adulte.

Mais la perspective de cet argent semble s’être diffusée. «Il est probable que certains n’ont déposé une demande d’asile en Suisse que pour obtenir l’aide au retour de la Confédération», explique à Blick le porte-parole du SEM Reto Kormann. Autrement dit, au lieu d’encourager les départs volontaires, ce forfait a parfois eu un effet d’attraction indésirable.

Pas de soutien pour les cas Dublin

Depuis mai 2025, les personnes originaires du Maghreb relevant d’une procédure Dublin ne reçoivent donc plus d’aide au retour. Ces procédures concernent des personnes ayant déjà sollicité une protection dans un autre pays européens – elles ne doivent pas bénéficier d’un soutien financier pour le retour vers leur pays d'origine.

Les requérants d’asile hors du régime Dublin continuent de percevoir cette aide. Les cas Dublin à destination de l’Italie sont en outre exclus, le gouvernement italien refusant depuis longtemps de reprendre les requérants d’asile en Suisse.

Ce changement a des conséquences importantes, car la majorité des demandeurs d’asile en provenance du Maghreb relèvent du régime Dublin: l’an dernier, par exemple, 404 personnes sur 465 en provenance de Tunisie étaient concernées.

«Statistiques imprécises»

Malgré la suppression de l’aide au retour, les Algériens ont encore reçu l’an dernier, selon les statistiques officielles, 287 aides au retour depuis les centres d’asile fédéraux – soit le nombre le plus élevé parmi toutes les nationalités. La Tunisie et le Maroc figurent également dans le top 10. Comment l’expliquer?

Selon le SEM, cela s’explique notamment par le fait que les personnes issues de la procédure d’asile peuvent toujours retourner dans les pays du Maghreb avec une aide au retour. De plus, les statistiques sont «un peu imprécises». Les 287 cas engloberaient tous les départs volontaires depuis les centres fédéraux – certains avec aide au retour, d’autres sans.

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